L’épisode précédent intitulé « Demain, un monde sans argent », nous avait mené sur les traces du paiement en ligne et de la gestion de portefeuille, avec en creux la question de la confiance. Car derrière la redéfinition du lien entre un client et son conseiller, qu’il soit humain ou robot, derrière la question de la sécurisation des paiements en ligne, il y a la confiance.

Les nouvelles monnaies

Même préoccupation en matière de nouvelles monnaies : car si l’argent est protéiforme, c’est dans la confiance qui lui est accordé que réside sa valeur.

« Quand nous parlons argent aujourd’hui, nous pensons au dollar, à l’euro, à la livre sterling ou, plus près de Genève, au franc suisse » commente Marco Brienza, co-organisateur de la Nipconf. « Historiquement, l’or a dominé les échanges pendant des millénaires et des plumes, coquillages ou animaux servaient de monnaies d’échange avant cela. »
Autrement dit, c’est la confiance qui définit la monnaie d’échange et donc la valeur de l’argent.
Or, après avoir été gagnée de haute lutte au long cours d’une histoire mouvementée*, la confiance est plus que jamais au centre des attentions depuis la naissance le 3 janvier 2009 de la première monnaie digitale, le bitcoin. Nullement émise par une banque, le bitcoin voit ses transactions gérées selon un système aléatoire par un réseau d’ordinateurs décentralisés mais interconnectés – la fameuse blockchain. D’autres devises non issues de banques centrales, au premier rang desquelles l’Ether ou Lisk, ont depuis été créées avec plus ou moins de fortune.

L’avènement du financement participatif

« Un pour tous, tous pour un ? » Ce credo est celui du crowdfunding, sans doute le marché de la Fintech le plus connu du grand public. Kickstarter ou Indiegogo là-bas, Ulule et Kiss Kiss Bank Bank ici… Ces sites, dont les noms fleurent bon la « disruption », ont servi de plates-formes de lancement à des centaines d’innovations initiées sur Internet.

Devenu un véritable phénomène de société, le financement participatif n’est pourtant pas nouveau; « l’acte de collecter les dons d’une communauté de personnes pour financer un projet existait bien avant Internet. Que ce soit pour des organisations à but humanitaire ou pour financer la construction de la statue de la liberté, les moyens de l’époque qu’étaient la presse, les spectacles ou la radio permettaient de rassembler plusieurs centaines de milliers de francs » explique Marco Brienza.
Mais Internet est passé par-là, rendant l’usage accessible en trois clics. « C’est avec la campagne électorale de Barack Obama en 2008 que se met réellement en place le financement participatif », poursuit le co-organisateur de la Nipconf. « L’idée de l’équipe de campagne est alors d’utiliser Internet et les réseaux sociaux pour fédérer ses partisans et les inciter à faire des dons en ligne. À cette époque, il n’existe pas encore de plate-forme qui permette à des personnes de financer des projets innovants. »
Il y est remédié la même année avec le lancement aux Etats-Unis d’Indiegogo. « Aujourd’hui, le modèle le plus utilisé est celui de la récompense », conclue Marco Brienza. « Des personnes financent un projet et reçoivent en contrepartie le produit innovant en pré-commande ou de façon personnalisée. Avec l’évolution du cadre législatif, il devient également possible de prendre part au projet en tant qu’actionnaire (equity crowdfunding) ou encore de faire un prêt (crowdlending). »

Pour approfondir l’ensemble des questions relatives à « la fin de l’argent », rendez-vous à la Nipconf 2016 qui se tiendra à Genève le 21 octobre prochain.

 

 

* Pecunia, mot latin qui désigne l’argent vient de Pecus qui signifie bétail ; pour les Romains, une vache était en effet l’investissement idéal car échangeable contre bien des denrées indispensables à la vie de l’époque (pain, grains, vêtements, etc.). Le principe du troc montrant rapidement ses limites, l’empereur Cresus fit frapper aux alentours de 560 av J.C. la première pièce de monnaie, tandis que le papier valeur – les premiers billets en somme – n’est créé que quelque 1 500 ans plus tard, en Chine, sous forme d’une attestation de dépôt. De leur côté, les Croisés disposaient à la même époque d’une solution de dépôt internationale permettant aux moines-soldats nouvellement recrutés de déposer leurs richesses avant l’embarquement, puis d’en disposer en Terre Sainte. Il s’agit des premiers pas vers la virtualisation de l’argent. Le paiement sans espèces apparaît dès le XIII siècle à Florence : les riches commerçants signaient alors un ordre de virement d’un compte à l’autre. Quant aux premières cartes de crédit, elles sont utilisées aux Etats-Unis vers la fin du 19e siècle.
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septembre 26, 2016 8:00
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