Alors que Finyear publie par ordre alphabétique un Top 200 des compagnies et startups blockchain, la chaîne de blocs continue d’alimenter les discussions.

Sous le feu des projecteurs notamment, la société de conseil Accenture qui a annoncé le dépôt d’un brevet de blockchain privée. La possibilité offerte aux participants d’effacer des opérations à posteriori a soulevé plus d’une question.

La blockchain privée d’Accenture : de quoi s’agit-il ?

Le cabinet a lancé un prototype de blockchain privée dont les blocs sont modifiables par des administrateurs désignés à l’avance, sans pour autant que la chaîne elle-même s’en trouve brisée.

Bénéfice de l’opération ? L’absence d’autorité centrale de validation permettrait d’abaisser les frais d’infrastructure du secteur financier d’au moins 15 milliards de dollars d’ici 2022.

Jusqu’ici rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Ce qui est néanmoins novateur, c’est la création d’un véritable droit à l’oubli, confié à des administrateurs. Une sorte de « super-pouvoir » dont découle deux conséquences majeures.

Blockchain privée, quelles conséquences ?

D’une part, ce droit à l’oubli remet en cause le principe même d’immutabilité de la blockchain. On pourra ainsi évoquer une conséquence directe de l’épisode « The Dao » et son détournement de 50 millions de dollars suite à l’exploitation d’une faille du code original. Le mécanisme mis en place ici permettrait de réparer, dans un cadre bien défini, les erreurs humaines et les fraudes constatées.

Pour Patrice Bernard, appliqué à la finance, « il ne peut raisonnablement être envisagé d’effacer une erreur humaine ou une fraude en manipulant les livres de comptes.» Seconde objection : « l’hypothèse (également invoquée par Accenture) du droit à l’oubli nécessitant une intervention dans la blockchain serait en fait un révélateur d’une grave anomalie de conception. »

Le consultant voit ensuite dans la création d’un rôle d’administrateur doté d’un « super-pouvoir » de mise à jour, une incitation au détournement, aux prises de contrôle et autres abus, qui de son point de vue, sera exploitée tôt ou tard.

L’avenir le dira, mais ce focus blockchain, de la part d’Accenture, la plus grande entreprise de conseil dans le monde dixit Wikipedia, s’inscrit dans une stratégie de long terme. Le cabinet s’en fait d’ailleurs l’écho à travers la publication de son enquête* qui démontre l’attrait de la blockchain auprès des banques. La « next big thing » rencontre cependant des résistances en interne, dues largement aux questions qu’elle pose en terme de régulation, de conformité et de sécurité.

Ce qui ressort surtout à travers les lignes, c’est l’idée que la proposition de valeur n’est pas clairement définie. Et que le « buzzword » qu’est la blockchain impose surtout aux banques de faire appel à des experts, dont le placement est précisément le fond de commerce d’Accenture et consorts. Ou comment, en un sens, boucler la boucle…

 

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novembre 2, 2016 9:52
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