La première conférence française entièrement dédiée à la Fintech s’est déroulée à Bordeaux, le 7 octobre dernier. Avec plus de 400 participants, dont des grands noms des Fintech et des banques traditionnelles issus de France comme de Londres, la manifestation organisée par Montaigne Conseil, DIGITALL Conseil et Fintech Mag a dépassé ses objectifs. Retour sur les principales conclusions des débats de Bordeaux Fintech.

C’est dans le hangar du nouveau quartier écoresponsable de Bordeaux « Darwin Ecosystème », au sein de l’ancienne Caserne Niel, que se sont réunis pour la première fois en France, plus de 400 professionnels des Fintech. Invités à l’initiative de Montaigne Conseil, société de conseil en gestion de patrimoine, de DIGITALL Conseil, agence de Marketing digital et de Guillaume-Olivier Doré, Directeur de la rédaction de Fintech Mag, ces experts venus de toute de la France, et même de Londres, ont dressé le bilan de leurs premières années d’existence, tout en ébauchant leur avenir.

« Fintech » : révolution des usages et disruption technologique

Révolution des usages ou disruption technologique ? Le terme « Fintech » recouvre finalement plusieurs réalités différentes. Et les différents acteurs qui se sont succédés sur la scène de Darwin Ecosystème peinent à s’accorder sur une définition commune. D’un côté, ceux qui, comme Origin Investing et Paymium, pensent que les Fintech sont le produit d’une évolution technologique majeure qui permet aujourd’hui d’inventer de nouveaux services financiers. De l’autre, ceux qui comme SlimPay pensent qu’au contraire, ce sont les évolutions des usages qui ont présidé à l’apparition de nouvelles technologies.

Le passage notamment d’une économie basée sur la possession à un nouveau modèle reposant sur le partage et un mode de consommation par abonnement, combiné à une désaffection marquée des clients des agences bancaires, a favorisé l’émergence d’une nouvelle offre de services financiers. Au final, selon Stéphanie Savel de Wiseed, le terme « Fintech » regroupe tous ces éléments : « Ce mouvement est né d’une tendance sociétale, celle de l’économie collaborative, ainsi que d’une certaine désaffection des particuliers pour l’intermédiation bancaire depuis la crise financière de 2008, sans oublier les nouvelles technologies venues bouleverser les modes opératoires des banques. »

La fin du modèle des banques traditionnelles

S’ils ont du mal à s’accorder sur la définition des Fintech, les acteurs présents à Bordeaux Fintech mettent tous en relief l’évolution du secteur de la finance ces dernières années. D’abord, depuis 2008, les usagers des banques expriment un manque de confiance croissant, symbolisé par la hausse constante des frais bancaires. Parallèlement, le modèle des banques 100% web commence à s’enraciner en France comme ailleurs, rendant obsolète le modèle des banques traditionnelles s’appuyant sur un réseau d’agences physiques. En permettant à des particuliers d’investir dans des projets d’autres particuliers, d’entreprises ou d’associations, le crowdfunding (ou financement participatif) est un exemple illustrant parfaitement cette montée en puissance qui pourrait bien bouleverser la donne.

La mutation digitale simplifie l’accès des particuliers à ces nouveaux services, tout en réduisant les coûts et en accélérant les délais. Comme le numérique a révolutionné l’achat de voyages en ligne ou de services de transport de personnes, il va permettre aux particuliers de gérer ou placer plus simplement leur argent, de transférer des fonds, de payer des achats, etc.

Le marché de la banque se dirige en conséquence vers des modèles de plus en plus spécialisés ou verticalisés. Selon Jérôme Traisnel de SlimPay : « Dans cinq ou dix ans, le marché sera beaucoup plus complexe. Tout comme le modèle de banque généraliste – qui fait tout, de la banque de détail à la banque de marché – sera de plus en plus difficile à tenir, nous devrons, nous-mêmes, développer des verticaux, des spécialités ». Octave Oger, co-directeur France de la fintech londonienne GoCardless, abonde dans ce sens : « Dans le domaine des paiements, nous sommes déjà dans une deuxième phase, celle de la spécialisation, avec des paiements mobiles, des paiements récurrents, etc. ».

La France : un terreau fertile d’innovation

A la différence de certains secteurs, comme le transport de personnes où des acteurs comme Uber se ruent sur les brèches réglementaires, le secteur de la finance est très réglementé. Comme l’explique Sandrine Hirigoyen de DIGITALL Conseil : « La directive française sur le crowdfunding adoptée en mai 2014 a donné un statut juridique aux plateformes de financement participatif. Elles ont pu collecter l’an dernier 154 millions d’euros, faisant de la France la deuxième place européenne du crowdfunding ». En outre, la mise en pratique de la directive européenne MIFID II à l’horizon 2017 devrait apporter plus de transparence et de protection aux consommateurs.

Si selon Accenture, près de 800 millions de dollars ont été investis dans les Fintechs britanniques entre 2008 et 2014, contre 13 millions seulement pour leurs concurrentes françaises, l’écosystème français dans son ensemble reste favorable à un décollage des Fintech malgré une fiscalité moins avantageuse. Ils soulignent ainsi la diversité des aides à la création d’entreprises proposées en France, ainsi qu’un écosystème d’investissement qui répond aux besoins de financement des startups. Plutôt que d’inciter les particuliers à investir via des mécanismes fiscaux, les acteurs de la Fintech française prônent la pédagogie pour intégrer le risque plus profondément dans les mentalités. Ce que résume Philippe Dardier d’Alternativa : « Tous les acteurs de la finance, anciens et nouveaux, doivent réconcilier les Français avec la prise de risque ». Le jeu en vaut la chandelle : les Français disposent d’un bas de laine de 4 000 milliards d’euros, l’un des plus élevés d’Europe.

L’avenir en point de mire

Bordeaux Fintech a donné l’occasion au public de réfléchir à l’avenir de notre société et à la place des technologies dans son évolution, à travers l’intervention de deux grands témoins : Nicolas Colin, Fondateur de The Family et Stéphane Mallard, responsable de la stratégie et l’innovation des salles de marchés de la Société Générale.

Ce dernier a expliqué, à travers de multiples exemples, dans quelle mesure l’intelligence artificielle va transformer la vie telle que nous la connaissons et pourquoi nous devons nous y préparer dès maintenant. Il a détaillé cette révolution en cours dans nos vies : des véhicules autonomes, à la médecine en passant par la banque et les robots conscients, et a évoqué les bouleversements sociétaux à venir et les questions d’éthique soulevées par l’utilisation de l’intelligence artificielle.

De son côté, Nicolas Colin a apporté sa vision de l’innovation, tirée de son expérience dans l’accompagnement de startups. Pour lui, l’évolution de la protection sociale (radicalement inadaptée à l’économie numérique) est l’un des éléments décisifs des prochaines années pour l’écosystème de l’innovation en France : « La réinvention de la protection sociale impacte celle de la finance: c’est elle qui solvabilise tout le monde » ; particulièrement dans le domaine de la finance : « Quelle protection sociale ? On ne peut pas envisager de nouvelle finance sans nouvelles institutions ». Enfin, il a insisté sur la mutation en cours des modèles économiques, mettant en exergue l’économie du partage : « Hier le pétrole, aujourd’hui les ressources individuelles comme moteurs de l’économie ».

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octobre 29, 2015 9:27
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