Si la notoriété et l’adoption des Fintech en France restent encore faibles, une importante marge de progression existe aujourd’hui. Une fois leurs bénéfices et valeur ajoutée expliquées aux Français, ces derniers manifestent un intérêt significatif. D’où la nécessité de mieux communiquer et d’évangéliser. Telles sont les principales conclusions d’une récente étude de Deloitte. Analyse des résultats et interview du Directeur Industrie financière chez Deloitte.

Deloitte a confié à Harris Interactive l’organisation d’une enquête sur les Fintech en France, dont le rapport « La Fintech à la française, une filière d’excellence » vient d’être publié. Cette enquête, menée auprès de 2 000 Français par l’institut Harris Interactive fin 2015, dresse un panorama des Fintech en France et évalue l’appétence (connaissance, intérêt et attentes) des particuliers pour les nouveaux services financiers digitaux. Principale conclusion de cette enquête : si l’adoption reste faible aujourd’hui (notamment du fait du caractère encore limité des offres), l’intérêt des Français ne fait pas de doute.

Des services majoritairement méconnus, donc un usage encore faible

La notoriété des Fintech reste faible aux yeux des Français. Si 38% des Français connaissent le financement participatif ou l’assurance habitation connectée, les produits cités dans le questionnaire de l’enquête ne sont connus en moyenne que d’un Français sur trois (par ex. l’assurance santé connectée), voire d’un sur cinq (par ex. le transfert d’argent via les réseaux sociaux).

L’enquête met en relief un décalage entre le dynamisme des innovations financières et la connaissance et l’utilisation des Français. Sur les 10 principaux services proposés par les Fintech, l’agrégation de comptes est le service le plus utilisé par les Français, mais ne recense que 9% d’utilisateurs. Les services relatifs à l’épargne (financement participatif, planification financière, conseil automatisé) et aux objets connectés (assurance et santé) ne sont à ce jour utilisés que par 4 à 6% des Français. Les offres de formation à la finance, de transfert d’argent et d’assurance P2P ne mobilisent que 2 à 3% des Français.

Une marge de progression intéressante

Toutefois, une fois ces services expliqués aux Français, l’intérêt qu’ils expriment est significatif. Les produits les plus plébiscités (assurances auto et habitation connectées et agrégateurs de comptes) attirent jusqu’à 45% des Français. L’innovation recueillant le moins d’intérêt (le paiement P2P via les réseaux sociaux) intéresse tout de même 18% des Français.

De plus, la connaissance et l’intérêt pour l’ensemble de ces services testés dans cette étude augmentent non seulement pour les clients «digitaux » (ceux qui privilégient Internet dans leurs relations bancaires), mais également pour les clients « patrimoniaux » (ceux disposant d’actifs financiers placés ou à placer supérieurs à 25 k€), cibles traditionnellement privilégiées par les acteurs traditionnels des services financiers.

« Les perspectives de développement de l’AssurTech sont supérieures à celles des Fintech »

Interview de Julien Maldonato, Directeur Industrie financière chez Deloitte

Selon Deloitte, si la notoriété et l’adoption des Fintech en France restent encore faibles, une importante marge de progression existe aujourd’hui.Pour compléter son analyse, Fintech Mag a interrogé Julien Maldonato, Directeur Industrie financière chez Deloitte, qui a piloté l’organisation de cette étude :

 

Fintech Mag : Quels objectifs poursuivait Deloitte en lançant cette enquête sur les Fintech ?

Julien Maldonato : Si nous nous doutions, avant de lancer cette enquête, que l’adoption reste encore faible en France, nous cherchions à mesure la connaissance et la sensibilisation de nos concitoyens. Certes, les Fintech font quasiment chaque jour la « Une » des média, mais nous voulions comprendre ce qu’en pensent réellement les Français et évaluer leur intérêt vis-à-vis de ces nouveaux services financiers. En clair, derrière le bruit, nous voulions évaluer le potentiel de marché.

Fintech Mag : Ces résultats sont encourageants pour les Fintech ?

Julien Maldonato : Tout à fait. Au regard d’une connaissance naissante mais plutôt modeste, on distingue un net intérêt des Français. La plupart des services recueille un intérêt de 40 à 45% des Français, ce qui est énorme. Ceci augure un marché qui devrait croître rapidement. La maturité dont font déjà preuve les acteurs atteste d’un phénomène véritablement structurant pour le marché des services financiers. Nous prévoyons une adoption exponentielle, dès lors que des efforts d’information et de pédagogie seront déployés par les acteurs de ce marché. L’enquête le démontre : la conviction vient de l’information. Et avec le digital, il est très facile d’expérimenter, sans courir de grands risques. Les Fintech sont un peu dans la situation des smartphones avant l’apparition de l’iPhone : peu de sensibilisation, mais un intérêt marqué. Nous n’avons que peu de doute qu’il devienne un marché de masse, dans un avenir proche.
Tout l’enjeu consiste désormais à faire connaître les Fintech auprès des Français et à les convaincre de l’intérêt des services qu’elles proposent. Nous pensons que les clients finaux ont tout à gagner en faisant confiance à des Fintech : une expérience client plus moderne et du pouvoir d’achat.

 

Fintech Mag : Votre étude met également en relief les bénéfices de la coopétition.

Julien Maldonato : Oui. Les acteurs financiers traditionnels ne couvrent que partiellement les besoins des particuliers Français. Plutôt que de construire seuls de nouvelles offres et fonctionnalités, avec les limites que nous connaissons tous (dont leur complexité organisationnelle qui les freine beaucoup), ils ont pris conscience de l’intérêt de collaborer, voire d’acquérir des Fintech. L’étude n’engage pas directement les banques à racheter des Fintech, mais les sensibilise sur l’existence de solutions multiples, parmi lesquelles figurent les partenariats ou les acquisitions. La vraie menace pour les banques émane aujourd’hui principalement des GAFA, toute la profession en est désormais consciente. Leur puissance financière est certes énorme, mais leurs infrastructures technologiques est aujourd’hui à la base de leur avantage concurrentiel, comme la fréquence des contacts avec leurs clients. Mais ces entreprises ne construisent pas non plus seules leurs offres, elles nouent de nombreux partenariats et procèdent à des acquisitions. La course à l’innovation est lancée dans le secteur financier et les banques doivent, a minima, faire ce que font les GAFA. Elles en sont conscientes.
En France, les transactions restent modestes en montant et en nombre, surtout lorsqu’on compare notre situation avec celle des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Beaucoup reste à faire et cette marge de progression est intéressante.

Fintech Mag : Votre étude concerne également l’AssurTech. Les perspectives de développement de ce marché ne sont-elles pas supérieures à celles des Fintech ?

Julien Maldonato : On peut le penser effectivement. En tout cas, il est probable que l’assurance, qui est ancrée dans la vie quotidienne des Français encore plus profondément que la banque, vive une révolution plus profonde. C’est ce que nous avons expliqué dans notre rapport publié à l’occasion du Forum de Davos. Les perspectives de développement de l’assurance connectée sont énormes, compte-tenu de la vitesse de progression des objets connectés. L’assureur, qui a la confiance de l’assuré, peut utiliser les données pour proposer des opportunités de service permettant de lui simplifier la vie. Le champ des possibles est immense.

 

Fintech Mag : Vous annoncez également un partenariat avec France Fintech. Quel est son objectif ?

Julien Maldonato : Deloitte va aider France Fintech à valoriser les Fintech françaises, en mettant à leur disposition son expertise juridique, fiscale, réglementaire, marketing et stratégique. Parallèlement, nous développons avec l’association des synergies afin d’apporter aux clients traditionnels de Deloitte, une valeur ajoutée nouvelle et des relais de croissance.

Avec France Fintech, dont la vocation est de fédérer et unifier les efforts de communication et de pédagogie des Fintech françaises, nous allons également travailler auprès des pouvoirs publics, afin d’instaurer des conditions de dialogue constructives. Nous sommes convaincus que la France, qui dispose d’une filière d’enseignement supérieur reconnue dans le monde entier, et notamment dans les domaines des finances et des mathématiques, a tous les atouts en mains pour forger une nouvelle économie porteuse pour les startups, avec beaucoup de bénéfices à la clé pour les clients finaux. La France, déjà présente dans le concert international, derrière les locomotives que sont les USA et le Royaume-Uni, fait jeu égal aujourd’hui avec la Chine. Nous sommes confiants dans le fait que notre pays devienne une place forte des Fintech dans un avenir proche.

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