Co-fondateur et CEO de la plateforme française leader de l’affacturage Finexkap, Cédric Teissier est aussi VP de FranceFintech. Ce serial entrepreneur et fin observateur de la Fintech s’est arrêté de courir une demi-heure, le temps de s’entretenir avec FinTech Mag pour faire un bilan d’étapes de Finexkap, de sa vision du marché et du recrutement en fintech, l’une des problématiques majeures rencontrées par les entrepreneurs du secteur.

Pourquoi avoir choisi l’affacturage ?

Avec Arthur de Catheu, mon associé, nous avons créé, en 2012, Finexkap, le premier site d’affacturage digital en France. Un constat nous y a poussé : une entreprise ferme en France toutes les 33 minutes à cause de problèmes de trésorerie. En cause, la difficulté d’accès aux découverts et offres de financement traditionnelles pour les petites entreprises, ainsi que leur coût. L’affacturage nous a semblé être la solution à condition d’innover dans un secteur qui sentait bon la naphtaline.

1ère source de financement de court-terme en France, l’affacturage a généré 250 milliards de financement l’an dernier et affiche un taux de croissance à deux chiffres depuis une dizaine d’années. 13 acteurs se taillent la part du marché, principalement des filiales de banques. Leurs offres sont peu adaptées aux contraintes des PME : 4 à 6 semaines pour se mettre en place, une durée d’engagement minimum de 12 à 18 mois, la caution personnelle du dirigeant exigée, l’empilement des commissions qui rendent leur coût prohibitif… Au total, seules 40 000 entreprises en France ont recours à l’affacturage, ce qui en fait un produit sous-exploité. Côté marché, nous nous sommes rendu compte qu’en réalité, ces acteurs traditionnels ne souhaitaient pas réellement développer le financement des TPE-PME, préférant se concentrer sur les grands comptes. Nous y avons vu un trou dans la raquette.

Quelle est la valeur ajoutée de Finexkap par rapport à ces acteurs traditionnels ?

Notre objectif était de lever les contraintes rencontrées par les entreprises : rendre accessible l’affacturage sous 48 à 72 heures, supprimer la garantie personnelle, supprimer les frais cachés et apporter de la transparence à une solution qui en manquait. Et proposer un prix attractif, avec une moyenne de prélèvement sur chiffre d’affaires de 2,5 % quand les autres prélèvent jusqu’à 5 %.

Après deux ans et demi de recherche et développement pour mettre au point le service et passer les fourches caudines de l’AMF, 20 mois pour enclencher l’activité réelle, les résultats sont là : un volume de financement de 50 à 60 millions pour 2016, la plus grande croissance de l’année en France et la seconde en Europe. On finance déjà 300 PME-TPE, avec une croissance mensuelle de 10 à 20%.

Nous sommes arrivés à la maturité et entamons une nouvelle phase, celle de la montée en puissance.

Quelle est la stratégie de développement de Finexkap ?

Le Network Lending, notamment. Je m’explique : nous tissons des partenariats avec les fournisseurs de logiciels qui équipent les entreprises et détiennent des informations relatives au crédit inter-entreprises. Ce qui permet à notre solution d’être accessible en cinq clics grâce à un interfaçage avec le logiciel utilisé. Nous avons ainsi crée le produit Sage Clic & Cash avec le fournisseur numéro 1 de logiciel de comptabilité qui équipe 35 % des PME européennes. Ce sont quelque 600 000 boîtes françaises qui vont avoir directement accès à notre service d’affacturage et pourront débloquer de la trésorerie en 48 heures à un taux ultra-compétitif compris entre 0,5 % et 1,25 % de la valeur faciale de la facture contre, je le rappelle, 2 % à 5 % chez nos concurrents traditionnels.

Co-fondateur de France Fintech, vous bénéficiez d’une vision transversale sur la Fintech. Comment se porte le marché ?

Nous n’en sommes encore qu’aux prémisses. Que ce soit en terme d’expérience utilisateur, de produits, de relation avec les services financiers, tout évolue à vitesse grand V. Si je suis foncièrement optimiste sur ses perspectives de développement, je remarque aussi qu’il est temps que le marché se structure. Prenons l’exemple des plateformes de financement participatif pour les PME. On en compte pas loin de 70. La réalité, c’est que 65 d’entre elles ne vont pas survivre.

Les jeunes entrepreneurs arrivent en pensant faire sauter la banque. Mais c’est plutôt la banque qui risque de les faire sauter car il ne faut pas perdre de vue que les fintechs représentent pour ces dernières un laboratoire d’innovation externalisé. Là où leur taille ou bien la réglementation leur interdit d’aller, elles délèguent aux fintechs le soin d’y aller pour elles. L’évolution générale du système financier se fera main dans la main avec les banques. Pour s’en convaincre, il suffit de voir tous ces plans digitaux engagés par des acteurs comme BPCE, BNP ou la Société Générale. Depuis un an, les banques scrutent très attentivement les fintechs.

Vous avez publié sur Medium une tribune remarquée où vous pointez du doigt ce que vous avez appelé « le dilemme de l’expérience ». De quoi s’agit-il ?

De la difficulté de recruter. Le dilemme est le suivant pour les créateurs de fintechs : vais-je embaucher un professionnel du métier qui m’apportera son expertise ou vais-je recruter un novice avec une tête bien faite qui apprendra dans le feu de l’action ? Le premier m’apportera une vision sectorielle claire mais ne saura pas forcément comment trouver les brèches ou inventer un modèle différent.

Tandis que le second pourra se planter en tombant dans un écueil qu’une personne expérimentée aurait identifié mais sera plus ouvert pour inventer, pour innover. Ce dilemme s’est présenté à nous en créant Finexkap. Nous y avons répondu en privilégiant le second profil, plus ouvert. Et c’est à cette capacité de réinventer un système que nous devons la création du produit Sage Clic & Cash qui nous permet de toucher directement 600 000 nouveaux clients sans avoir recours à une lourde infrastructure commerciale.

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décembre 14, 2016 8:00
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