Second volet de notre étude sur les Fintech asiatiques sous la plume de Jean-Armand Figeac actuellement basé en Suisse au sein de l’Institut des Services Financiers de Zug.

Suite à notre analyse des fintechs occidentales, nous avons désormais un point de comparaison concret pour mettre en exergue le dynamisme, la puissance mais également les disparités des fintechs de la zone ASEAN. Focus sur les « news trends » de l’écosystème Asiatique des FinTech.

Et à l’Est, Quid Novi ?

A l’Est aussi les start-ups dans ce domaine ont déjà bel et bien commencé leur croissance. S’étant préalablement renseigné sur différentes compagnies ayant établi une partie de leurs bureaux dans la capitale thaïlandaise (un bon nombre ont, pour diverses raisons, leur entité légale à Singapour ou Hong-Kong), Jean Armand pu en approcher certaines mettant à profit ses connaissances dans ce secteur particulier. De l’implantation de la Blockchain stratégie gravitant autour des transferts d’argent inter-frontaliers et des paiements en ligne mais aussi du développement commercial de la cloud-compatibilité très recherchée et prisée par les PMEs locales, à l’entreprenariat en résidence mis à disposition par des syndicats de Venture Capital, ce mois –là fut de loin un des plus intenses dans son désir d’expérimentation.

Les FinTech Asiatiques n’évoluent pas dans le même environnement macroéconomique

Ce que nous Européens avons tendance à oublier évoluant au jour le jour dans un environnement des plus stables est l’inclusion financière. Ce terme désigne tout simplement la capacité d’une personne à avoir accès aux services financiers des plus basiques tels que :

  • l’envoi et la réception d’argent
  • les retrait en espèces
  • diverses assurances (voiture, maison..)

Si plus de 90% des 743 millions d’Européens ont accès à des services financiers le contraste avec les pays ASEAN est marquant : sur 625 millions de personnes, moins de 50% n’ont pas accès à un compte bancaire, avec toutefois des écarts faramineux comme Singapore (>90%), le Cambodge (5%) et la Thaïlande (70%). Il est alors compréhensible que ces pays en viennent à un consensus et ciblent les 70% pour l’horizon 2020.

Si toutefois la Thaïlande est un pays favorisé économiquement parlant et donc développé, il existe cette fameuse pyramide socio-économique où le système bancaire actuel a délaissé la majeure partie se trouvant au pied de cette dernière et donc en bas de l’échelle sociale. La FinTech locale a alors la possibilité et le potentiel de pouvoir promouvoir ceux dépourvus d’un quelconque réseau financier.

C’est dans ce contexte particulier que l’importance de technologies financières prend toute son ampleur comme en outre la stimulation de la croissance au travers de l’inclusion financière, la diffusion des services financiers mais aussi leurs faibles couts dans des pays à faible revenu. Les programmes informatiques à disposition et les procédés opérationnels peuvent être plus ou moins identiques à ceux de l’Ouest mais la réponse du marché, la confiance des utilisateurs potentiels mais aussi l’infrastructure des technologies sont tout autres.

C’est particulièrement le cas pour les bureaux de crédits (National Credit Bureau-NCB) : l’accès à leurs bases de données en temps réel est extrêmement complexe dû à une faible infrastructure technologique restreignant drastiquement leur utilisation par de potentiels disrupteurs. La Banque Centrale de Thaïlande (Bank of Thailand-BoT), consciente de ces difficultés à surmonter, est alors amenée à développer mais aussi à accepter des solutions viables pour ainsi créer un cadre règlementaire moins complexe n’entravant pas l’innovation. Afin que la FinTech soit bénéfique au secteur des finances personnelles, il est essentiel pour les autochtones de comprendre l’importance des « Credits Scoring/Evaluation de solvabilité » mais aussi les bénéfices de ces services innovants. La communication, l’éducation et la confiance restent alors des sujets clefs dans ce secteur.

Attardons-nous cependant sur des facteurs primordiaux qui pourraient bien être avec le temps les déterminants de cette industrie: une population thaïlandaise en expansion rapide et s’urbanisant à un rythme accéléré couplée à un fort attrait à la technologie mobile depuis déjà de nombreuses années mais aussi les priorités de la BoT en termes de digitalisation laissent alors apparaitre un eldorado considérable pour ces starts-ups.

Et l’argent commença à affluer…

Un problème non endémique aux FinTech Thaïlandaises est de loin les flux d’investissements tant locaux qu’internationaux. La ville du Merlion devenant leader dans la FinTech depuis quelque temps se voit alors injecter quelques US $605 millions (+US $150 Mio adossés par le gouvernement) dans ce secteur (2015). L’année dernière, le royaume du Siam a créé un fonds de capital-risque de US $570 million visant les start-up Thaïlandaises et établissant ainsi un habitacle propice à l’innovation ; montant élevé à hauteur de 50% par le Ministère de l’Economie Digitale et de 50% par le Ministère des Finances. De surcroît, Bangkok se voit aussi fournir un essaim d’incubateurs répartis dans sa jungle urbaine soutenus par différents arrangements entre de nombreux partenaires et le gouvernement, des entreprises du secteur privé et des universités. Alors que quatre ans auparavant, les VCs (capital risque) se comptaient sur les doigts d’une main, on peut en dénombrer plus d’une soixantaine en 2017.
C’est dans cet écosystème des plus favorables que le gouvernement entend quintupler le nombre de start-ups d’ici 2018.

…avec certaines réglementations

Avec cet afflux de capitaux il a donc été une nécessité pour la BoT d’instaurer certaines régulations mais aussi l’obligation pour ces FinTech de s’enregistrer au sein de celle-ci. Les régulateurs bancaires ont quant à eux appuyé et mis en avant la promulgation du Payment System Act permettant alors de meilleures conditions pour superviser les transactions électroniques. En effet celles-ci sont actuellement le cœur névralgique et suscitent beaucoup d’intérêt de la part des VCs : les paiements digitaux et les transactions bancaires ont bondi de 32% en 2010 à 62% en 2014 dû principalement au taux de pénétration de la téléphonie mobile de l’ordre de 146% en 2015.

Pour ne pas entraver ce dynamisme, le gouvernement entend alors autoriser l’accès à différents acteurs (P2P lenders- Emprunt de pair à pair) aux données récoltées par les bureaux de crédits mais aussi relaxer certaines règles permettant alors aux banques d’investir dans les FinTech. L’initiative récemment prise par la Banque Centrale est d’assurer un environnent sûr et favorable en établissant une « sandbox- environnement de test » permettant aux diverses start-ups de continuer à lever des capitaux sans devoir se soucier des rigoureuses normes de régulation.

Le Gouverneur Mr. Santiprhbhob affirme que cet outil ouvrira de nombreuses opportunités pour l’expérimentation de divers produits et services mais aussi permettre à certaines entreprises de stimuler la demande tout en contrôlant et surveillant les possibles risques. Les trois critères prédominant de cette sandbox concernent la levée de barrières au bénéfice de la croissance des FinTech locales, la protection des consommateurs mais aussi la surveillance des services pouvant mettre en danger le système financier et économique. Si toutefois ces procédés voient à peine le jour les régulateurs peuvent toujours s’inspirer de leurs pays voisins ayant préalablement promulgué ces essais pilotes comme à Singapour par l’Autorité monétaire de Singapour (MAS), en Australie par l’ Australian Securities Investment Commission (ASIC) et encore bien d’autres.

Pour la suite ?

Même si ce ne sont que des prévisions, les indicateurs économiques parlent d’eux- mêmes : alors que les analystes anticipent une croissance de l’ordre de 6.2% pour l’horizon 2017-21 dans les 10 pays membres de l’ASEAN (3,2% pour la Thaïlande) elle ne sera que de seulement de 1,2% en Europe. S’ajoute à cela l’interconnexion mais aussi le rapprochement avec les pôles financiers de grande envergure comme Singapour et Hong-Kong permettant à la FinTech du territoire de Siam de pouvoir évoluer à un rythme constant tout en bénéficiant de l’expérience de ses pays voisins.
L’environnement règlementaire en Thaïlande est alors bien propice aux affaires mais aussi à une économie sécurisée combinant faibles dépenses, frais opérationnels et niveau de vie tout à fait abordables. Cet écosystème est ainsi complété par de nombreux talents pouvant être mis à la disposition d’entreprises en pleine croissance.

Jean Armand Figeac

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avril 25, 2017 9:44
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