Comme Bridget Jones au deuxième épisode de ses pérégrinations, la Fintech aurait-elle atteint l’âge de raison ? C’est en tous cas le thème de la seconde édition de Fintech Revolution, ce grand événement organisé par France Fintech, l’association qui, en partenariat avec une soixantaine de sociétés, œuvre à la promotion du secteur en France et à l’étranger. Puisqu’il incombe à France Fintech de « faciliter le dialogue auprès des médias, administrations et pouvoirs publics », FinTech Mag, en bon média, s’est entretenu avec son Président, Alain Clot. Tour d’horizon d’un secteur sorti de l’adolescence.

 

Quels sont les marqueurs de maturité à l’œuvre dans l’écosystème Fintech ?

J’observe d’abord la maturité des modèles eux-mêmes, qui intègrent aujourd’hui beaucoup plus de technologies et de data qu’hier, quand l’usage primait. La deuxième vague est beaucoup plus technologique, avec des algorithmes plus élaborés, avec de l’intelligence artificielle, des blockchains. La technologie a fait ces dernières années un saut quantique. Maintenant que les usages et les parcours sont bien rodés, on voit poindre la question de la taille critique des entreprises. Un phénomène de concentrations, de rapprochements, voire même de fusions-acquisitions est à l’œuvre. C’est le cas dans les secteurs du financement participatif et des paiements. C’est ce que j’appelle la maturité du modèle industriel. Autre marqueur fort de la maturité, me semble-t-il, la reconnaissance et l’appétit des utilisateurs : plus de 40 % des Français se disent intéressés par les services de la Fintech. Et on estime entre 15 % et 20 % la proportion d’entre eux qui a déjà utilisé un de ses services.

 

Est-ce pour autant plus facile aujourd’hui pour les fintechs ?

L’accès au financement est plus facile. La France est aujourd’hui numéro deux en Europe en capital-risque même si ce dernier se concentre sur un nombre moyen d’opérateurs. On voit une rentabilisation progressive des modèles, on a même observé des sorties, des ventes, ce qui est un autre gage de maturité. Ensuite, les startups se sont structurés en intégrant de nouvelles règles de gouvernance. Les conseils d’administration ne sont plus rares alors même que les formes sociales ne les y contraignent pas. Nombre d’entre elles ont créé des comités stratégiques, et ont amélioré le reporting et le contrôle de gestion. Les standards en la matière ont été largement relevé. C’est de très bon augure car il est très important que l’entrepreneur ne soit pas seul.

 

Comment la relation avec les institutionnels évolue-t-elle ?

Les grands acteurs, qu’ils soient partenaires, actionnaires ou même concurrents, dialoguent aujourd’hui plus respectueusement avec les jeunes pousses. Incontestablement, les fintechs ont fait leur trou. Finie l’époque où on les moquait en sous-main. Beaucoup disent publiquement que la Fintech représente un stimulant pour l’innovation, elle incite à faire évoluer les choses plus vite et plus fort.

 

La Fintech fait bouger les lignes, mais n’y a-t-il pas aujourd’hui un risque de « Fintech washing », par analogie avec le « Green washing » qui sévissait il y a une dizaine d’années ?

On ne peut pas l’évacuer, un risque de cette nature existe toujours. Mais j’observe plusieurs choses. D’abord les groupes classiques se sont ouverts aux fintechs. En respectant la culture des startups, en les laissant autonomes, libres de leur créativité et même de leur concurrence, en maintenant le management en place. Celles qui sont rentrés dans le périmètre des grands groupes sont restées des startups. Tous, dans l’écosystème, ne souhaitent pas être rachetés par un groupe, une banque ou un assureur. Certains font même profession de fois d’indépendance. Cette concurrence est dans l’intérêt de tous. Dans l’intérêt des acteurs institutionnels parce que ça les force à bouger, dans celui des consommateurs parce qu’il y a une pression favorable sur les prix des services. Au fond, je reste moins attaché à la nature de l’actionnaire qu’à l’autonomie, à la créativité, à la capacité de disrupter les usages, à inventer des nouveaux services. On peut être vieux en étant jeune et jeune en étant vieux. On peut être créatif en ayant un actionnaire bancaire, comme on peut rester pépère en n’en ayant pas.

 

Quels segments de marché vous semblent les plus porteurs actuellement ?

Après les particuliers et le mass market, la tendance actuelle est aux PME-TPE. Elles sont aujourd’hui les destinataires de beaucoup de projets de très grande qualité. Le deuxième segment porteur est pour moi celui des néo-banques. Elles offrent une solution alternative aux propositions bancaires traditionnelles. Le troisième que je vois poindre est celui de la gestion privée, avec une montée en puissance des robo-advisors. Je vois par ailleurs s’animer deux moteurs majeurs de l’innovation Fintech, l’intelligence artificielle et la blockchain. Dernier segment de marché à croître fortement, l’Insurtech. L’assurance est un sujet très porteur que ce soit en peer-to-peer, dans les services, dans les comparatifs, dans les mises en relation et dans la facilitation des processus.

 

Quelle est votre ambition en organisant cette deuxième édition de Fintech Révolution ?

Cette année nous accueillons des entrepreneurs prestigieux comme notamment Ron Suber, le CEO de Prosper, qui est une licorne, ou Alexa Von Tobel, une grande entrepreneuse, très influente, auteur de best-sellers. Cela traduit notre volonté de ne pas enfermer la Fintech française dans une vision autocentrée qui serait aveugle aux innovations venues d’ailleurs. De la même manière, nous avons organisé un débat qui risque d’être très amusant, entre Sadiq Khan, le maire de Londres, une figure emblématique, et Axelle Lemaire, qui était invité en tant que secrétaire d’État. Qu’elle ne le sois plus ne pose pas de problème car Axelle est une grande amie de l’écosystème entrepreneurial. Avec Fintech Révolution, nous souhaitons contribuer à ce que Paris devienne une véritable place internationale de la Fintech et gagne des parts de marché, ainsi qu’elle a vocation à le faire.  

 

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