Agir plutôt que subir. Une trentaine de startups et parties prenantes de l’univers de la blockchain viennent de lancer « France Blocktech », une association destinée entre autres à promouvoir et à développer l’écosystème de ces technologies en France.

Au lendemain de sa création officielle, le 6 avril dernier, France Blocktech a lancé 2 initiatives : la première est la labellisation de Blockchain Valley, un projet initié par aeDeus Group sur le Grand Besançon, qui offrira un incubateur et une école pour les codeurs, porteurs de projets et startups blockchain. La seconde initiative d’envergure est le label Frenchain, qui a pour but de certifier les productions blockchain d’origine bleu-blanc-rouge et donc de garantir leur qualité. L’association, qui regroupe un collectif de startups et d’acteurs du monde blockchain en France, entend notamment « construire un écosystème durable pour les concepteurs et les utilisateurs » de ces technologies et « dialoguer d’une seule voix avec les médias et les pouvoirs publics ». Parmi ses missions, participer à la mise en place des normes et réglementations concernant la blockchain, les ledgers et les monnaies numériques, ou encore mettre en relation jeunes pousses et investisseurs…

Le potentiel du marché de la blockchain paraît énorme puisque tous les secteurs sont concernés. Une étude de CB Insight nous apprend par ailleurs, que le montant des investissements dans des entreprises spécialisées dans cette technologie a atteint 494 millions de dollars en 2015. Si ce volume peut paraître infime par rapport aux 20 milliards $ investis dans les Fintech mondiales, en tout près d’un milliards de $ auront été investis dans la blockchain entre 2014 et aujourd’hui, contre 93 M$ entre 2009 et 2013.

Laurent Leloup, France Blocktech : « La troisième révolution industrielle »

La rédaction de Fintech Mag a contacté Laurent Leloup, Président & co-fondateur de France Blocktech, pour qu’il vous livre son regard sur l’avenir de cette technologie prometteuse :

France Blocktech entend participer activement au développement d’un écosystème durable pour ces technologiesFintech Mag : Bonjour Laurent. Vous avez co-fondé l’association France Blocktech. Pourquoi cet intérêt envers la technologie Blockchain ?

Laurent Leloup : Il y a déjà quelques années que j’ai démarré une veille sur le sujet, dans le cadre de mon activité de journaliste. A partir de 2014, la technologie a commencé à faire l’objet d’articles, principalement dans la presse anglo-saxonne. Bien que les premières applications pouvaient paraître sulfureuses (bitcoin, monnaies électroniques) et plutôt difficile à comprendre, la technologie recélait à mes yeux un énorme pouvoir de disruption. Il est fort probable qu’elle se développe autant dans la finance d’entreprise que dans la finance des affaires, et bien au-delà : dans la plupart des secteurs d’activité. C’est une véritable révolution. Je ne crains pas d’évoquer la « troisième révolution industrielle ».

A partir de 2015, j’ai souhaité aller plus loin afin de bien comprendre non seulement la technologie en elle-même, mais surtout ses impacts sur d’innombrables professions. J’ai ainsi organisé plusieurs conférences sur le sujet à la fin 2015.

Petit à petit, les premiers projets et les premières startups ont vu le jour. L’idée de fédérer l’ensemble des acteurs est venue naturellement. J’ai lancé cette idée qui a su convaincre une trentaine d’acteurs. Ainsi est née France Blocktech. Sa mission est non seulement de promouvoir la technologie et ses applications, mais également d’évangéliser et d’accompagner le changement. Nous sommes en contact avec des institutionnels afin de les sensibiliser aux enjeux associés et de commencer à préparer les entreprises à cette évolution majeure.

Fintech Mag : En quoi la blockchain est une « disruption » et même une « révolution » ?

Laurent Leloup : Dans les années 90, après l’apparition des systèmes mainframe, puis des PC, est apparu le Web. Il s’est révélé disruptif pour l’ensemble des secteurs d’activité, surtout au niveau des échanges de messages ou d’informations. Puis, dans les années 2000, les réseaux sociaux ont apporté une nouvelle dimension à ces échanges : ils ne se font plus nécessairement entre un point A et un point B, mais tous les points connectés au réseau peuvent y participer.

La Blockchain est une technologie pour une nouvelle génération d’applications transactionnelles qui établit la confiance, la responsabilité et la transparence, tout en rationalisant les processus d’affaires. C’est aussi un réseau d’affaires, où les membres échangent des objets de valeur à travers un grand-livre distribué et décentralisé (ledger), que chaque membre possède et dont le contenu est toujours en phase avec l’ensemble des membres.

Si différentes technologies de blockchain existent aujourd’hui, elles ont le pouvoir de dédouaner les entreprises ou les particuliers des tiers de confiance. On pense par exemple aux métiers du notariat, que la technologie pourrait profondément bouleverser. Mais également au domaine de l’assurance : il existe déjà aux Etats-Unis des réseaux permettant aux individus de s’assurer entre eux, en mutualisant les risques et en payant des cotisations minimes. En matière de comptabilité, on peut imaginer que demain les écritures comptables seront vérifiées et certifiées de manière automatique via des algorithmes ou des applications d’intelligence artificielle, encapsulés dans une blockchain. Enfin, au-delà des métiers de la finance ou de l’assurance, de nombreux professionnels s’intéressent à la technologie, comme cette musicienne anglaise qui y voit un bon moyen de choisir à qui elle offre gratuitement ses morceaux et à qui elle les vend.

Fintech Mag : Puisque l’on parle de réalisations concrètes, pouvez-vous nous en décrire quelques-unes ?

Laurent Leloup : Bien-sûr, parmi les membres de France Blocktech, de nombreux projets sont déjà très avancés. Je pense par exemple, entre autres, à KEEEX, qui propose un système d’archivage en ligne pour partager documents, messages, chats, process au-delà de l’entreprise et à STRATUMN qui fournit des solutions blockchain. Par ailleurs, aeDeus, startup qui développe “aeChain” la première blockchain française orientée objets, permet notamment de piloter les objets connectés, tout en proposant de nombreuses applications blockchain aux banques, assureurs et industries. Cette startup qui est en train d’organiser un premier tour de table, va également créer une marketplace permettant de télécharger des solutions blockchain et des modules complémentaires, principalement sous licence open source. Beaucoup d’autres projets sont en cours et vont contribuer à crédibiliser la technologie. Cette révolution ne se fera pas en un jour, bien-sûr, mais à partir de 2017 on devrait voir le marché se développer de manière exponentielle. Les générations X, Y et Z commencent déjà à se l’approprier. Nous n’en sommes qu’au tout début !

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avril 29, 2016 8:53
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