Quatrième volet de notre étude sur la Fintech Latino-Américaine sous la plume experte de Denisse Cuellar, blogueuse pour Fintechlosophy, qui nous parle aujourd’hui de l’insurtech.

Le secteur de l’assurance en Amérique Latine est extrêmement spécifique, car il dépend autant des facteurs économiques que culturels. Contrairement aux US ou à l’Europe où souscrire une assurance est une action préventive naturelle, les pays de l’Amérique Latine identifient l’assurance comme une contrainte, ce qui apparaît très clairement à la vue des chiffres : le marché de l’assurance représente entre 3% et 4% du PIB pour les pays les plus influents de la région (Brésil, Mexique, Chili, Colombie), alors qu’aux US ce marché représente plus de 10% du PIB.

 

L’insurtech dynamise le marché de l’assurance locale

La faible pénétration de ce marché est la conséquence de plusieurs facteurs. Dans un premier temps, plus de 50% de la population de la région n’est pas bancarisée ou reçoit un revenue limité, ils ne sont donc pas de potentiels consommateurs des produits d’assurance. Ensuite, malgré une classe moyenne en croissance qui achète plus d’actifs, celle-ci ne voit pas la valeur ajoutée de souscrire une assurance. Finalement, la distribution et la vente des produits d’assurance à des prix accessibles deviennent un réel défi pour les assureurs.

Face à cette réalité, l’insurtech se présente comme une excellente opportunité pour faire bouger les mentalités de la région en montrant la valeur du produit à un prix juste. Son émergence au Brésil, qui représente environs la moitié du marché de l’assurance locale, a permis de dynamiser et de démocratiser le secteur.

 

Une pluralité d’acteurs déjà bien implantés

Le mouvement des insurtechs dans la région a commencé dès 2011 avec les courtiers onlines et comparateurs d’assurance. Minuto Seguros et Bidu sont ainsi devenus les premiers acteurs du marché de l’insurtech Brésilien à enfin rendre les produits d’assurance accessibles. En plus d’une plateforme technologique efficace et efficiente, ces startups se reposent sur la performance de leur service client. En effet, puisque le consommateur final n’est pas habitué à souscrire à cette typologie de service (processus d’achat de la police d’assurance ou de la déclaration de sinistre par exemple), le customer service est un élément clé de différenciation et de réussite sur le marché. Ainsi depuis 2011, la demande augmente. Et notamment sur le secteur de l’assurance automobile.

Depuis 2016 pourtant, une diversification de l’insurtech a été amorcée avec entre autres des acteurs comme ToGarantido, un courtier de microassurance qui s’adresse aux classes à faibles revenus en utilisant une approche multicanal pour garantir une meilleur expérience client et favoriser l’inclusion sociale. Un autre exemple est Youse, une insurtech qui cible principalement les millenials : les jeunes peuvent ainsi acheter et personnaliser leurs assurances en utilisant une simple application mobile. La startup prévoit aussi de ne plus utiliser d’intermédiaires pour vendre ses services, mais ce point est encore en revue par la régulation. A vrai dire, au niveau mondial, les régulateurs de l’assurance se sont peu manifestés sur la digitalisation du secteur et l’évolution des insurtechs.  

 

Insurtech en Amérique Latine, un terrain plein de promesses

Finalement, pour renforcer l’écosystème des insurtechs, l’engagement des grands assureurs traditionnels est nécessaire, mais pourtant, aujourd’hui aucun assureur international n’a été très actif dans la région. Par contre, Porto Seguro, assureur Brésilien et leader du pays a décidé de faire figure de pionnier en encourageant l’innovation du secteur. Pour se faire, il a construit un espace pour réunir la communauté entrepreneuriale de Sao Paulo et gère un programme d’accélération nommé Oxigenio afin de se rapprocher des startups qui peuvent diversifier l’offre de l’entreprise.

On dit souvent que les insurtechs sont en train de restructurer le visage de l’assurance, dans le cas de l’Amérique Latine, ces insurtechs font plutôt un travail de découverte et d’évangélisation et permettent de croire qu’une assurance pour tous est possible.

 

FTM - contribs

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