Avec un volume d’affaires de plus de 2,5 milliards de dollars en moins de 4 ans d’activité, Kantox s’impose sur le marché des échanges de devises et des paiements internationaux. S’apprêtant à ouvrir une filiale française, la start-up a accepté de répondre aux questions de Fintech Mag. Depuis la genèse de la création de Kantox et son mode de développement, jusqu’aux relations avec les banques et au rôle de la France dans le développement des Fintechs, son CEO, Philippe Gelis, nous livre sa vision du secteur aujourd’hui.

Créé en 2011 à Barcelone, Kantox, dont le siège social est aujourd’hui basé au cœur de la City de Londres, propose des solutions de gestion des devises aux PME et ETI. A travers sa plate-forme d’échange de devises, accessible 24h/24 et 7j/7 et facilitant la création de comptes multi-entreprises et multi-utilisateurs, ainsi que la création d’alertes de change, la société offre une véritable place de marché en ligne permettant à ses clients de convertir leurs devises et de réaliser des paiements internationaux de manière transparente et économique. Contrairement aux banques et aux brokers, Kantox donne accès à ses clients aux taux interbancaires en temps réel, leur garantissant que le taux de change n’est jamais manipulé.

Créée par cinq associés, dont deux Français, la start-up s’appuie aujourd’hui sur 70 collaborateurs et a dépassé en octobre 2015 le seuil de 2 milliards de $ de volumes d’affaires. Selon son CEO, Philippe Gelis, « Si Kantox a eu besoin de 3 ans et demi pour atteindre le premier milliard, il ne lui a fallu que 8 mois pour réaliser le second. Au vu des perspectives de développement du marché, il est tout à fait imaginable, dans le futur, de réaliser un milliard par mois ! ».

Un peu plus d’un an après avoir levé 6,4 millions d’€ auprès des fonds Partech Ventures et IDinvest Partners afin d’accélérer son développement à l’international, Kantox vient de boucler une seconde levée de fonds, cette fois-ci de 10 millions d’€, toujours auprès des mêmes fonds. Son objectif est d’ouvrir début 2016 une filiale en France, considérée comme le marché le plus dynamique, après le Royaume-Uni.

Fintech Mag : Bonjour Philippe Gelis, quels sont les avantages offerts par Kantox ?

Philippe Gelis : Nous avons développés des solutions de gestion du change adaptée aux problématiques des PME et ETI. Imaginez une entreprise de la zone Euro qui importe des biens de Chine. Elle doit acheter des dollars pour régler son fournisseur chinois. Généralement, elle ne se pose pas de question et sollicite sa banque. Les commissions opaques et exorbitantes appliquées par les banques lors des opérations d’échange de devises (jusqu’à 2,5 %) forment la raison principale qui a motivé la naissance de Kantox. Nous avons eu l’idée de chercher à identifier des entreprises, qui, au contraire, exportent aux Etats-Unis et souhaitent échanger leurs dollars contre des euros. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui l’échange de devises en peer-to-peer.

Au final, nous sommes bien plus transparents et compétitifs au niveau des tarifs. Nos services sont jusqu’à 10 fois moins coûteux que ceux des banques. Nous avons automatisé le processus de gestion des changes, ainsi que les fonctions d’aide à la décision. Nous offrons en outre des outils de monitoring, de gestion massive des paiements internationaux, d’automatisation des politiques de couverture ainsi qu’un mode d’intégration simplifié via une API. Aujourd’hui, Kantox est clairement la plate-forme la plus complète dans ce domaine. Les entreprises qui recourent encore massivement à des processus manuels pour gérer leurs devises sur Excel, peuvent bénéficier pleinement d’une solution intégrée.

Mais la technologie ne fait pas tout ! Si nous nous attachons à l’améliorer en permanence, comme le prouvent nos dernières annonces, notre avenir dépend bien sûr de nos recrutements et de notre développement en Europe. Dans un environnement aussi concurrentiel, ce sont bien les hommes qui font la différence. Avec plus de 1700 clients qui nous font confiance, principalement des PME et ETI européennes, je pense que notre modèle prouve au quotidien sa pertinence.

Fintech Mag : Quelles relations entretient Kantox avec les banques traditionnelles ?

Philippe Gelis : Nous collaborons d’une part avec des banques parce que nous avons nous mêmes besoin de services bancaires, en particulier de comptes de cantonnement. Pour l’instant, nous avons toujours refusé de les embarquer dans notre capital, mais à plus long terme, nous n’excluons pas de le faire. D’anciens banquiers nous soutiennent déjà !

D’autre part, depuis notre création, nous ne cessons de dialoguer avec elles pour leur expliquer l’intérêt de collaborer avec les Fintechs. Le modèle d’avenir n’est clairement pas la concurrence, mais bien la coopétition. Certaines banques ont compris que les Fintechs peuvent leur apporter beaucoup, notamment en termes de rapidité de développement et de relation client. De leur côté, elles capitalisent sur un réseau très dense et de solides infrastructures. De manière générale, leur aversion au risque les empêche de développer de nouveaux produits différentiants et innovants, et offre donc aux Fintechs la possibilité de se développer sur des activités spécifiques.

Enfin, nous accompagnons régulièrement des institutions financières dans le développement de leur stratégie digitale. Nous avons pu ainsi cerner leurs besoins et comportements, ce qu’elles redoutent le plus et ce qu’elles mettent en œuvre pour préserver leur position. Au final, elles commencent à comprendre que les Fintechs sont un atout, dans leur lutte contre d’autres acteurs très disruptifs comme les GAFA.

Fintech Mag : Quelle est votre stratégie de développement ?

Philippe Gelis : Pour l’instant, le modèle de Kantox cible exclusivement les PME et ETI. Nous ne souhaitons pas l’élargir aux particuliers : c’est un business différent qui n’est pas dans nos gènes. Sur les 5 trilliards (soit 5000 milliards $) de dollars échangés par jour sur le marché des changes, on estime à environ 92% le volume de la spéculation ! Les 8% restants, soit entre 60 et 80 milliards de $ par jour, sont consacrés aux PME et ETI. Le marché est donc énorme, nous avons suffisamment de quoi faire pour l’instant. Nous ne souhaitons pas nous diluer, mais plutôt faire bien les choses pour apporter une valeur ajoutée à nos clients. Ceci ne nous empêche pas de collaborer avec d’autres Fintechs. Par exemple en Espagne, nous avons conclu un partenariat avec un spécialiste de l’affacturage, Novicap.

Fintech Mag : Quel est votre regard sur l’année 2015 ?

Philippe Gelis : Tous les ans, nous explosons notre volume d’affaires et d’investissement. 2015 n’aura pas fait exception, bien au contraire ! Vu la taille du marché, nous avons du travail pour les 20 ans à venir ! Aujourd’hui, il y a énormément de projets et d’investissements. La situation a beaucoup évolué depuis notre création, à l’époque on manquait d’investisseurs, aujourd’hui il y en aurait presque trop… Nous voyons passer toutes sortes de projets qui vont dans tous les sens. Attention au retour de manivelle !

Fintech Mag : Quel rôle peut jouer la France dans le secteur des Fintechs ?

Philippe Gelis : La France a un rôle très intéressant à jouer en Europe. Notamment pour adapter les réglementations, qui aujourd’hui ralentissent leur développement ; alors que c’est tout le contraire au Royaume-Uni. Très clairement, si les autorités ne légifèrent pas, à terme le marché français va être cannibalisé par les britanniques. Les annonces récentes du législateur vont dans le bon sens, notamment en matière de crowdlending. Il faut continuer sur cette voie !

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janvier 7, 2016 9:22
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