Les Fintech sont devenues, en quelques mois, la nouvelle coqueluche des média. Nouveaux porte-drapeaux de la transformation digitale, importants moteurs de disruption, les Fintech sont les Uber ou AirBnB du secteur financier. Et comme certaines pépites du marché mondial sont françaises, la machine à phantasmes peut s’emballer, patriotisme économique aidant…

Si cet engouement repose sur un constat tangible – les Fintech sont en train de jeter les bases de la transformation numérique des finances et, avant tout, initient une nouvelle étape de la désintermédiation bancaire – dans la réalité, le décollage est un peu plus lent. Le secteur est en phase de construction, il vient de naître. Laissons-lui le temps de grandir.

Des chiffres certes encourageants, mais à confirmer

En France, la création de startups dédiées aux nouvelles technologies financières n’a jamais été aussi faible. Seulement deux Fintech ont été créées en 2015. Et les deux levées de fonds les plus importantes (Prêt d’Union et Compte Nickel) représentent la moitié du volume des investissements de l’année. Même si les montants de ces deux levées de fonds sont spectaculaires (31M€ pour Prêt d’Union et 10M€ pour Compte Nickel) et même si les investissements, selon Ernst & Young, ont augmenté de 70% depuis le début de l’année, leur volume total en France atteint seulement 750M€ (contre près de 10 milliards de $ aux Etats-Unis) et la totalité des actifs désintermédiés ne représente que 1,6% (contre 4% au Royaume-Uni).

Le secteur est encore loin d’être mature. Depuis Boursorama, aucune Fintech n’aura réussi à modifier en profondeur la vie et les usages des consommateurs. Les promesses sont certes alléchantes, mais il reste à les concrétiser. Même le crowdfunding, qui est souvent présenté comme la locomotive du secteur (la France étant le second marché européen) et qui a vu le montant global collecté doubler en moins d’un an, fait pâle figure par rapport aux volumes collectés et au nombre d’investisseurs impliqués aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Parallèlement, dans le domaine du paiement électronique, comme l’explique un rapport de Croissance Plus « les Fintech du paiement s’appuient sur de nouveaux usages sans remettre en cause, pour l’instant, le système existant (…) ni, jusqu’à présent, l’organisation hiérarchique du système ». Enfin, éléments essentiels de la chaîne de valeur, les consommateurs se montrent toujours réservés.

Vers la seconde génération des Fintech

En réalité, et c’est toujours Croissance Plus qui l’écrit : « les Fintech ne sont encore que positionnées sur des niches de marchés dont les banques étaient largement absentes ». En clair, la force des Fintech aujourd’hui est de proposer des services performants, là où les banques étaient particulièrement inefficaces (comme par exemple, la désintermédiation des PME/ETI), grâce à une structure plus légère, plus réactive et plus centrée sur l’expérience utilisateur.

J’ai peu de doute sur le fait que les Fintech forment une lame de fond, mais leur développement va prendre du temps, à l’instar de toute mutation industrielle. Le secteur est, je le répète, en devenir. Le nombre d’entreprises (50 environ en France) et leur taille, le périmètre ciblé, leur niveau de rentabilité illustrent ce constat. Mais on ne peut décemment pas le comparer avec la puissance du réseau bancaire existant.

Une seconde vague de Fintech, tirant parti de l’Internet des Objets, des Big Data et d’autres innovations telles que Blockchain, commence à apparaître. On constate aujourd’hui pourtant que la prime au premier entrant ou « l’avantage pionnier » n’existe plus. Au contraire, le dernier arrivé ratisse une grosse partie du marché, en bénéficiant de l’évangélisation réalisée par la première génération de Fintech. Par exemple, dans le sous-univers du crowdfunding (le plus mature des Fintech, principalement grâce à la déréglementation qui a permis de créer de nouveaux business model), un projet comme Lendix a pris en seulement quelques mois une importance majeure, dans un univers très concurrentiel.

Ni feu de paille, ni révolution, le secteur des Fintech acquerra ses lettres de noblesse lorsqu’il commencera à bouleverser véritablement les usages des particuliers. Bien qu’il faille aujourd’hui encore parler au futur, je n’ai pas de doute qu’il y parvienne.

 

Guillaume-Olivier Doré

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décembre 21, 2015 10:10
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