Avec plus de 5,5 M€ de financements levés pour le compte d’une quarantaine d’entreprises, Look&Fin s’impose sur les marchés français et belges du crowdlending. Son CEO, Frédéric Levy-Morelle nous détaille les spécificités de son offre, ainsi que quelques recettes qui font son succès. Selon McKinsey, 25% des parts du marché du prêt pourraient être capturées par les plates-formes de crowdlending d’ici une dizaine d’années. Les perspectives de développement de ce marché et donc de Look&Fin sont au beau fixe.

Look&Fin est une plate-forme de crowdlending (ou financement participatif par prêt) qui propose aux particuliers une solution d’épargne reposant sur des prêts aux PME. Créée en Belgique en 2012 et présente en France depuis 2015, la start-up offre aux prêteurs des taux de rémunération compris entre 6 et 12% par an. Les PME cherchant à bénéficier de ce type de financement doivent afficher un minimum de trois exercices fiscaux ainsi qu’un chiffre d’affaires d’au moins 300 000 €. Look&Fin sélectionne les entreprises qu’elle proposera aux investisseurs particuliers, sur la base d’une analyse financière approfondie. De leur côté, les membres investissent dans les entreprises de leur choix, gratuitement. Toute personne majeure est en droit d’investir.

Fintech Mag : Bonjour Frédéric Levy-Morelle, quelle est la genèse de la création de Look&Fin ?

Frédéric Levy-Morelle : Bonjour Fintech Mag ! Les fondateurs de Look&Fin sont issus du Private Equity*. Ils disposent donc d’une solide expérience du financement d’entreprise en fonds propres (ou « equity »). Nous sommes aussi proche du monde de l’entrepreneuriat : mon associé Dominique Wroblewski est un serial entrepreneur, qui est notamment le fondateur de la célèbre plate-forme d’e-commerce « grosbill.com » revendue au groupe Auchan en 2005 ; nous connaissons donc bien leurs attentes. Dans les années 2010-12, nous avons fait le constat qu’en matière de financement de PME, il y avait beaucoup de candidats mais très peu d’élus. Environ 2 entreprises sur 100 parvenaient à se financer sur le marché traditionnel. L’ambition de Look&Fin est de démocratiser l’accès au financement, tout en offrant une alternative sérieuse aux modes de financement traditionnels.

Depuis son lancement, l’entreprise a structuré 5,5 millions d’€ de financements pour le compte d’une quarantaine d’entreprises. Environ un cinquième de cette somme a d’ores et déjà été reversé aux prêteurs, intérêts compris.

Le financement en equity soulève de nombreuses questions et ce type d’investissement se révèle au final trop complexe pour les particuliers. Différents modèles de crowdfunding (ou financement participatif) répondent en partie à leurs besoins : dans un premier modèle, de type Kickstarter, le particulier donne de l’argent, sans attendre le moindre retour. Un deuxième modèle permet d’obtenir un retour, mais non financier (par ex. un exemplaire du produit de l’entreprise bénéficiant du financement). Enfin, dans le modèle du « crowdfunding equity », le particulier devient actionnaire de l’entreprise qu’il finance. Il reçoit en retour des actions.

Dans le cas du crowdlending qui nous intéresse plus particulièrement, l’internaute devient créancier de l’entreprise. Il lui prête de l’argent selon des conditions de remboursement fixées contractuellement. Chez Look&Fin, les remboursements commencent dès le mois qui suit celui au cours duquel le prêt a été consenti. L’échéance et le rendement sont également connus lorsque l’investissement est réalisé, ce qui n’est pas le cas du crowdfunding equity, où on ne sait pas combien l’investissement va rapporter, ni à quel horizon.

Fintech Mag : Qu’est-ce qui caractérise la démarche de Look&Fin ?

Frédéric Levy-Morelle : Il existe deux types de plates-formes de crowdlending : celles qui acceptent tous les dossiers de financement et celles qui, au contraire, attachent un soin particulier à leur sélection. Nous figurons dans cette deuxième catégorie. Certaines plates-formes cherchent à se distinguer en mettant en avant les montants levés. A notre sens, ce qui fera la différence dans un avenir proche, c’est le taux de défaut. Grâce à une sélection très rigoureuse des entreprises que nous proposons à nos investisseurs, nous n’avons jusqu’à aujourd’hui déploré aucun défaut. Je ne dis pas que cela ne peut pas arriver ; cela reste de l’investissement en capital-risque, mais nous nous efforçons de maîtriser au maximum ce risque. Seulement 3% des entreprises analysées sont, au final, sélectionnées par Look&Fin.

Notre démarche consiste à appréhender entre 80 et 90% du risque en amont. Nous disposons pour cela d’une équipe d’analystes aguerris. En aval, l’investisseur est protégé par des garde-fous prévus contractuellement qui obligent l’emprunteur à respecter ses obligations. Côté infrastructure technique, nous avons développé des outils en interne qui nous aident à réaliser nos premières sélections (environ 80% des dossiers sont éliminés à ce stade). Puis, nous lançons une analyse approfondie de l’entreprise – business model, plans commerciaux, forces et faiblesses, etc. – en collaboration avec son responsable. Enfin, nous présentons les résultats de notre analyse à notre Comité de Sélection, qui prend des décisions collégiales. Ce processus de sélection extrêmement précautionneux porte ses fruits aujourd’hui. Bien que le marché oblige les plates-formes à faire du volume pour survivre, on ne peut le faire au détriment de la qualité. Nous restons confiants quant à notre capacité à trouver cet équilibre : si nous ne retenons que 3% des dossiers étudiés, le volume de demande de prêt augmente de 20% par mois !

Fintech Mag : Comment financez-vous le développement de Look&Fin ?

Frédéric Levy-Morelle : Jusqu’à présent nous nous appuyons sur un actionnariat franco-belge, composé principalement de business angels**. L’essentiel de nos développements ont été financés sur fonds propres. Nous sommes actuellement en train de structurer une augmentation de capital à travers laquelle nous allons accueillir un nouvel investisseur.

En 2015, les Fintechs ont suscité beaucoup d’attention, que cela soit de la part de la presse, d’investisseurs potentiels ou des banques et compagnies d’assurance elles-mêmes. McKinsey a publié une étude en octobre 2015 expliquant que jusqu’à 25% des parts du marché du prêt pourraient être capturées par les plates-formes de crowdlending d’ici une dizaine d’années. Nous profitons donc de cette bonne dynamique et envisageons très sereinement l’avenir. Sur Look&Fin le montant moyen prêté atteint 2500€ contre moins de 200€ en moyenne en France. De plus, depuis 2012, les montants collectés via notre plate-forme augmentent de 10% par mois. En général, nous clôturons un financement en moins de 24h00 et levons en moyenne 5 000€/heure, contre 600€/h en moyenne en France.

Fintech Mag : Comment qualifieriez-vous votre relation avec les banques ?

Frédéric Levy-Morelle : Ce sujet est essentiel. Au fond, nous sommes très complémentaires. Le financement obtenu par une entreprise sur Look&Fin est un prêt non garanti, alors qu’elle ne peut obtenir un prêt auprès de sa banque qu’en présentant une foule de garanties. Parallèlement, la banque considère les financements en crowdlending comme des fonds propres (en haut de bilan). Conséquence : grâce au financement obtenu sur Look&Fin, les entreprises obtiennent plus facilement des prêts bancaires. Ceci est avéré chez nous dans 8 cas sur 10. L’effet de levier est considérable : par exemple, nous avons aidé une entreprise dont la banque acceptait de financer un projet immobilier de 2,5 M€ à condition qu’elle augmente de 300 K€ ses fonds propres.

Aujourd’hui même certaines banques nous adressent directement des dossiers de financement. Nous ne sommes en aucun cas un substitut, mais bien un complément. Et les taux de rémunération sont suffisamment attractifs pour attirer un grand nombre d’épargnants.

*Selon Wikipedia, le private equity ou capital-investissement est « une activité financière consistant pour un investisseur à entrer au capital de sociétés qui ont besoin de capitaux propres. Le terme de capital-investissement concerne généralement l’investissement dans des sociétés non cotées en bourse (d’où son nom de capital non coté ou de private equity en anglais en opposition au terme public). En français cela correspond aux notions de capital fermé par opposition au capital ouvert. »

** Toujours selon Wikipedia, un « business angel (littéralement « ange des affaires », appelé aussi « investisseur providentiel ») est un particulier qui investit dans une entreprise innovante à potentiel et qui, en plus de son investissement, accompagne et met à disposition de l’entrepreneur, ses compétences, son expérience, ses réseaux relationnels et une partie de son temps. Le business angel est un véritable associé-entrepreneur dont l’accompagnement est à forte valeur ajoutée, le business angel pouvant apporter sa compétence, son énergie et son expertise. »

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janvier 19, 2016 10:01
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