Spécialiste de l’investissement dans l’industrie financière, NewAlpha vient de lancer le premier fonds d’investissement exclusivement dédié aux Fintechs. L’occasion pour Fintech Mag de rencontrer Lior Derhy (membre du directoire, directeur du Private Equity) et Jonathan Cohen-Sabban (directeur de participations) et d’évoquer avec eux le développement de NewAlpha, les spécificités de ce premier fonds Fintech et la place de la France dans le concert international des Fintechs.

NewAlpha Asset Management est une société de gestion régulée depuis 2009 et dont la vocation est d’identifier des opportunités d’investissement dans des structures entrepreneuriales de l’industrie financière pour le compte d’investisseurs institutionnels. A travers des fonds spécialisés, la société sélectionne, finance et accompagne des projets entrepreneuriaux innovants, principalement dans la gestion de fonds d’investissement, mais aussi dans des secteurs connexes tels que les services aux sociétés de gestion et les technologies de l’information appliquées à la finance.

NewAlpha Asset Management se distingue par un actionnariat composé à la fois de collaborateurs et de deux autres sociétés de gestion : La Française (détenue par le Crédit Mutuel Nord Europe) et OFI AM (détenue par la Macif et la Matmut). Ceci lui permet de disposer à la fois d’une profonde connaissance des métiers de la finance et de l’assurance, et d’une bonne maîtrise des canaux de distribution tant en France qu’à l’international.

Depuis sa création, NewAlpha a réalisé une soixantaine d’opérations et a investi près de 1 milliard d’euros via la création de 10 fonds d’investissement. La société s’appuie sur 14 collaborateurs et gère près de 600 M€. Lior Derhy (directeur du Private Equity) et Jonathan Cohen-Sabban (directeur de participations) répondent aux questions de Fintech Mag.

Fintech Mag : Quelles sont les particularités de NewAlpha Asset Management ?

NewAlpha : NewAlpha investit dans les talents entrepreneuriaux de l’industrie financière depuis plus de 10 ans. Pour ce faire, nous nous appuyons sur quatre éléments clés :

  • un ADN d’incubateur et une expérience solide dans la détection et l’accompagnement d’acteurs indépendants de l’industrie financière à travers le monde
  • une connaissance profonde des métiers financiers sur lesquels s’établissent notamment les FinTech.
  • une base de clientèle institutionnelle fidèle, composée des plus grands investisseurs institutionnels français
  • une équipe expérimentée et dotée de compétences très complémentaires, capable d’accompagner les différentes fonctions des entreprises avec qui nous collaborons (marketing, développement, corporate etc.).

Nous entretenons ainsi des relations très suivies avec une vingtaine d’investisseurs institutionnels, que nous sollicitons pour investir dans des projets entrepreneuriaux en France et ailleurs. Le but est de rechercher des opportunités d’investissement mais aussi des synergies et des coopérations. Nous investissons et prenons des participations en fonction des véhicules d’investissements dans des entreprises que nous sélectionnons avec soin et avec lesquels nous organisons un alignement d’intérêts optimal.

Fintech Mag : NewAlpha vient de lancer un fonds entièrement dédié aux Fintechs. Pouvez-vous nous en dire plus ?

NewAlpha : Jusqu’à présent, nos investissements ne concernaient que les sociétés de gestion, mais nous devions nécessairement tenir compte des activités attenantes qui constituent aujourd’hui une grande part du secteur Fintech : acteurs de la distribution, du software, de l’analyse prédictive de données, etc.

L’idée du fonds FinTech a germé fin 2014 et le fonds a été lancé en novembre dernier. Entre temps, nous avons réuni des investisseurs sponsors (Crédit Mutuel Nord Europe, Macif et Matmut), constitué une équipe dédiée au Venture Capital et réalisé un énorme travail de veille dans le domaine des Fintechs. Nous avons rencontré plus de 50 Fintechs depuis le printemps. Les premiers deals seront signés très prochainement. Pour l’instant, la taille de notre fonds est de 33 M€, mais il est probable qu’elle double dans les 12 prochains mois.

Les entreprises ciblées évoluent dans les secteurs de la Fintech et de l’Assurtech. Nous nous intéressons à toutes les initiatives innovantes qui impactent les métiers de la banque, de l’assurance et de la gestion d’actifs. A ce titre, nous constatons que les innovations portent davantage sur de nouveaux usages ou ‘business models’ que sur des véritables ruptures technologiques. Avec un tropisme France, nous resterons opportunistes tant sur la localisation géographique de nos investissements que sur le niveau de maturité des sociétés.

Nous allons pouvoir apporter aux start-ups notre expérience en matière de gouvernance d’entreprise, de développement de services financiers, et un accès à notre écosystème de partenaires afin de créer des synergies et valoriser leurs activités.

Fintech Mag : Quelles sont les motivations des investisseurs institutionnels qui collaborent avec vous ?

NewAlpha : Au-delà de la performance du fonds à moyen terme, les institutionnels cherchent à mieux comprendre le phénomène Fintech & Assurtech. Notre mission est alors de réaliser des investissements profitables dans ces secteurs tout en leur restituant une vision en rapport avec leurs activités, afin qu’ils puissent le cas échéant développer des synergies et des collaborations. Pour nous, ces nouveaux métiers doivent effectivement être abordés dans une logique de coopération avec les acteurs traditionnels. Le phénomène Fintech est parti pour durer, mieux vaut dès aujourd’hui réfléchir aux bénéfices qu’il peut apporter aux acteurs établis.

Fintech Mag : Pour vous, quelle est la place de la France sur le marché des Fintechs ?

NewAlpha : Nous ne sommes clairement pas en avance par rapport aux deux pays leaders que sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Mais nous disposons en France d’excellentes compétences académiques, scientifiques et entrepreneuriales. Cependant, le bât blesse encore en matière de financement… C’est pourquoi, nous nous sommes lancés dans l’aventure. Notre fonds d’une taille cible de 50 à 60 M€ peut paraître limité à l’échelle globale, mais convient très bien pour notre marché local.

Aux Etats-Unis, outre l’accès plus aisé à l’investissement, d’autres atouts entrent en ligne de compte comme la taille du marché intérieur, l’expérience des entrepreneurs et les aspects réglementaires. Pourtant, un peu comme dans le marché des technologies de l’information, si la France n’est pas vraiment en tête, cela ne l’a pas empêché de voir émerger de très belles sociétés comme Criteo. Dans les Fintech, les acteurs français sont loin d’être ridicules et certaines entreprises sont leaders de leur segment de marché. Prêt d’Union par exemple. Nous croyons fermement en la capacité de la France à figurer sur le podium mondial !

Fintech Mag : Justement, comment voyez-vous l’année 2016 ?

NewAlpha : Certains développements initiés par les Fintech vont s’imposer dans les prochaines années. La pénétration des nouvelles technologies dans l’espace financier ne fait aucun doute, à l’instar de la quasi-totalité des secteurs d’activité aujourd’hui. La situation actuelle est comparable au marché de l’Internet mobile avant l’apparition des smartphones. Nous attendons l’événement qui agira comme catalyseur de croissance, comme lorsque l’iPhone s’est imposé massivement et a profondément modifié le marché, tout en suscitant à son tour la création de nouveaux usages. Difficile de dire aujourd’hui ce qui va contribuer à bouleverser les usages dans le domaine financier… Nous attendons l’étincelle, sans savoir si elle interviendra cette année, ou la suivante…

Le leader mondial du secteur, dans quelques années, sera peut-être américain, peut-être issu des GAFA. Mais, je pense qu’autour des leaders graviteront un large éventail de start-ups d’où sortira l’essentiel de l’innovation. Les vraies évolutions d’usage viennent rarement des évolutions réglementaires, mais des usages eux-mêmes. Et la collaboration de ces acteurs technologiques majeurs avec les Fintech et les acteurs traditionnels devrait se traduire dans les prochaines années par l’apparition de nouveaux usages.

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