Avec plus de 10 M€ de financement en moins d’une année, le modèle de crowdlending de Lendix s’affirme sur le marché français du prêt aux PME. Avec un potentiel évalué à 10 à 15 milliards d’€ par an, sur un total mondial de 80 milliards d’€, le marché français est l’un des plus dynamiques du globe, offrant de nombreuses opportunités de croissance aux acteurs de la finance alternative. Olivier Goy, CEO de Lendix, répond aux questions de Fintech Mag sur le développement et le modèle de sa société, et nous livre son regard sur le marché.

Olivier Goy interviewé à l'occasion de Bordeaux Fintech

Fintech Mag : Bonjour Olivier Goy. Pouvez-vous nous présenter Lendix ?

Olivier Goy : Lendix est une plate-forme de prêt créée en 2014. Elle permet aux TPE, PME et ETI d’emprunter de l’argent directement auprès d’investisseurs privés et institutionnels ; c’est ce qu’on appelle le crowdlending ou financement participatif par prêt. Depuis le premier prêt organisé pour le compte du Groupe Alain Ducasse Entreprise début 2015, Lendix a permis de collecter plus de 10 millions d’€ de financements, dont ont bénéficié des PME de tous horizons, avec une nette accélération depuis septembre 2015 (plus de 30% de croissance mensuelle). Nous comptons aujourd’hui plus de 3 200 prêteurs, pour un montant individuel moyen par prêt d’environ 200€.

Notre volonté est de poursuivre notre croissance sur ce segment du prêt aux entreprises, sans extension de périmètre vers le prêt aux particuliers ou à la consommation. Avec 80 milliards d’euros de nouveaux prêts émis en 2015, nous estimons que le marché français a un potentiel de 10 à 15 milliards d’€ par an à terme, aujourd’hui traité à 90% par les banques traditionnelles. Les investisseurs bénéficient avec Lendix d’un rendement compris entre 4% et 9%, et le taux de défaut de remboursement est aujourd’hui de 0%, même s’il y aura forcément à terme des défauts. Aujourd’hui, sur près de 5 000 dossiers de financement étudiés, nous avons sélectionné et financé 50 projets.

Fintech Mag : Quelle est la force du modèle de crowdlending par rapport aux services traditionnels de prêt ?

Olivier Goy : Tout d’abord, le crowdlending transforme l’expérience utilisateur : emprunter de l’argent devient facile pour un entrepreneur. Avec Lendix, les opérations sont, de surcroît, simples et ludiques. Tout le contraire du chemin de croix imposé par les banques et leur approche traditionnelle.

De plus, chez Lendix, nous ne demandons aucune garantie, ni caution, car nous procédons à une analyse de risques versus une analyse des garanties. Nous finançons des entreprises rentables qui démontrent une bonne capacité de remboursement. Nous sommes en réalité à la fois concurrent et complémentaire des banques, car nous acceptons de prendre plus de risques que les acteurs traditionnels, ce qui explique les taux de rémunération plus importants. Pour les prêteurs, à l’heure où le livret A plafonne à 0,75% de rendement, les services de financement de Lendix apparaissent comme une alternative extrêmement intéressante pour ceux qui acceptent la prise de risque, puisqu’en moyenne ils sont rémunérés à hauteur de 6,6%.

Enfin, moins de 17 jours sont nécessaires entre le premier contact et la disponibilité des fonds, ce qui est loin d’être le cas avec les banques traditionnelles. Si le coût du crédit est sensiblement supérieur à celui des banques, il est compensé par l’absence de caution : à la différence des institutions financières habituelles, nous ne prêtons pas l’argent que vous possédez déjà !

Fintech Mag : Y a-t-il une typologie particulière d’emprunteurs sur Lendix ? Comment recrutez-vous les emprunteurs et les prêteurs ? 

Olivier Goy : Depuis le lancement de nos activités, les prêteurs viennent naturellement s’inscrire sur Lendix. Nous ne consacrons aucun budget marketing à leur recrutement, mais nous investissons dans la relation via un service client de qualité. Alors qu’il y a dix ans, on éprouvait beaucoup de réticences à saisir notre numéro de carte bleue sur Internet, les prêteurs aujourd’hui peuvent créer un compte rapidement et en toute sécurité, et l’alimenter tout aussi simplement avec leur carte bleue. Lendix bénéficie pleinement de cette évolution des mentalités.

Sur les trois types d’emprunteurs que nous ciblons – TPE, PME et ETI – les deux derniers sont plutôt faciles à convaincre car déjà sensibilisés. En revanche, les TPE ne sont pas encore très au fait des avantages du crowdlending. De plus, elles semblent souffrir du syndrome de Stockholm et restent enchaînées à leurs banques, toujours du fait de ce manque d’informations. En conséquence, un gros travail d’évangélisation est nécessaire ; nous y consacrons d’importants efforts et restons confiants dans la force de notre modèle. Au final, Lendix s’adresse à tous types d’emprunteurs : la plus petite entreprise qui a bénéficié de notre financement est composée de 3 salariés et réalise un CA de 500 K€, alors que la plus grande s’appuie sur 1 800 salariés et affiche un CA de 200M€.

Fintech Mag : Votre stratégie de développement passe-t-elle par l’international ?

Olivier Goy : Oui, bien sûr, plus que jamais ! Nous venons de déposer un dossier en Espagne pour obtenir l’agrément de la CNMV, « l’AMF locale ». Nous prévoyons d’embaucher une dizaine de personnes à Madrid. L’Espagne dispose d’un nouveau cadre fiscal qui ressemble beaucoup à celui de la France. Son tissu de PME est également très dense et les banques sont encore moins actives qu’en France pour financer l’économie et le développement des petites structures. Plus tard, nous projetons d’ouvrir d’autres filiales en Europe continentale. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étant déjà très avancés en termes de financement participatif, nous ne voyons pas d’intérêt à s’y installer pour le moment.

Fintech Mag : Que retiendrez-vous de 2015 dans le secteur des Fintech ?

Olivier Goy : C’est clairement l’année de l’émergence des Fintech. On le voit avec la création de l’association France Fintech, l’organisation de très nombreuses conférences, comme Bordeaux Fintech, et également le nombre de start-ups acquises par des acteurs établis. C’est aussi l’année de la naissance médiatique des Fintech, confirmée par des levées de fonds record dans le monde entier. En résumé, 2015 aura été marqué par l’émergence de 150 à 200 entrepreneurs du domaine des Fintech, désireux de faire bouger les lignes. 2016 va sans nul doute confirmer cette tendance.

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décembre 15, 2015 9:41
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