Un livre pour donner un éclairage sociétal à un phénomène souvent cantonné aux arrière-cuisines de la finance ? Celui de Philippe Rodriguez, « La Révolution Blockchain », assurément ! Le co-fondateur et managing partner de Avolta Partners, banques d’affaires parmi les plus actives en Europe dans l’innovation digitale, est par ailleurs très présent dans l’écosystème blockchain comme conférencier et président de Bitcoin France. Dans la sphère numérique, il a co-fondé l’EBG dont il est aussi le trésorier depuis 1998. Quelques jours avant la sortie de son livre, FinTech Mag a voulu en savoir plus sur ces changements de société qui couvent sous la main invisible de la blockchain.  

Dans votre livre, « La Révolution Blockchain », vous postulez que son avènement engendrera une société plus juste, plus équilibrée.

 

De quels atouts dispose la blockchain ?

La blockchain est un fournisseur de confiance qui permet de mettre en route des usages autour de toutes les transitions de la société qui nécessitent de la confiance. Je les ai résumées en cinq transitions. Il y a d’abord la transition monétaire et financière dont sont issus les usages les plus connus de la blockchain, comme les crypto-monnaies, le Bitcoin en particulier. Je traite ensuite des transitions écologiques et démographiques dans lesquelles la blockchain a son rôle à jouer. Je me focalise aussi sur la transition numérique. Comment faire pour avoir une meilleure confiance dans les algorithmes et une meilleure confiance dans le numérique ? Dans le futur, la blockchain va jouer un rôle important en fournissant de la confiance de façon décentralisée pour les utilisateurs. Enfin, il y a la transition démocratique. Comment redonner confiance dans nos institutions démocratiques ? En utilisant des technologies qui ont la possibilité de faire naître de nouveaux usages démocratique. C’est l’exemple du vote électronique ou de la démocratie liquide. Cette dernière est un hybride entre la démocratie directe et la démocratie représentative. En fonction des questions qui sont posées au citoyen, celui-ci a la possibilité soit de voter directement soit de voter par l’intermédiaire de représentants, qui peuvent être multiples et au sein desquels le citoyen pourra choisir la personne qui va représenter son vote. À l’échelle d’une nation, seule une technologie pourra pleinement redonner la confiance démocratique, et la blockchain est celle-là. On associe souvent la blockchain à la Fintech mais la réalité, c’est que cette technologie dépasse très largement la seule application Fintech.

La blockchain est fondée sur un algorithme, par opposition aux institutions humaines. Nous assistons à un déplacement de la confiance de l’humain vers le robot…

 

L’algorithme sera-t-il le fournisseur de confiance de demain ?

Il faut s’attendre à ce qu’effectivement l’algorithme, déjà à l’œuvre dans certaines fonctions, devienne le système de référence de la confiance. Je traite ça dans mon livre sous la forme d’une question et non d’une thèse. Demain, à qui ferez-vous le plus confiance ? Aux algorithmes ou aux institutions humaines ? Je réponds : clairement dans les algorithmes, ou dans tout processus mathématiques qui permet de certifier la vérité. Tout intermédiaire humain qui se retrouve dans cette chaîne-là devient un maillon de faiblesse à l’intérieur du processus de sécurité. À l’inverse, les tenants des institutions humaines disent que l’intervention humaine permet d’ajuster et de s’assurer que subsiste la conscience de l’intérêt commun et l’empathie, cette faculté purement humaine. Ces sujets vont être cruciaux dans les années à venir.

 

Peut-on attendre des grands acteurs centralisés, qu’ils conduisent la révolution décentralisée de la blockchain ?

Je ne crois pas beaucoup aux organisations centralisées qui veulent mettre en place en leur sein des systèmes décentralisés. Il y a là une contradiction. Quand JP Morgan met en place une application qui utilise une technologie décentralisée en son sein, ça n’a pas forcément de sens. Mais qu’une organisation centralisée participe au sein d’une communauté à mettre en place une application décentralisée, voilà qui fait plus sens. Ce qui, de mon point de vue, fait le plus sens, c’est les systèmes qui ne limitent pas le nombre de participants.

 

Que pensez-vous à ce titre de l’initiative EEA ?

C’est toujours une bonne chose que de grands acteurs s’intéressent à la blockchain. Maintenant on verra ce que ça donne dans les années à venir, parce que jusqu’à présent, chaque fois, ces initiatives ont conduit à des échecs. J’ai le sentiment que c’est autant une façon de s’intéresser au sujet que de recruter de nouveaux clients. Il est vraisemblable que les nouvelles applications de la confiance se retrouveront plutôt développées par de nouveaux acteurs que par des acteurs existants.

 

Quel est l’horizon de la blockchain en matière de Fintech ?

Dans mon livre, je ré-insiste sur le rôle du Bitcoin. Ça fait bientôt 10 ans qu’on explique que le Bitcoin ne peut pas fonctionner. En réalité il fonctionne extrêmement bien. C’est un phénomène très solide contrairement à l’écho d’une certaine mauvaise presse. Le Bitcoin va servir de valeur de réserve pendant encore longtemps avant de devenir une valeur d’échange. Dans la réalité la valeur d’échange va plutôt se faire sur des sidechains, c’est-à-dire d’autres blockchains connectées à des blockchains publiques. C’est là qu’on va voir le plus possibilités d’échanges se réaliser. L’utilisation de la blockchain comme moteur de la digitalisation d’agrégats comme la propriété va s’accélérer. On va voir apparaître des places de marché de titres financiers qui vont utiliser ses principes, avec pour première conséquence la décentralisation des bourses. Et ces places de marché décentralisées produiront des marchés extrêmement efficaces d’un point de vue économique.

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mars 8, 2017 9:54
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