Nous l’évoquions dans nos colonnes fin février (ici). En l’espace de deux ans, la « startupisation » des esprits dans le secteur bancaire est passé du « should » au « must ». Avec pour corollaire, la crainte qu’à l’image du « green washing » opéré il y a une dizaine d’années, les corporate se mettent à pratiquer à moindre coût le « fintech washing ».

Et puis badaboum ! Comme pour illustrer notre propos, voici qu’il y a moins d’un mois, Goliath-BNP-Paribas rachète David-Compte-Nickel (ici), provoquant convoitise, incrédulité et franches interrogations.

Startups et institutionnels, de la compétition à la co-évolution

Dans notre Mag (ici), Joëlle Durieux, la directrice générale de Finance Innovation, déclarait récemment percevoir, dans la rivalité apparente entre les banques et les fintechs, un partenariat naturel. « C’est en tissant des liens avec (les banques) que les fintechs peuvent accélérer leur développement (…). De même, les banques disposent d’une expertise précieuse et peuvent faire bénéficier de leur effet d’échelle (…) ». Et de décrire une co-évolution là où certains n’y voit que de la confrontation.

Deux prises de paroles simultanées nourrissent ces jours-ci le débat. Sur Frenchweb (ici), Bruno Robert, d’un côté, fondateur de Bruno, une solution qui permet de mettre de l’argent de côté, s’aligne sur la vision partenariale. Revenant sur le cas Compte Nickel, l’entrepreneur rappelle que « le «pacte avec le diable» avait été signé dès le début, car « le cantonnement des fonds des clients (était) assuré par le Crédit Mutuel Arkéa ». Autrement dit, sans ce partenariat un Goliath, point de David-Compte-Nickel.

Selon lui, ces partenariats sont consubstantiels au marché de la finance. En effet, les obstacles sont tels (réglementation, sécurité des données et des sommes en jeu), qu’avant de pouvoir les résoudre pour se concentrer enfin uniquement sur la technologie, la vraie valeur ajouté d’une fintech, il s’écoule un laps de temps qui handicape sérieusement le crucial « Time to market ». Il serait donc naturel que les fintechs fassent « le choix de s’associer aux banques pour entrer plus vite dans la course à l’innovation ».

Compte Nickel, symptôme d’une épargne mal redirigée ?

Cette opinion, si elle semble largement partagée dans l’écosystème, n’est cependant pas unanime. En témoignent d’abord les quolibets postés sur la page Facebook de Compte Nickel les jours qui ont suivi l’annonce du rachat par BNP Paribas. En témoigne aussi cet éditorial de Gaspard Koenig, philosophe et président du Think Tank Generation Libre.

Séduit en premier lieu par la simplicité de la procédure qui ne nécessite pas de remplir des questionnaires longs comme le bras, Gaspard Koenig, depuis le rachat, se retrouve soumis à ce même questionnaire qui l’avait détourné du circuit traditionnel.

Au-delà de la petite histoire, ce qu’il pointe du doigt, c’est ce système, cette « bête à l’estomac robuste, qui ingurgite ses opposants et digère les contraires. Plus on cherche à y échapper, plus on le renforce… (…) Tout se passe comme si l’oligopole, loin d’être affolé par les fintech, regardait avec gourmandise s’agiter les petits poissons avant de pêcher les survivants ».
L’image est forte, celle d’un bocal où les fintechs qui parviennent à survivre se font racheter par les institutionnels. Car au bout du compte, se demande Gaspard Koenig, « n’est-il pas possible de grossir de manière indépendante, en levant du capital-risque de manière suffisante ? Et pourquoi ? »

Même posée sous la forme interrogative, sa réponse est cinglante : « la captation de l’épargne par l’Etat, via des mécanismes fiscaux contestables, ne renforce-t-elle pas cette situation, en condamnant les start-up à se vendre en situation de faiblesse aux détenteurs de la rente ? ».

Mais c’est une autre histoire me direz-vous…

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