Lauréate en 2015 du prix Fast 50 de Deloitte qui récompense les entreprises les plus dynamiques de France, SlimPay a vu ses revenus bondir de 4.068% entre 2011 et 2014. Après un tour de table de 15 millions d’euros à l’été 2015, SlimPay a les yeux rivés sur l’Europe et déploie désormais ses forces commerciales en Allemagne, Espagne, Angleterre ainsi qu’aux Pays-Bas. FinTech Mag suit attentivement le développement cette fintech, la seule sur le marché de la finance digitale à avoir décroché ce prestigieux prix Fast 50.

Pour en savoir plus sur la révolution du paiement, nous avons rencontré Jérôme Traisnel, son CEO et co-fondateur.

De la propriété à l’usage, la problématique du paiement s’est-elle transformée ?

Les modes de consommation évoluent, sous l’impulsion notamment des Millennials. La jouissance du produit prime désormais sur sa propriété. Que ce soit pour une voiture ou un vélo, après la musique et les films, l’usage et le service prévalent. Ce qui compte, c’est le bénéfice qu’on peut en retirer. Cette vision accompagne l’essor de l’économie du partage, privilégiant un usage plus durable, plus respectueux de l’environnement et des valeurs sociales. Je consomme parce que j’en ai besoin, et non plus pour posséder.

Toutes les sociétés que nous rencontrons se posent la question du business model associé. Une question qui se pose souvent en parallèle de la conduite du changement digital. En même temps qu’elles réinventent leurs process et leur expérience client, ne doivent-elle pas adapter aussi leur mode de consommation, de pricing et de facturation à cette économie de l’usage ?

La question touche tous les secteurs. Les fabricants automobiles, par exemple, réalisent que demain ils ne vendront plus une voiture pour sa fonction première. Je vais vendre une voiture parce qu’elle est connectée, et connectée, elle devient une plateforme de paiement. L’ensemble des paiements que le consommateur génère au sein de sa voiture, comme le péage, le parking ou l’essence va être monétisé, la voiture va se transformer en une plateforme de paiement.

Que propose SlimPay pour accompagner cette révolution des paiements ?

Ce changement de paradigme touche le comportement sociétal de consommation mais aussi le paiement, dont on a coutume de dire qu’il est le 5ème P du marketing mix (après Produit, Place, Prix, Promotion). Le paiement devient une brique indispensable de cette réflexion sur l’interface client.

Pour Alcon, un laboratoire d’ophtalmologie, SlimPay a mis en place un système d’abonnement. Quand vous allez chez l’opticien acheter une boite de lentilles, vous vous identifiez avec votre carte de fidélité. Vos lentilles sont comprises dans un abonnement dont vous allez vous acquitter sur une base mensuelle. Toute la partie rébarbative qui consiste à aller en caisse, à s’assurer de la prise en charge par la mutuelle, est traitée en back office. Plus de passage en caisse, qui est vraiment le dernier endroit où on a envie de passer du temps.

C’est ce qu’on appelle la « Souscription » économie, au sens américain du terme, c’est-à-dire qu’on peut être abonné sans pour autant devoir payer tous les mois. C’est l’équivalent des comptes que nos grands-mères pouvaient avoir dans les épiceries, où elles réglaient selon un terme négocié avec le commerçant. C’est cette qualité de la relation client qui est en train de se reproduire avec le digital.

Aujourd’hui les prestataires de services de paiement sont des généralistes, ils adressent tous les paiements de façon uniforme. Nous disons que ce marché qui est en transformation a besoin de compétences particulières, notamment en ce qui concerne l’interface client, et nécessite un prestataire de services de paiement qui soit spécialiste du paiement pour l’abonnement. SlimPay n’est pas autre chose.

Nous couvrons l’abonnement au sens général, ceux qui sont à somme et à durée fixes, comme ceux qui sont variables. Le consommateur paye l’électricité ou le péage autoroutier en fonction de sa consommation, les modèles doivent rester flexibles.

Comment voyez-vous évoluer la Fintech en 2017 ?

On a tendance à réduire la Fintech au crowdlending et au crowdfunding. La Fintech au sens large, c’est tous les métiers bancaires, qui bénéficient aujourd’hui de la révolution technologique. Or la banque est l’un des derniers secteurs à n’avoir pas encore opéré sa révolution numérique, quoi qu’en disent les banques. Je ne comprends toujours pas qu’un paiement mette plusieurs jours à être effectué alors qu’un sms met quelques secondes à arriver sur le téléphone portable.

Des grands changements sont à attendre d’ici la fin de la décennie. D’abord sous l’influence de la régulation : une nouvelle directive sur les services de paiement (la PSD 2) ouvre encore plus le champs des possibles en matière de paiement. Aujourd’hui, pour initier un paiement, on est contraint d’aller sur son interface bancaire personnelle. Demain un tiers pourra faire cette initiation de paiement à la place de votre banque, même si le compte reste dans la banque. On désolidarise les notions de tenue de compte de d’initiation au paiement seront désolidarisés.

Jusqu’ici la banque jouait les deux rôles. Demain ce rôle sera divisé. Les paiements pourront se faire via une montre, un téléphone, ou tout autre dispositif ou objet connecté. De nouveaux acteurs et de nouvelles propositions de valeur vont éclore, qui vont simplifier encore plus le paiement pour le consommateur, qui avait jusqu’ici l’habitude d’utiliser sa carte bancaire et son chéquier. Certains pays européens, comme la Suède, ont d’ores et déjà supprimé les chèques, et en Inde, qui n’est pas le pays le plus technologiquement avancé, le gouvernement a décidé de supprimer le cash.

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