Si des débats entourent encore la qualification juridique de l’activité de nombreuses startups phare de l’économie collaborative, le terme d’Ubérisation a quant à lui été définitivement adopté pour traiter de leurs impacts économiques et sociaux. Toutefois, le terme s’assortit fréquemment de celui d’innovation de rupture, ou disruptive innovation pour les plus anglophones. Souvent invoquée à tort dès qu’une industrie est bouleversée par un nouvel entrant, cette notion décrit en fait un phénomène plus précis.

Introduite en 1995, par Clayton M. Christensen, professeur à la Harvard Business School, elle correspond au processus par lequel un nouvel entrant de petite taille et avec peu de ressources a été capable de l’emporter sur les acteurs établis du marché. Ce processus se déroule en deux temps caractéristiques.

 

D’abord, l’innovation de rupture

Dans un premier temps, on est en présence d’une innovation de rupture lorsque le perturbateur entre sur le marché par le « bas » c’est-à-dire en se positionnant sur le segment bas de gamme du marché. L’innovation de rupture a donc aussi lieu lorsque le perturbateur créé un nouveau marché. Dans ce cas, il ne s’adresse pas aux consommateurs en leur proposant un service plus adapté à leurs besoins et à un prix inférieur, mais il s’adresse aux consommateurs qui n’avaient pas accès aux produits ou services proposés par les acteurs établis jusqu’alors.

Selon Christensen, la dépendance vis-à-vis des consommateurs existants qui constituent la principale ressource des entreprises, est ce qui, dans le même temps, les empêchent le plus souvent de proposer des innovations de rupture qui viendraient satisfaire les besoins futurs ou non exprimés de leurs consommateurs. L’allocation des ressources des entreprises viserait trop souvent à venir répondre aux consommateurs les plus profitables, laissant la voie libre à une innovation de rupture proposée par un nouvel entrant, à l’instar de Look & Fin par exemple. Cette plateforme de crowdlending pour TPE/PME a ainsi su tirer profit du manque de rentabilité des banques sur le financement de petits montants (entre 100 00 et 800 000 euros) notamment dû aux contraintes de règlementations qu’elles doivent supporter, comme le décrit Frédéric Lévy-Morelle son CEO lors de son interview.

On peut également citer l’exemple du « Compte Nickel » proposant une offre simplifiée via un compte Internet ou sur smartphone, une carte de paiement et des relevés d’identité bancaire pour 20€ par an. Parmi les 160 000 clients séduits en moins de deux ans à ses débuts, ¼ n’avait pas de revenus réguliers et était interdit bancaire. Au fur et à mesure de son développement, ce « modèle sans banque » est également parvenu à toucher des salariés et des cadres. Ce qui nous amène à la deuxième phase caractéristique de l’innovation de rupture décrite par la Harvard Business Review : l’atteinte d’une proposition mass market (ie. touchant la base des consommateurs).

Le nouvel entrant ne s’adresse alors au grand public qu’à partir du moment où la qualité du produit ou service est améliorée pour répondre au besoin de la masse principale des consommateurs. Se pose alors plus directement la question de la concurrence faite aux acteurs établis du secteur.

 

Collaborative fintech ou disruptive fintech ?

Dans la littérature fintech, cette question est incarnée par la distinction entre les collaborative fintechs et celles dites disruptive (perturbatrices).

Les collaborative fintechs seraient alors comme leur nom l’indique, plus dans une logique de collaboration avec les acteurs établis, le plus souvent du fait de leur modèle économique qui s’appuie sur l’infrastructure des institutions bancaires (eg. leurs agréments ou leur gestion des comptes courants). Au contraire, les disruptive fintechs vont venir s’attaquer aux mêmes marchés que les acteurs établis et leur croissance aura un impact direct sur les parts de marché de ces derniers. Il s’agit alors de chercher à savoir si elles constituent un intermédiaire entre le consommateur final et la banque, ou bien si au contraire elles sont en situation de concurrence frontale avec les banques traditionnelles.

 

Une collaboration qui se veut de plus en plus présente

A l’heure actuelle, on constate surtout une tendance à la collaboration. Concernant les issues possibles quant à l’intégration des jeunes pousses digitales dans l’écosystème des institutions bancaires celles-ci peuvent être de trois types : le rachat d’une fintech et de sa technologie, le développement de technologies financières en interne par les banques ou bien la coopération entre banques et fintechs, matérialisée par une sorte de partenariat.

Selon Cédric Teissier, co-fondateur et CEO de Finexkap la plateforme française leader de l’affacturage, « Les jeunes entrepreneurs arrivent en pensant faire sauter la banque. Mais c’est plutôt la banque qui risque de les faire sauter car il ne faut pas perdre de vue que les fintechs représentent pour ces dernières un laboratoire d’innovation externalisé ». Les jeunes pousses digitales reposent souvent sur un modèle économique nécessitant un volume d’opérations important pour qu’elles puissent être rentables et paient alors leur compétitivité en termes de prix par des marges faibles. D’où l’enjeu de taille, au sens littéral, pour ces nouveaux entrants qui opèrent encore en marge du secteur mais qui ne pourront atteindre une maturité qu’après avoir réussi à générer un volume de flux suffisamment important.

Enfin, cette concurrence pour les parts de marché ne se fait pas complètement au détriment des banques qui restent dans la plupart des cas le support aux opérations des fintechs et à leurs innovations. Les perturbateurs digitaux les relayent alors à des opérations en amont de la chaîne de valeur pour s’accaparer l’aval, en interface direct avec le consommateur à qui elles proposent un service plus adapté à leurs besoins et à l’environnement technologique actuel. On pourrait alors aisément concevoir que « L’évolution générale du système financier se fera main dans la main avec les banques » …

 

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avril 13, 2017 8:51
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