On parle souvent de “Paris, la nouvelle place financière”. A côté de cela, on ne peut que constater la concentration des emplois dans le secteur dans la région Ile-de-France.

Pourtant, les industries bancaires se sont construites sur un maillage territorial avec une très forte présence en régions : la Banque Populaire est par exemple constituée de 12 banques régionales, et on peut également citer le groupe Crédit Agricole composé de 39 banques régionales. D’ailleurs, le banquier n’est-il pas censé être un service de proximité ? Plus encore, les caisses régionales font désormais autant que les sièges parisiens en termes d’innovation et multiplient les initiatives en local.

Direction le Sud Est où Laurent Jouisse, Secrétaire Général de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes et Juliette Jarry, Vice-Présidente déléguée au numérique de la Région Auvergne-Rhône-Alpes nous parlent des projets qu’ils mènent.

Juliette Jarry, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle et de vos engagements à la région Auvergne Rhône-Alpes ?

@Juliette Jarry

J’ai créé et dirigé pendant 11 ans une entreprise, Adéa Présence, spécialisée dans l’accompagnement des personnes âgées, enfants et adultes handicapés. Au fil des années, la société s’est développée et a recruté plusieurs centaines de salariés.

Élue en 2015 aux élections régionales, je suis maintenant Vice-présidente déléguée aux infrastructures, à l’économie et aux usages numériques de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Ma délégation recouvre des sujets variés comme le soutien des déploiements fibre et la couverture en 4G, l’accompagnement des entreprises dans leur transformation numérique (www.ma-solution-numerique.fr), des actions en faveur de la mixité dans les métiers du secteur, les questions d’e-administration…

Un des grands projets de la Région Auvergne-Rhône-Alpes que je pilote est le Campus numérique (www.campus-region.fr).  Celui-ci a trois ambitions : répondre aux besoins de personnels formés dans le secteur numérique, accompagner et conseiller les entreprises dans leur transformation numérique et enfin répondre aux enjeux de l’industrie du futur. Inauguré sur son site temporaire de la Confluence en 2017, le Campus numérique s’installera à Charbonnières-les-Bains en 2020 et accueillera à cette date 2 000 personnes. Outre ce « navire amiral », le projet se décline sur l’ensemble du territoire grâce à la labellisation de formations « hors-les-murs » dans les différents départements de la Région.

Laurent Jouisse, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle au sein de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes ?

@Laurent Jouisse

En tant que Secrétaire Général de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes, rattaché au Président, je pilote les directions juridiques, organisation et qualité, la démarche RSE, l’animation de notre gouvernance (sociétaires et administrateurs) ainsi que la fondation d’entreprise qui porte le B612, notre incubateur-accélérateur de Fintech.

Auparavant, j’ai occupé les fonctions de directeur du marketing et de l’animation commerciale pour les clients grands comptes et institutionnels, de directeur du marché de l’économie sociale et directeur des entreprises. Avant d’entrer à la Caisse d’Epargne Rhône Alpes en 1995, j’ai travaillé chez Paribas et Barclays.

La région Auvergne Rhône-Alpes est la première région du numérique en France, derrière l’Ile-de-France. Comment accompagner les mutations de la finance – un des secteurs les plus traditionnels touché par la révolution numérique ?

@Juliette Jarry

La transformation numérique impacte tous les secteurs, c’est donc un sujet sur lequel la Région Auvergne-Rhône-Alpes a souhaité avoir un positionnement fort. Elle a notamment impulsé la création de l’école 101, petite sœur de l’école 42, afin d’aider les entreprises – dont celles de la Fintech – à trouver les développeurs dont elles ont besoin. De manière générale, la question de la formation, que ce soit pour les salariés en poste ou en initial est une question centrale pour le maintien des emplois, la reconversion ou la compétitivité des entreprises. C’est dans ce contexte que s’inscrit le Campus numérique.

Par ailleurs, des structures telles que le cluster Digital League, la BPI ou la French Tech existent pour accompagner les jeunes pousses. Des dispositifs financés par la Région comme Ambition PME – Levée de fonds permettent également d’accompagner ces Fintech à se développer. KickandBoost, qui est aujourd’hui la première solution B2B de financements de biens et de services immatériels, créée en 2017 à Lyon, en a par exemple bénéficié.

Deux autres startups de la Fintech se démarquent sur notre territoire, notamment à l’échelle internationale : Swikly, qui propose une solution numérique pour sécuriser les paiements nécessitant une caution ou un acompte, et Sogexia, service bancaire et de paiement 100% numérique, transparent et sans frais.

Dans une volonté de développer ces startups, de nombreux événements sont organisés comme le Fund day ou le salon des entrepreneurs. Plus récemment, la Fintech a été mise à l’honneur dans notre Région avec l’arrivée de la 4ème étape du Fintech tour 2018-2019 à Lyon. Cette quatrième étape se déroulait à la Tour Incity de Lyon et intéressait particulièrement les startups, PME innovantes, incubateurs, accélérateurs et chercheurs de la Fintech locale.

@Laurent Jouisse

Le secteur bancaire d’une façon générale est très fortement impacté par la transformation numérique, et les banques d’Auvergne Rhône-Alpes ne font exception à cette règle. Par ailleurs, comme vous le soulignez, notre région est la deuxième de France dans le domaine du numérique, une chance formidable pour l’ensemble des acteurs économiques ! La Halle Girard à Lyon par exemple, récemment baptisée le H7, va devenir un lieu totem de la French Tech. Plutôt que de considérer les nouveaux entrants de la finance – les Fintech et les Insurtech – comme des menaces, nous souhaitons les appréhender comme des opportunités. C’est notamment la raison pour laquelle la Caisse d’Epargne Rhône Alpes, via sa fondation d’entreprise, a créé en 2016, le B612, son propre incubateur-accélérateur de Fintech. Cette structure d’incubation des startups, véritable hub régional, a également pour vocation d’accompagner les organisations plus matures dans leur transformation numérique.

Quelle autonomie ont les caisses bancaires régionales sur le développement de structures en local comme le B612 ? 

@Laurent Jouisse

De par son statut coopératif, la Caisse d’Epargne Rhône Alpes dispose d’une forte autonomie. Nous sommes en effet une banque régionale de plein exercice, ce qui signifie que nous bénéficions d’une latitude significative pour lancer des nouveaux projets. Lorsqu’en 2016 la Caisse d’Epargne Rhône Alpes a créé son propre incubateur, c’était notamment pour se rapprocher d’un certain type d’entrepreneuriat et mieux connaître un tissu économique spécifique. Il y avait dans notre démarche une logique de veille, car les nouveaux usages et les nouvelles solutions qu’apportaient ces jeunes entreprises pouvaient être des relais de croissance potentiels pour notre banque.  Le B612 répondait également à un double objectif en interne en préparant les managers aux enjeux de la transformation digitale de l’entreprise d’une part et en accompagnant l’excubation des projets de certains salariés d’autre part.

Est-ce que le modèle du B612 a vocation à être repris par d’autres Caisse d’Epargne en région ? 

@Laurent Jouisse

Nous ne sommes plus la seule Caisse d’Epargne à disposer d’un incubateur. La Caisse d’Epargne Bretagne Pays de Loire a lancé NovaPlus en 2018 afin d’accompagner les startups innovantes. En créant le B612, notre ambition était avant tout d’accompagner des jeunes pousses de la finance, de nous inspirer de leur mode de fonctionnement pour nous transformer et de nouer avec elles différentes formes de partenariats ; tout cela dans un écosystème numérique extrêmement porteur.

Un peu plus de deux ans après son lancement, nous tirons un bilan très positif de la création de notre incubateur-accélérateur. A ce titre, nous venons d’inaugurer une nouvelle implantation du B612 à Grenoble et nous avons des projets d’ouverture en Haute-Savoie et en Suisse (Lausanne).

En ce qui concerne la duplication du modèle B612 dans d’autres régions, il ne nous appartient pas de répondre, mais si notre incubateur inspire d’autres entreprises du groupe, nous ne pourrons que nous en réjouir.

La Caisse d’Epargne Rhône Alpes a par ailleurs crée en 2015 une agence Innovation pour répondre à des problématiques plus en aval que celles des entreprises incubées, de startups présentant un potentiel de chiffre d’affaires à moyen terme supérieur à cinq millions d’euros.

En créant le B612, notre ambition était avant tout d’accompagner des jeunes pousses de la finance, de nous inspirer de leur mode de fonctionnement pour nous transformer et de nouer avec elles différentes formes de partenariats

Laurent Jouisse

Juliette Jarry, vous avez été entrepreneure, cheffe d’entreprise : quel regard posez-vous aujourd’hui sur les modèles d’accompagnement qui se structurent comme celui du B612 ?

@Juliette Jarry

Je sais en effet, pour l’avoir vécu, à quel point bénéficier d’un accompagnement bienveillant est un élément important dans la réussite d’une entreprise. La phase de création est exigeante et le sentiment de solitude est une réalité. Disposer d’un environnement de travail stimulant, de conseils, d’un réseau sont de réels atouts. Je suis donc très favorable aux modèles comme celui du B612. Au niveau de la Région, nous favorisons autant que possible les initiatives communes. Nous avons par exemple réalisé un travail avec nos partenaires (ENE, MEDEF, Digital League, CRMA, CCIR …) afin de lancer une plateforme d’accompagnement à la transformation numérique (ma-solution-numerique.fr) qui s’adressent à toutes les entreprises, qu’elles soient au stade de l’information ou à celui du passage à l’action. Cet outil est très complémentaire des accompagnements en présentiel.

Je sais en effet, pour l’avoir vécu, à quel point bénéficier d’un accompagnement bienveillant est un élément important dans la réussite d’une entreprise. La phase de création est exigeante et le sentiment de solitude est une réalité.

Juliette jarry

Les groupes comme la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes et les acteurs publics travaillent-ils ensemble pour réfléchir à comment développer des projets et des écosystèmes financiers par exemple ?

@Laurent Jouisse

La finance 4.0 fait partie d’un écosystème où la force des complémentarités entre le public et le privé est fondamentale et la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes souhaite en être un acteur important. Ainsi, nous sommes par exemple partenaire du fonds de dotation d’innovation sociale lancé par la métropole de Lyon en 2018.

Cette même année, le partenariat noué entre le B612 et Finance Innovation illustre également cette volonté de coopération entre le public et le privé. Cet engagement a notamment pour objectif de renforcer l’écosystème Fintechs en cartographiant des projets innovants dans la région. Nous souhaitons, au travers des comités labellisés Fin Tech à Lyon que nous animerons aux côtés de Finance Innovation, mieux identifier les pépites de demain, génératrices de croissance et d’emploi en Auvergne-Rhône-Alpes.

@Juliette Jarry

Le rôle des régions, et celui d’Auvergne-Rhône-Alpes en particulier, est de créer les conditions de la réussite sur son territoire. Outre ses actions structurantes en matière d’aménagement du territoire, de formation, de déploiement d’infrastructures… , la Région travaille depuis longtemps en étroite collaboration avec les banques régionales, notamment dans le cadre de co-investissement dans les fonds (FRI, ARAC III, Axéléo Capital et Incit financement, pour n’en citer que quelques-uns). Elle est par ailleurs également adhérente de Lyon Place Financière qui est une association fédérant tous les acteurs de la finance.

Cette articulation et cette complémentarité avec les acteurs privés sont des gages d’efficacité car elles permettent de mêler réflexions prospectives, questionnements stratégiques et proximité afin d’accompagner au mieux le développement des Fintech au niveau local et leur essor à l’international. Nous sommes donc très attachés à ces liens.

Juliette JARRY

Après des études de sciences politiques (dont une année Erasmus en Espagne), Juliette Jarry a créé en 2006 une entreprise spécialisée dans l’accompagnement de personnes âgées, d’enfants et adultes handicapés. Au fil des années, Adéa Présence s’est développée et a recruté plusieurs centaines de salariés.

Sollicitée en septembre 2015 par Laurent Wauquiez pour prendre la tête de la liste de la Métropole de Lyon pour les élections régionales, Juliette Jarry est aujourd’hui Vice-Présidente déléguée aux infrastructures, à l’économie et aux usages numériques de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Laurent_Jouisse

Depuis 2013, Laurent Jouisse occupe les fonctions de Secrétaire Général de la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes. Rattaché au Président, il pilote les directions juridiques, organisation et qualité, la démarche RSE, l’animation de la gouvernance de la banque (sociétaires et administrateurs) ainsi que la fondation d’entreprise, et le B612, l’incubateur-accélérateur de Fintech de la banque.

Laurent Jouisse est entré à la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes en 1995 où il a exercé différentes fonctions dans le domaine commercial, notamment en tant que directeur du marché de l’économie sociale, et directeur des entreprises.
Dans son poste précédent, il a occupé la fonction de directeur du marketing et de l’animation commerciale pour l’ensemble des clients grands comptes et institutionnels.

Laurent Jouisse a débuté sa carrière en 1990 chez Paribas, puis en 1992 et pendant 3 ans chez Barclays.

Agé de 53 ans, il est titulaire d’une maîtrise de sciences économiques et de gestion, et du certificat d’administrateur de sociétés IFA/Sciences Po Paris.

Les institutions du Fonds Monétaire Internationale et de la Banque Mondiale, vieilles de 74 ans, ont choisi de se pencher sur les conséquences des progrès toujours plus rapides des technologies sur l’écosystème économique et financier.

Originellement, le FMI a été créé pour assurer la stabilité du dit « système monétaire international » et gérer les crises financières et monétaires. En parallèle, la Banque Mondiale a pour objectif d’accorder des prêts pour les projets d’investissements des pays en développement.

Ensemble, ils se consacrent aujourd’hui aux menaces potentielles que peuvent poser la présence d’acteurs Fintech pour anticiper d’éventuels dysfonctionnements, avec le Programme Fintech de Bali.

Le Programme Fintech de Bali, de quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un schéma directeur du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Il présente 12 propositions pour accompagner les 189 pays membres dans leurs discussions de politique intérieure au sujet des avantages et risques inhérents aux Fintech.

Christine Lagarde, Présidente du FMI et Jim Yong Kim, Président de la Banque Mondiale, l’ont présenté le 11 octobre 2018 à l’occasion des Assemblées annuelles à Bali.

Quelles sont les recommandations du programme du FMI et de la Banque Mondiale ?

Le Programme Fintech de Bali propose 12 éléments de politique pour aiguiller les discussions des pays membres. Parmi leurs recommandations, on retient ces grandes lignes :

  • Favoriser les services Fintech dans les pays à faibles revenus pour améliorer l’inclusion financière et les transferts transfrontaliers
  • Assurer une concurrence équitable pour permettre une adoption à grande échelle des services Fintech
  • Anticiper un cadre réglementaire pour l’arrivée de nouveaux acteurs, produits ou activités Fintech qui risqueraient de perturber le système global
  • Créer des règles juridiques claires dans chaque pays sur des sujets essentiels comme les contrats, la propriété des données, l’insolvabilité, le règlement des différends ou les paiements
  • Mettre les innovations Fintech au service des Banques Centrales, dont le rôle se redéfinit (les Banques Centrales pourraient par exemple émettre des monnaies virtuelles).

Globalement, l’objectif est de rendre le système financier plus résistant aux transformations technologiques et de le préparer pour les évolutions à venir.

Vous pouvez retrouver la liste complète des éléments proposés par le Programme Fintech de Bali.

La présentation du programme "The Bali Fintech Agenda" a eu lieu lors de l'assemblée annuelle le 11 octobre 2011 en présence de Christine Lagarde et de Jim Yong Kim. (Crédits :

Les risques majeurs liés aux Fintech pour le paysage économique et financier internationale

Chaque pays, plus ou moins avancé sur les questions financières et technologiques, adapte sa politique intérieure pour encadrer les nouvelles activités de la finance et éviter des frictions  liées à l’arrivée des Fintech. Le Programme Fintech de Bali relève notamment des risques relatifs à :

  • la protection des consommateurs et investisseurs
  • la précision et la cohérence des textes réglementaires et juridiques
  • l’arbitrage réglementaire
  • la mise en place de filets de sécurité plus adaptés
  • l’intégrité financière
Bali Fintech Agenda - FMI et Banque Mondiale

De la nécessité d’un cadre international

Les systèmes de régulation nationaux et les différences de traitement pour les Fintech selon les pays n’ont pas forcément favorisé la mise en place d’un cadre réglementaire international.

Paradoxe ! Car la finance n’a jamais été aussi globale : les échanges financiers sont transfrontaliers et se font en direct ; la coopération est internationale avec des échanges de bonnes pratiques entre institutions ; des organismes s’entourent de structures de régulation pour mettre en place des bac à sable à l’international (c’est le cas de la Financial Conduct Authority avec le Global Financial Innovation Network)…

Avec le Programme Fintech de Bali, le FMI et la Banque Mondiale tentent de créer un environnement propice pour réduire les conflits d’arbitrage réglementaire et le risque d’incohérences entre les applications nationales des lois et règlements.

Découvrez notre article sur le FMI, prêt à adopter les nouvelles technologies (novembre 2017)

Le crowdfunding, vous connaissez. Nous y avons même consacré un article, avec une sélection des plus grandes plateformes de financement participatif.

Mais connaissez-vous l’histoire du crowdfunding et les grandes dates qui ont marqué l’histoire ? Retour dans le temps, aux origines des nouvelles méthodes de financement.

1885

Le 16 mars 1885, le journaliste Joseph Pulitzer écrit un article dans le New York World pour faire financer lu solde nécessaire à l’achèvement de la statue de la Liberté. Le journal réussira à récolter 100 000 dollars en cinq mois.

 

Le financement de la statue de la Liberté par les foules : un article paraît dans le journal New York World pour vendre des miniatures de la statue servant à financer celle que s'apprête à accueillir New York
Le financement de la statue de la Liberté par les foules : un article paraît dans le journal New York World pour vendre des miniatures de la statue servant à financer celle que s'apprête à accueillir New York.

1983

La statue de la Liberté a été un des premiers monuments à être financé par des dons de particuliers, notamment lors d’opérations de rénovation. En 1983, une opération promotionnelle d’American Express a permis de récolter 1,7 million de dollars (chaque achat fait avec une carte American Express déclenchait un don d’un centime de l’entreprise).

2003

A peine quelques mois après son lancement, l’entreprise d’encyclopédie en ligne Wikipédia choisit de se faire financer par des dons libres de contributeurs. Depuis elle maintient ce système de financement. En 2014, la fondation Wikipedia avait récolté 47 millions d’euros dans le monde.

2006

C’est dans son édition de juin 2006 que le magazine Wired invente le terme de crowdsourcing, qui donnera lieu au crowdfunding.

Wired crowdsourcing
L'édition de juin 2006 du magazine américain Wired qui consacre un dossier sur le Crowdsourcing (titre en haut de couverture), faisant apparaître pour la première fois le terme.

2008 

En 2008, Barack Obama utilise la collecte de fonds pour financer une partie de sa campagne présidentielle. Deux mois avant son élection, en septembre 2008, il récolte 150 millions de dollars de 632 000 nouveaux donateurs. Au total, il aura réuni 605 millions de dollars.

2010

Lancement des sites de financement collaboratif français KissKissBankBank  (mars 2010) et Ulule (septembre 2010), sur le modèle de la plateforme américaine Kickstarter (avril 2009). Aujourd’hui, KissKissBankBank compte 1,5 million d’inscrits et Ulule plus de 2 millions.

Les bureaux de KissKissBankBank à Paris
Les bureaux de KissKissBankBank à Paris

2012

C’est au printemps 2012 que le président américain Barack Obama signe la Loi JOBS (Jumpstart Our Business Startups) et qu’il présente le projet de loi sur le financement participatif qui encadre le secteur. L’objectif est d’aider les petites et moyennes entreprises à se faire financer en allégeant la réglementation.

Le président Barack Obama signe Jumpstart our Business Startups en 2012 à la Maison Blanche
Le président Barack Obama signe Jumpstart our Business Startups en 2012 à la Maison Blanche (AP Photo/Carolyn Kaster)

2012

Suite à un manifeste et une pétition en faveur du financement participatif lors d’un événement au printemps 2012, l’association Financement Participatif France voit le jour en août. Parmi ses missions : plaidoyer, déontologie et pédagogie.

2014

Le 30 mai 2014, une ordonnance a été promulguée en France pour encadrer le financement participatif. Elle crée deux nouveaux statuts : celui de conseiller en investissements participatifs (CIP) et celui d’intermédiaire en financement participatif. De nouvelles règles de fonctionnement visant à protéger les consommateurs sont définies.

2017

Les résultats du financement participatif de 2017 montrent l’ampleur du phénomène :  une augmentation de 59% des volumes collectés par les acteurs de la finance alternative (tout d’abord pour les fonds de prêt en ligne dédiés aux entreprises avec une hausse de 150%, puis pour les cagnottes (+55%). Source : Financement Participatif France.

La fin d’année est là, il est temps de faire un bilan des grands événements de 2018. !

Qu’est-ce qui a marqué le secteur de la finance et des technologies ? Quelles ont été les grandes annonces et les acteurs qui se sont démarqués ?

[Cet article est non exhaustif et ne reflète pas l’ensemble des actualités de l’année 2018 !]

🎉Lancements

Février : Le projet Niort Tech a vu le jour et lancé un accélérateur dédié aux Assurtech françaises.

L’initiative a été créée par la MAIF, MACIF, MAAF, IMA, Groupama Centre Atlantique, ainsi que le Medef des Deux-Sèvres et la Communauté d’agglomération du Niortais, la Mutuelle de Poitiers sur le territoire de l’assurance française à Niort. Cette année, l’accélérateur a accueilli cinq premières Assurtech : Testamento, Lucine, Insituo, Coorganiz et Fotonower.

La conversation croisée avec Bruno Lacoste, Président de Niort Tech

Mai : Ouverture de La Place, lieu de rencontre de la Fintech, situé en plein coeur du Palais de la Bourse.

150 événements y sont organisés par an. L’adhésion est gratuite la première année pour les entrepreneurs et startups de la Fintech.  Après des travaux de réaménagements, La Place a été inaugurée à l’automne.

L’interview de Maëlla Sourivong, manager de La Place

Septembre : Coinhouse en partenariat avec HEC et Polytechnique lancent un programme théorique et pratique de 50 heures intitulé « Blockchain and cryptoassets ».

L’objectif est de former aux nouveaux métiers comme ICO analyst, ingénieur blockchain, ou intégrateur altcoin. La formation est réservée aux étudiants de HEC Paris  (MS Entrepreneurs) et de Polytechnique (MSc Deep Tech).

La conversation croisée avec Nicolas Louvet, CEO de Coinhouse

Octobre : La Regtech à succès Fortia a décidé d’ouvrir son propre accélérateur dédiée aux Regtech dans ses locaux parisiens.

L’accompagnement dure 6 mois et se fait aux côtés d’une quinzaine de data-scientist internes à Fortia. Elle-même accompagné par l’accélérateur de L’Atelier BNP Paribas, Fortia veut renvoyer l’appareil pour une petite dizaine d’entrepreneurs par an.

L’interview de Reda Bouakel, fondateur et CEO de Fortia

Novembre : AngelSquare crée une structure d’investissement en early stage dédiée aux start-up de la banque et l’assurance.

Constitué d’un board d’investisseurs du secteur, la structure investira en Seed et Séries A dans les startups identifiées, avec un objectif de 6 deals par an, avec des tickets compris entre 100 00 et 500 000 euros.

L’interview de Charles Degand, fondateur et CEO d’AngelSquare

Novembre : La Poste retarde le lancement de Ma French Bank d’ici l’été 2019.

Initialement prévu pour 2017, puis 2018, le chantier démarré en 2015 ne cesse d’être repoussé. Les mauvais présages sont alimentés par les difficultés des services des concurrents comme Orange Bank qui a déjà essuyé 94 millions d’euros de perte en 2017 et 68 millions au 1er semestre 2018 ou encore le groupe BPCE qui a annoncé ne pas lancer sa néobanque Fidor annoncé deux ans auparavant.

💸 Chiffres et financements

Janvier : Ledger lève 75 millions de dollars en série B, auprès de auprès de Draper Esprit, Draper Venture Network, Korelya Capital, FirstMark Capital et Cathay Innovation. Il s’agit de l’un des plus gros investissements réalisés en série B dans le secteur de la blockchain et des cryptomonnaies.

Avril : L’Assurtech Alan lève lors de sa série A 23 millions d’euros.

Une levée de fonds record très médiatisée, réalisée auprès d’Index Ventures et Xavier Niel.

La conversation croisée avec Jean-Charles Samuelian, le fondateur et CEO d’Alan

Octobre : Avec 12 millions d’utilisateurs annuels, Leetchi est en forte croissance.

« En 2018, on fera plus de 2,2 milliards d’euros de volumes d’affaires.« , a annoncé Céline Lazorthes dans l’émission du Club Fintech du JDN.

La conversation croisée avec Céline Lazorthes

Octobre : La Fédération Bancaire Française révèle que les banques contribuent à 2,1% de la valeur ajoutée en France.

Les banques font partie des premiers employeurs du pays avec 1,9% de l’emploi privé, soit plus de 350 000 emplois en 2017 (avec plus de 40 000 recrutements la même année).

Novembre : Malgré les 200 millions d’euros levées par les Fintech françaises au premier semestre 2018, l’étude d’Exton Consulting et de Finance Innovation sur les startups de la finance révèle un chiffre d’affaire moyen plus bas que ce que l’on pourrait attendre.

77% ont un chiffre d’affaire annuel inférieur à 1 million et 54% de moins de 300 000 euros par an.

Notre chronique sur le chiffre d’affaire des Fintech françaises en 2018

Décembre52% des Fintech françaises développent des activités à l’étranger et 70% des membres France Fintech visent une implantation étrangère à horizon 2019.

👩‍⚖️ Législation

Janvier : La 2ème version de la Directive Européenne sur les Services de Paiement est entrée en vigueur en début d’année 2018.

Deux de ses mesures phares sont l’authentification forte pour les paiements de plus de 30 euros et l’obligation des banques à donner l’accès des données de leurs clients à des acteurs tiers – initiateurs de services de paiement ou prestataires de services, dont beaucoup de Fintech.

L’interview d’Andréa Toucinho sur les nouveaux services de paiement

Juillet : Un rapport a été remis à Bruno par Jean-Pierre Landau, afin de réfléchir et proposer des pistes d’actions sur l’encadrement des cryptomonnaies.

Le rapport est explicite : « Malgré les interrogations qu’elles suscitent, il n’est pas proposé de réguler directement les crypto-monnaies. Ce n’est aujourd’hui ni souhaitable, ni nécessaire ». Il propose toutefois de réglementer les plateformes d’échanges entre les acteurs des crypto-actifs et le système monétaire financier.

La conversation croisée entre Hubert de Vauplane et William O’Rorke

Septembre : La Commission Spéciale de l’Assemblée Nationale, en charge du projet de loi Pacte a adopté l’article 26 qui demande l’encadrement juridique des émissions de jetons numériques (ICO).

Ce texte définit précisément le terme “jeton” (“token”) et demande à l’AMF de réfléchir à un visa optionnel destinés aux porteurs de projets.

Novembre : Les perspectives économiques du Brexit et de son impact sur les Fintech ont fait parti des grands sujets de l’année.

Comme le précise Olivier Fliche, membre de l’ACPR : « Les grandes entreprises sont prêtes et ont les autorisations nécessaires [pour continuer à travailler en Europe], mais la question concerne les petits acteurs ». Notamment sur le sujet de la fin du passeport européens pour les Fintech britanniques qui doivent demander un agrément spécial pour pouvoir être présent dans les autres pays de l’EU.

La conversation croisée entre Philippe Gelis et Marie Garnier

🏦 Du côté des banques

Juin : Le groupe Société Général a annoncé l’acquisition de Lumo, la Fintech d’épargne participative dédiée aux énergies renouvelables, créée en 2012.

L’opération stratégique s’inscrit dans leur objectif de 100 milliards d’euros de financement à destination de la transition énergétique sur 2016-2020, avec une part de 15 milliards destinée aux énergies renouvelables.

Septembre : La Société Générale achète la Fintech Treezor, une plateforme de services bancaires en marque blanche, via des API.

Novembre : Et pourtant ! Deux études révèlent que les banques favorisent encore le financement des énergies fossiles au détriment des énergies renouvelables.

Les ONG Oxfam et Les Amis de la Terre alertent sur le fait qu’en 2016 et 2017, quatre des plus grands groupes bancaires français ont accordé 70% de leurs financements aux énergies fossiles.

Décembre : Les banques françaises s’engagent à ne pas augmenter les tarifs bancaires des particuliers en 2019 et à plafonner les frais d’incidents bancaires pour les publics les plus fragilisés.

Cette annonce fait suite à une réunion avec le Président de la République qui a réunit les groupes bancaires pour trouver des solutions face à la crise sociale et économique du pays.

Vous pouvez retrouver ici l’interview d’Alain Clot, Président de France Fintech, sur les tendances de la Fintech 2019.

Le prélèvement à la source : qu’il provoque inquiétude, questionnement ou indifférence, il va très bientôt faire partie de notre quotidien à tous. Sur nos fiches de paie, dans notre déclaration d’impôts et même dans nos choix d’épargne, il ne passe pas inaperçu. Certains effets n’ont pas attendu la mise en application du 1er janvier 2019…

Et fin d’année rime avec défiscalisation : le prélèvement à la source a t il déjà un impact sur les dispositifs de défiscalisation des particuliers et des entreprises ? Eléments de réponses avec deux professionnels du sujet : Franck Ladrière, expert en défiscalisation et gestion de patrimoine (Girardin Expertise) et Laurent Benoudiz, Président de l’Ordre des experts comptables Paris Ile-de-France et fondateur de Bewiz.

Franck Ladrière, pouvez-vous vous présenter ?

@Franck Ladrière

Je suis conseiller en gestion de patrimoine de formation, diplômé de Clermont-Ferrand. Je me suis spécialisé dans la défiscalisation. Mon domaine de prédilection est l’investissement productif Outre-Mer, que l’on appelle plus communément la loi Girardin. Pendant des années, je suis intervenu sur d’autres dispositifs fiscaux et aujourd’hui le dispositif Girardin anime 100% de mon temps. Il y a beaucoup à faire dans ce domaine. Les prestations que je fournis sont quasi exclusivement à destination des professionnels, notamment des professionnels du conseil. J’interviens également auprès d’opérateurs en avantages fiscaux que je conseille dans l’encadrement juridique et financier des risques de leurs opérations, d’analyses de projets, avant qu’ils ne les proposent à des contribuables.

Laurent Benoudiz, pouvez-vous vous présenter ?

@Laurent Benoudiz

J’ai un point commun avec Franck, car je suis moi aussi diplômé de Clermont-Ferrand ! J’ai une activité traditionnelle d’expertise-comptable, et j’ai un cabinet d’une trentaine de personnes, où nous accompagnons des clients notamment en matière d’immobilier d’entreprises. Je suis également le Président de l’Ordre des Experts-Comptables de la région Paris Ile-de-France depuis fin 2016, je représente donc l’ensemble des professionnels franciliens.

Les effets du prélèvement à la source sont-ils déjà visibles sur la défiscalisation des français ? Quels peuvent être les effets à venir ?

@Franck Ladrière

Tout d’abord, nous avons eu énormément de questions de la part des contribuables, qui se sont retrouvés un peu perdus vis-à-vis de cette réforme. Cela peut se comprendre car l’approche de l’impôt est fondamentalement différente. Même si son montant dans l’absolu reste le même, son mode de prélèvement implique chez les contribuables un changement de comportement et plus d’anticipation.

Cela a créé chez les contribuables une position d’attente. Nous avons commencé à avoir plus de clarifications l’été dernier. Depuis septembre 2018, nous retrouvons la mise en place de stratégies de défiscalisation. Il n’y a pas eu d’impacts significatifs en termes de volume de collecte, notamment dans le secteur que je connais (Girardin). Pour mes collègues qui pratiquent d’autres dispositifs (souscriptions des prêts de PME, investissement locatif ou d’autres dispositifs purement patrimoniaux), il y a pu avoir un impact. Je pense notamment à la souscription au capital des PME avec le taux de déduction qui est de 18%, qui doit être amené à 25%. Nous sommes toujours en attente du décret ! Cette incertitude a pu faire que certains contribuables ont préféré s’abstenir.

L’administration fiscale nous a parlé d’une année blanche : selon moi, c’est tout sauf une année blanche. Même si en théorie nous sommes censés ne pas payer d’impôts sur nos revenus de 2018, en pratique, les réductions d’impôt seront remboursées l’année prochaine, si tenté que l’on ait bien fait le plein d’avantages fiscaux. Une fois que ces éléments ont été compris, il y a eu une vraie volonté de profiter de cette année de transition : parce qu’en 2018, ce sera peut-être la seule fois dans notre vie de contribuable que nos revenus (je ne parle que de nos revenus ordinaires) ne seront pas imposés mais que pourtant nos avantages fiscaux seront bien remboursés par le Trésor Public.

Quelque part, les professionnels étaient déjà habitués à mettre en place des stratégies, cela n’a donc pas eu trop d’impacts. Malgré tout, la collecte était un peu plus importante cette année par rapport à 2017. Faut-il encore accéder à des solutions pertinentes et être conseillé ! Je rebondis volontairement sur la communication en cours des experts-comptables : aujourd’hui plus que jamais le conseil a son importance. Les contribuables – et pas que les plus modestes, mais également les professions intellectuelles et à haut revenu – sont complètement perdues. In fine pour les gens conseillés en 2018, tout va bien. Pour ceux qui ne le sont pas, ils sont peut-être passé à côté d’opportunités de bénéficier du remboursement de leurs réductions d’impôts 2018 l’année prochaine.

Pour l’année à venir, le vrai enjeu est le changement de mécanique. A partir de janvier, c’est le montant de l’impôt brut 2019 qui va être prélevé chez les contribuables. De ce fait, pour financer les réductions d’impôts 2019, il va falloir changer ses habitudes, faire des efforts et des avances de trésorerie. Avec l’ambiance sociale que nous avons actuellement [Ndlr : le mouvement des gilets jaunes, démarré en novembre 2018] je suis persuadé qu’il y aura des bugs au moment des prélèvements à la source et qu’il faudra être attentif. Cela risque d’avoir un impact psychologique relativement important.

Je pense à toutes les professions autres : les professions libérales, les commerçants, ou encore les commerciaux. Ils connaissent des fluctuations importantes de leurs revenus, donc il peut y avoir des vrais soucis de trésorerie. C’est cela que je retiens pour l’année prochaine. Il faudra accompagner nos clients pour franchir le cap et ne pas passer à côté de stratégies pour réduire l’impact financier de leurs impôts.

@Laurent Benoudiz

Je rejoins Franck sur ce qu’il expliquait. Ce qui a changé, c’est le mode de recouvrement de l’impôt ; l’impôt lui n’est en aucun cas modifié. Par ailleurs, tout ce qui était déductible reste déductible.

Il peut y avoir des impacts sur le montant des prélèvements, notamment pour des clients qui sont très consommateurs de réductions d’impôts, puisqu’avant on payait un acompte sur le base d’un montant net après déduction des réductions d’impôts. Cela peut jouer sur la trésorerie. Cependant, du fait du dispositif spécial qui permet de toucher dès le mois de janvier 60% des déductions d’impôts qui ont un caractère récurrent (dons aux associations, ou embauche de personnels à domicile par exemple), nous allons être sur un système plus favorable.

L’impôt sur le revenu est un sujet assez anxiogène pour le contribuable, donc il a fallu expliquer tout cela, accompagner les chefs d’entreprise à la mise en place du prélèvement à la source sur les plus gros salaires.  Il a fallu mettre à jour les logiciels qui doivent intégrer automatiquement les taux personnalisés, qui sont déjà indiqué sur les bulletins de paie mais qui ne donneront lieu à prélèvement effectif qu’à compter de janvier 2019.

Comment les professionnels de la comptabilité  s’organisent pour répondre aux besoins d’information et de réassurance des français ? Est-ce que cela a demandé de grosses dépenses supplémentaires aux experts-comptables ?

@Laurent Benoudiz

L’effort principal fait par les experts-comptables est un effort de formation.  De manière globale, les experts-comptables sont très gros consommateurs de formations. Nous sommes habitués par tous ces changements de législation. Dans le cas du prélèvement à la source, il y a eu évidemment un effort supplémentaire à faire.

Nos clients sont demandeurs pour leur fiscalité personnelle mais également pour la fiscalité de leur entreprise. A côté de cela, il a fallu former toutes les équipes en charge du social, pour les bulletins de paie : savoir comment calculer l’impôt, comment le retenir, comment récupérer le taux, etc. Donc, un grand nombre de formations ont dû être suivies pour les experts-comptables mais aussi leurs collaborateurs. Et nous passons beaucoup de temps – pas toujours facturable – à répondre aux questions de nos clients, parfois compliquées ou provenant de fake news. Cela demande beaucoup de temps, et le temps c’est ce que nous vendons, donc c’est un vrai effort financier !

Je serais plus réservé par rapport à ce qu’a dit Franck sur les possibles effets en 2019. Compte tenu de la qualité de travail de l’administration fiscale, mon sentiment est que ça devrait très bien se passer. Nous sommes les champions du monde en taux de prélèvement. Nous avons une administration fiscale d’une très grande efficacité, aussi bien dans la collecte de l’impôt que dans la gestion des comptes des contribuables, avec l’accès en ligne à tous nos documents et justificatifs (sur impots.gouv.fr). Bien sûr, il n’est pas exclu qu’ici ou là, il y ait quelques bugs.

Le prélèvement à la source est davantage une mise à niveau avec les autres pays de l’OCDE : les seuls trois pays qui ne pratiquent pas encore le prélèvement à la source sont Singapour, la Suisse et la France. Le 1er janvier 2019, la France rentre dans le rang. C’est aussi une plus grande souplesse pour les personnes qui ont une plus grande mobilité internationale : jusqu’ici lorsque vous partiez à l’étranger, vous vous retrouviez à payer à la fois les impôts que vous deviez en France pour l’année précédente et les impôts sur les revenus que vous touchez à l’étranger. Donc au final une année avec une double fiscalité. Au contraire, lorsque vous reveniez en France, vous aviez une année sans impôt. C’était compliqué pour toutes ces personnes qui se déplacent à l’international, et il y en a de plus en plus aujourd’hui.

En parallèle, il faut savoir qu’il y a à peu près 7 millions de contribuables qui voient leurs revenus varier de plus ou moins 30%. Le fait d’avoir désormais un impôt directement prélevé sur le revenu va permettre plus de souplesse. Cette année blanche représente 75 milliards d’euros qui ne seront pas prélevés auprès des contribuables français. Si votre revenu reste constant, vous ne sentirez pas l’effet du changement de mode de recouvrement. Par contre, dès que nous allons partir à la retraite, nous allons en ressentir les effets bénéfiques.

@Franck Ladrière

Lorsque je parlais de bugs, je pensais surtout à une attention particulière aux profils qui ont justement des fluctuations importantes de revenus. L’objectif est d’ajuster ses impôts au plus près de ses revenus effectifs. Mais quelque part, nous avons perdu le contrôle de cet impôt parce qu’à chaque fois, il va falloir faire la demande pour ajuster en fonction de l’évolution de sa situation en terme de revenus, sans pouvoir intégrer ses réductions fiscales de l’année. A ce jour, le service en ligne n’est pas disponible pour le faire.

Avant, nous avions une réduction d’impôt que nous pouvions intégrer dans le solde de l’impôt à payer. Finalement, lorsque nous faisions notre déclaration de revenus, le calcul de l’impôt effectivement dû intégrait nos réductions d’impôts et le contribuable pouvait demander à l’administration d’arrêter le prélèvement mensuel de son impôt ou de ne pas payer ses acomptes provisionnels et donc ne pas faire d’avance de trésorerie inutile.

Maintenant, les choses ont changé : nous allons devoir faire une demande à l’administration pour qu’elle recalcule un taux. Il y a peu de temps, j’ai eu le cas d’un client, commercial dans l’immobilier. Il me disait qu’en ce moment l’immobilier a un grand succès et qu’ils gagnent beaucoup d’argent depuis 2 ou 3 ans. Ils ne savent pas si l’année prochaine, leurs commissions seront au même niveau ! Et il suffit que ces profils ne fassent pas attention car ils ont peu de temps à accorder au sujet, pour qu’ils se retrouvent dans des situations difficiles. D’où le besoin d’accompagnement et de conseils. C’est surtout le travail des experts-comptables qui a été impacté par cette réforme car sur mon métier de défiscalisation, c’est assez simple, notre mission étant limitée à la mise en oeuvre des stratégies.

Quels sont les dispositifs du prélèvement à la source que vous auriez souhaité différents ?

@Franck Ladrière

J’aurais aimé pouvoir garder le contrôle sur ce calcul du taux. Aujourd’hui, on nous impose un taux brut, qui n’inclut pas les dispositifs d’avantages fiscaux dont bénéficient beaucoup de français – de mémoire, 6 millions de français bénéficient de la réduction d’impôt pour emploi de personnes à domicile. Derrière, j’estime que cela représente une forme d’injustice fiscale entre celui qui bénéficie d’avantages fiscaux et celui qui n’en bénéficie pas.

S’il y avait quelque chose à modifier et je pense que l’on y arrivera (pas dans le projet de Loi Finance 2019, peut-être dans celui de 2020), ça serait de permettre au contribuable d’ajuster ce taux de prélèvement sous sa seule responsabilité. Aujourd’hui, nous allons confier ce calcul de taux à l’administration qui se base uniquement sur des revenus prévisionnels . Et c’est bien là qu’il y a un risque d’erreur ou d’appréciation.

J’ai quelques exemples de certains de nos clients qui ont eu de vrais changements dans leurs situations (des divorces, des pertes d’emplois ou des changements d’emplois) qui ont écrit en septembre 2018 à l’administration fiscale pour demander la prise en compte de leur changement de situation : à ce jour, ils n’ont toujours pas eu de réponse. Et c’est ce qui crée en partie cette anxiété.

@Laurent Benoudiz

La principale difficulté est en effet liée à l’ouverture du service qui permettra de moduler les acomptes ou les taux, seulement à partir du 2 janvier 2019. Il peut y avoir un souci pour les contribuables qui sont mensualisés et qui vont devoir payer un acompte dès le 1er janvier.

J’imagine qu’il faut attendre la mise en place du système et qu’à partir de l’année prochaine, nous pourrons moduler notre taux à tout moment (et ne pas attendre le 2 janvier de chaque année).

Il y a une astuce que m’a donné l’administration fiscale : opter pour un paiement trimestriel et non pas mensuel. Je pense à ces chefs d’entreprises ou gérants qui perçoivent des revenus de manière indépendante, ils paient des acomptes mensuels prélevés du compte en banque. En passant à un paiement trimestriel, le premier prélèvement se fera le 15 février.

L’administration fiscale m’a également confirmé que l’essentiel de l’effet sur l’impôt, c’est l’assiette, et non pas le taux. Par exemple, pour un employé à un taux de 25% : en appliquant le taux de 25% sur des revenus plus faibles, il aura forcément un impôt plus faible. Maisi ces revenus sont plus bas, peut-être que son taux deviendra un taux de 10 ou de 5%. Cet effet-là, nous ne pouvons pas le mesurer maintenant. C’est donc un point d’amélioration.

Au-delà, force est de constater que l’administration fiscale a fait beaucoup d’avancées via des mesures de simplification. Pour un chef d’entreprise, un revenu normal (donc non imposable en 2018), c’est un revenu qui ne dépasse pas la plus haute rémunération perçue de l’année 2015, 2016, 2017 ou 2019. La première version du texte faite par Christian Eckert, prévoyait une moyenne de rémunération avec un système complexe pour 2019, où il aurait fallu calculer le revenu moyen sur les 3 dernières années pour déterminer le revenu ordinaire. Dans le processus finalement choisi, le système est plutôt favorable aux contribuables : si vous avez eu une super année en 2015 mais des années moins bonnes en 2016 et 2017, vous pouvez pour 2018 reprendre la même rémunération qu’en 2015 sans payer d’impôt.

Pour les prélèvements à la source sur les bulletins de salaire – ce qui représente 90% des contribuables, l’administration a accepté de faire un effort de mise en place. Par exemple, lorsque je vais faire les bulletins de salaire de mes collaborateurs au mois de janvier, je ne vais reverser le prélèvement à la source que le 5 février. Ce décalage d’un mois, nous le retrouverons tout au long de l’année : cela veut dire que les impôts de décembre 2019 ne seront encaissés qu’en janvier 2020. Ainsi, la première année de la mise en place, l’administration ne va encaisser que 11/12 de l’impôt, ce qui représente une perte de 8% des recettes fiscales en 2019. Dans la première version du texte, l’administration proposait que les entreprises reversent aux alentours du 25 décembre de chaque année un acompte qui sera égale au montant prélevé le mois d’avant, de manière à encaisser 12/12 sur l’année totale. Il leur a été répondu qu’on n’allait pas pouvoir pérenniser ce système alors que le problème ne concernait que la première année. Nous leur avons donc demandé de faire un effort, ce qu’ils ont accepté malgré l’impact sur le budget 2019.

Le dernier aménagement auquel je pense concerne les gérants majoritaires de SARL, qui sont normalement imposables dans la catégorie des traitements et salaires et qui devraient donc fonctionner selon le système de prélèvement à la source.  Il aurait fallu tous les mois déterminer la rémunération de ces gérants majoritaires alors qu’en vérité, nous ne sommes pas capables de le faire au fil de l’eau car cela revenait à faire la comptabilité du gérant majoritaire chaque mois. Nous avons convaincu l’administration fiscale qu’il fallait les gérer comme des travailleurs indépendants, et non pas comme des salariés.

Comme l’évoquait Franck, nous avons demandé à pouvoir bénéficier plus tôt de remboursement de crédit d’impôt, en s’appuyant sur l’expertise des experts-comptables. Nous sommes des tiers de confiance : si un client fait une opération de défiscalisation, nous pouvons nous assurer qu’elle a été faite dans les règles, la valider, et lui permettre de ne pas attendre un an avant de recevoir le versement de son crédit d’impôt. Comme l’objectif était d’avoir une meilleure temporalité de l’impôt (payer son impôt au moment où l’on perçoit son revenu), la logique voudrait que l’on fasse pareil sur les dépenses. C’est-à-dire que lorsqu’on réalise une dépense ouvrant droit à réduction ou crédit d’impôt, on récupère immédiatement le remboursement fiscal. Cela n’a pas été accepté, donc pour le moment, nous avons ce décalage d’un an sur le remboursement des crédits d’impôts.

@Franck Ladrière

Je valide tout à fait ce que dit Laurent sur la position des experts-comptables comme des tiers de confiance qui pourraient valider les réductions d’impôts.

Nous travaillons beaucoup en début d’année sur nos réductions d’impôt : celui qui va sortir son argent en janvier 2019 ne bénéficiera de sa réduction d’impôt 2019 qu’en septembre 2020. On parle de 20 mois de décalage et dans le même temps d’un impôt contemporain ! Ce serait pour moi un point d’amélioration qui permettrait d’avoir une réforme parfaitement aboutie.

Au final, le prélèvement à la source nous simplifie beaucoup la vie à nous les professionnels, et nous évite une tonne de paperasses pour chaque déclaration. L’outil informatique mis à notre disposition est de très bonne qualité. Cela va dans le bon sens mais le français aime se plaindre ! Nous devenons des confidents, enfin c’est surtout le cas pour les experts comptables qui ont un rôle pédagogique essentiel avant que nous apportions notre savoir-faire avec des stratégies fiscales adaptées!

Quel est le cliché sur les changements à venir contre lequel vous vous positionnez ?

@Laurent Benoudiz

Je fais faire un pari ! On lit souvent qu’un des effets du prélèvement à la source peut être la baisse de la consommation des français. Mon constat est que la plupart des salariés sont mensualisés et donc paient leurs impôts tous les 15 du mois, via un prélèvement sur leur compte bancaire. Dans le système mensualisé actuel, vous payez les impôts de janvier avec le salaire du mois de décembre. Là, vous payerez l’impôt de janvier en même temps que votre paie de janvier.

Ainsi, il devrait plutôt y avoir un bon coup de boost. Sans compter que nous allons avoir une mensualité plus faible et qui sera prélevé 15 jours plus tard. Il ne devrait donc  pas y avoir d’effet pervers sur le pouvoir d’achat ou sur la consommation. Mais nous le saurons vraiment qu’au mois de mars ou avril 2019 !

@Franck Ladrière

Je partage le même avis ! Il n’y a pas d’impact à prévoir sur le pouvoir d’achat : après tout, les revenus resteront les mêmes.

Nous parlions de toute la pédagogie nécessaire, mais une fois la démarche effective, il faudra continuer à expliquer, à accompagner. On peut s’attendre à des fake news via les réseaux sociaux, et notamment au sujet de la consommation des français. Généralement, ceux qui veulent que l’impôt augmente ou que l’impôt baisse sont souvent des personnes qui ne payent pas d’impôt. Ceux qui payent des impôts sont habitués à être prélevés mensuellement ou trimestriellement, ils ne veulent surtout pas perdre le contrôle et être assurés de payer une juste contribution.

J’ai surtout envie de dire que cela ne va pas changer grand-chose, finalement. Sauf que cela est une façon différente d’aborder cet impôt, avec une volonté louable de simplifier le système mais il reste encore des ajustements pour que cette réforme soit acceptée par tous.

Franck Ladrière - défiscalisation

Expert du dispositif Outre-mer, Franck LADRIERE réalise sous l’enseigne GIRARDIN EXPERTISE des prestations d’assistance, d’audit et la due diligence préalable à la sélection d’opérateurs en avantages fiscaux pour les professionnels du conseil dans le respect d’un cahier des charges strict privilégiant la solidarité avec les exploitants ultramarins et l’utilité des investissements aidés dans un environnement juridico-économique maîtrisé.

Laurent Bendoudiz - prélèvement à la source

Laurent Benoudiz est expert-comptable, commissaire aux compte. Diplômé en Gestion de Patrimoine de l’université d’Auvergne (Aurep), il est aujourd’hui Président de l’Ordre des Experts-comptables de Paris Ile-de-France.

A force de parler des nouveaux services et produits Fintech, on en viendrait presque à oublier que la seule ouverture d’un compte ou d’une assurance n’est pas donnée à tout le monde. L’accès aux services financiers n’est plus tellement un sujet en France, car nous sommes l’un des pays les plus bancarisés sur le continent européen. 99% des français ont un compte auprès d’une banque, et certains établissements proposent depuis quelques années des offres à des tarifs aménagés : Orange Bank, C-Zam (Carrefour), Hello Bank, etc. Un rapport de la Banque de France de juin 2017 annonce qu’environ 500 000 personnes ne disposent pas de compte bancaire.

Quant aux assurances, même si la France reste un pays envié pour ses services, ce serait mentir que de dire que nous sommes tous assurés selon nos souhaits. L’information à tous nos droits est souvent peu accessible ou mal lisible.

Certains en ont fait leur cheval de bataille : nous avons le plaisir d’accueillir Eric Mignot, le fondateur et CEO de Plus Simple et Hugues Le Bret, cofondateur et CEO de Nickel pour échanger autour de ces questions.

Retrouvez la dernière conversation croisée sur l’accessibilité aux services Fintech aux seniors par ici.

Eric Mignot, pouvez-vous vous présenter et nous parler des derniers KPIs de +Simple ?

@Eric Mignot

Bonjour, je suis le cofondateur et Président de +Simple. Après avoir dirigé l’assureur britannique Hiscox pendant 5 ans et avoir été Directeur France de Boursorama lors du lancement de la banque en ligne, j’ai créé en 2015 +Simple, le 1er courtier digital dédié aux professionnels, indépendants et TPE. Nous finissons l’année avec près de 10 000 clients professionnels, essentiellement indépendants.

 

Hugues Le Bret, quels sont les derniers KPIs de Nickel ?

@Hugues Le Bret

Nous ouvrons un point de vente toutes les heures – soit 200 de plus par mois pour un total de 4500 buralistes Nickel fin décembre 2018 – et un nouveau compte toutes les vingt secondes, soit 33.000 nouveaux clients par mois. Depuis février 2014, 1.100.000 comptes Nickel ont été ouverts.

Eric Mignot, vous avez choisi d’appeler votre service “+Simple” : pourquoi ? Quels étaient vos constats de départs sur l’offre assurantielle aux petites entreprises ?

@Eric Mignot

Notre constat était que pour couvrir l’ensemble de leurs besoins, les professionnels sont obligés de répondre à 300 questions, signer entre 5 à 10 polices d’assurances et recevoir 1000 pages de papier ! Avec +Simple nous recentrons le secteur de l’assurance sur le client. Grâce à notre robot courtier, le client donne le nom de son entreprise, répond à une dizaine de questions, reçoit des propositions sur-mesure qu’il signe et paie en ligne. Il retrouve instantanément ses attestations, factures et documents dans son coffre fort électronique personnel.

 

Hugues Le Bret, s’appuyer sur un réseau de commerçants de proximité pour proposer des services bancaires à bas coût, cela peut paraître évident. Comment l’idée vous est venue ?

@Hugues Le Bret

L’idée d’origine vient de l’expérience des buralistes dans la téléphonie, les cartes prépayées et le transfert d’argent. Pour ouvrir un compte en cinq minutes en respectant les procédures de conformité dont la vérification physique de l’identité, il fallait un point de vente physique avec des dirigeants responsables, propriétaires de leur fond de commerce et chacun agréé par l’ACPR. Le facteur clé de succès a été l’accord avec la Confédération des buralistes en octobre 2013, toujours actionnaire de Nickel à hauteur de 5%.

La France est un pays où l’accès aux services financiers est relativement facile : doit-on encore en faire un sujet et en parler ?

@Eric Mignot

L’assurance est un secteur structurellement orienté produit et très peu client. C’est encore pire pour les “petits pros” qui représentent un certain niveau de complexité mais sont trop peu rentables pour justifier d’y consacrer le temps de conseillers de clientèles. Du coup l’expérience client ressentie par ces professionnels est peu satisfaisante.

De plus, si vous ne savez pas que vous avez besoin d’une responsabilité civile professionnelle en plus d’une responsabilité civile exploitation – 😉 – vous pouvez avoir de graves trous de garanties.  Donc oui, il est indispensable de faciliter l’accès à l’assurance pour les professionnels et indépendants.

@Hugues Le Bret

Les solutions d’accessibilité et, plus largement, d’inclusion bancaire étaient humiliantes, fastidieuses et marginales avant Nickel, où quelques dizaines de milliers de personnes chaque année seulement bénéficiaient du droit au compte. Selon Panorabanque, plus de 40% des Français sont en dépassement d’autorisation de découvert au moins une fois par trimestre et subissent les frais d’incident induits, souvent de plusieurs centaines d’euros par an. Il n’existait pas d’offre de compte sans découvert et sans frais punitifs, sans exclusion.

Depuis Nickel tout le monde peut ouvrir un compte sans conditions de revenus, y compris les interdits bancaires. Une enquête de la Banque de France publiée en septembre 2018 montre que 36% des ouvertures de comptes sont réalisées dans les nouveaux modèles. Nickel représente le quart des ouvertures de ce segment, soit 9% des ouvertures de comptes en France.

Pour accompagner plus loin encore les personnes en difficulté, Nickel multiplie les partenariats avec des associations. En 2018, nous nous sommes rapproché d’acteurs comme l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Économique), le Crédit Municipal de Bordeaux, Fraveillance, la Fondation K d’urgences ou encore Place Aux Métiers dans une logique d’accompagnement des personnes en situation de fragilité économique.

Il arrive que l’on résume “accessibilité” à “prix bas” (voire gratuité) : qu’en pensez-vous ?

@Eric Mignot

Ce qui est déconcertant dans l’assurance est que prix bas rime très souvent avec contrats vides de garanties ou assureurs exotiques qui, comme on le voit actuellement dans l’assurance construction, peuvent faire faillite et vous laisser gravement exposés. C’est donc tout l’enjeu que de pouvoir donner à un conseil de qualité de manière économiquement efficace. Seule la technologie permet de résoudre cette équation.

@Hugues Le Bret

Il n’y a pas de repas gratuits. Si l’on ne paye pas up front, on sera rattrapé par d’autres frais in fine. Nous avons choisi une tarification simple, transparente, à l’acte, avec des prix bas. Nos clients payent en moyenne 41€ par an, à comparer aux frais qu’ils payaient auparavant, pour une prestation plus simple dont ils comprennent tout et où ils reprennent un contrôle total.

Il y a un paradoxe : quasiment tous les français consomment des services financiers (banque et assurance), mais très peu les comprennent et se sentent rassurés.

Très concrètement, comment faire pour aller vers plus de compréhension et de sécurité pour le grand public, dans les services que vous leur proposez ?

Qu’est-ce qui dans l’imaginaire collectif doit-être rectifié pour mieux aborder la finance en France ?

@Eric Mignot

Je pense que le recentrage sur le client est une tendance lourde qui va violemment percuter le secteur de l’assurance sous l’impulsion des nouveaux acteurs (eCommerce, Insurtech, réseaux sociaux, …). On devra alors parler le même langage que nos clients : coiffeur avec les coiffeurs, garagiste avec les garagistes, agent immobilier avec les agents immobiliers. C’est ce que déclare Jeff Bezos en disant que le jour où Amazon aura perdu le contact avec le client final l’entreprise fera faillite. Ce recentrage sur le client est rendu possible par la technologie, il est en cours et +Simple est l’un des catalyseurs de ce mouvement.

@Hugues Le Bret

Notre offre est simple, transparente, le client paye un abonnement annuel de 20€ pour tous les paiements électroniques plus quelques commissions à l’acte lorsque nous avons un coût supplémentaire, par exemple pour un dépôt ou un retrait d’espèces : nos douze tarifs sont affichés au premier plan sur nos sites, avec chaque fois la part de rémunération que nous reversons aux buralistes, par exemple 3€ à l’ouverture de compte et 1€ par an par compte actif. Transparence et simplicité sont les deux grands vecteurs de la confiance.

Eric Mignot - Accès aux services financiers

Eric Mignot, quarante-neuf ans, diplômé de l’ESC Reims et du MBA de l’INSEAD, rejoint en 1994 le groupe Suez en tant que contrôleur de gestion et devient directeur financier de Lyonnaise des Eaux Amérique latine. Après avoir fondé Certant, société de conseil dans les nouvelles technologies basée en Argentine, il intègre en 2001 Caixabank où il prend d’abord la responsabilité du développement des partenariats, puis la direction commerciale avant d’être promu directeur France de Boursorama lors de la fusion des deux entités. Il est notamment en charge du lancement de l’activité de banque en ligne en France à partir de 2005. Il prend ensuite en 2010 la direction générale de l’assureur britannique Hiscox en France qu’il quitte début 2015 et lance +Simple, premier courtier digital en assurances dédié aux professionnels et aux TPE.

Hugues Le Bret - Accès aux services financiers

Hugues Le Bretn est Fondateur et Président du Comité de Surveillance du Compte-Nickel depuis 2012. Il était auparavant PDG de Boursorama, après avoir été directeur de la communication et membre du Comité Exécutif de Société Générale de 1999 à 2009. Il avait débuté comme journaliste économique en 1987, puis avait travaillé chez Publicis 3 ans. Il avait créé ABW société de communication financière en 1993, vendue à Havas en 1996 où il est resté jusqu’en 1999.

A première vue, senior et Fintech ne sont pas une association courante. D’un côté, la majorité des Fintech s’adressent aux jeunes générations, ou pour être plus exact, aux utilisateurs de smartphone et aguerri aux nouvelles technologies. De l’autre, la population senior reste une cible intéressante car elle détient un capital financier plus important et paraît beaucoup moins volatile.

Alors pourquoi la Silver économie fait-elle autant parler d’elle sans en faire émerger une réelle Silver Fintech ? Les enjeux sont là : une population vieillissante, une espérance de vie en plein essor, et des usages sur le digital de plus en plus intégrés.

Pour en parler avec nous, Alessandro Promutico, CEO de L’Atelier BNP Paribas Americas et Tom Kamber, CEO de l’OATS (Older Adults Technology Services). Ils sont tous deux basés aux Etats-Unis et nous donnent leur avis.

[Les réponses sont en version française et version anglaise]

Alessandro Promutico, pouvez-vous vous présenter ?

@Alessandro Promutico

J’ai passé plus de 15 ans dans l’industrie bancaire, débutant comme auditeur à PWC en Italie, puis dans la banque privée chez JP Morgan à Londres. J’ai travaillé les 10 dernières années au Groupe BNP Paribas en Italie, en France, et maintenant aux Etats-Unis pour le secteur Retail, privé et assurance. Je suis depuis 2015 à L’Atelier BNP Paribas, le studio d’innovation du Groupe BNP Paribas qui aide les banques et leurs clients à transformer leur business en prenant appuie sur les innovations technologiques. Je dirige l’entitée américaine, basée à San Francisco depuis septembre 2017.

After more than 15 years within the Banking Industry starting at auditor at PWC in Italy to Corporate Banking at JP Morgan in London, I could in the last 10 years work within the Group BNP Paribas in Italy, France and now the US to support the Retail, Private and Insurance businesses. Since 2015 I am at L’Atelier BNP Paribas, the Innovation Studio of the BNP Paribas Group that helps the Bank and its clients transform their business leveranging on technology innovations. I am the CEO of the US entity based in San Francisco since September 2017.

Tom Kamber, est-ce que vous pouvez présenter OATS ?

@Tom Kamber

OATS est une organisation à visée sociale qui aide les seniors à utiliser les technologies et à évoluer eux-mêmes ainsi que leurs communautés. Nous avons donné des cours gratuits à plus de 30 000 seniors depuis 2004 et nous intervenons dans 6 Etats américains. L’adhésion est ouverte à tous ceux de plus de 60 ans et notre programme d’entraînement financier inclut des apprentissages sur la finance personnelle, les compétences professionnelles, la banque en ligne et l’entrepreneuriat.

OATS is a social change organization that helps older adults use technology to transform themselves and their communities.  We have taught free courses to over 30,000 seniors since 2004, and we have operations in six U.S. states.  Membership is open to anyone over 60 and our financial training programs include personal finance, workforce skills, online banking, and entrepreneurship.

Quels sont les impératifs à avoir en tête lorsque l’on lance un business dans la finance et les technologies dédié aux seniors ? 

@Alessandro Promutico

Sans aucun doute, la population senior est de nos jours la population qui détient le plus de richesses dans les pays occidentaux. Avec une espérance de vie plus longue, et de meilleures conditions de santé, ils ont un poids significatif en termes de pouvoir d’achat et de consommation de services. Pourtant, je suis d’accord avec ce que vous dites plus haut : il s’agit d’une frange de la population relativement mal servie en ce qui concerne les services digitaux. Il y a pleins de raisons à cela et elles ne sont pas exclusives selon moi. Je pense notamment à des facteurs de comportement et de marché :

  • D’un côté, beaucoup d’initiatives Fintech, qui reposent sur les dernières innovations en termes de logiciels, matériels ou de modèles économiques, sont gérées par des entrepreneurs qui ne sont eux-mêmes pas des « seniors ». Cela limite forcément la prise de conscience des problématiques auxquelles se confrontent les seniors aujourd’hui ; et par conséquences cela limite les solutions potentielles qui peuvent être lancées et fournies sur le marché. Dans les pays occidentaux, le digital est synonyme de jeune génération, ainsi la majorité des solutions sont pensées et réalisées par de jeunes entrepreneurs pour leurs jeunes consommateurs et utilisateurs.
  • D’un autre côté, les seniors ne sont eux-mêmes pas des utilisateurs du digital, d’où leur réticence à changer leurs façons de consommer, encore plus lorsque l’on parle de gestion d’argent.

Finalement, les seniors apprécient et sont prêts à acheter et consommer des services plus efficaces, si cela ne leur demande pas de changer leurs habitudes. Je vous donne un exemple un peu extrême : alors que les millenials sont aujourd’hui beaucoup plus à l’aise (je ne dis pas disposés) avec le fait d’interagir avec leur banquier via sms, chat ou encore chatbot, un senior apprécierait le même effet d’immédiateté de services, mais en gardant l’interaction avec une personne réelle, par téléphone ou face à face.

En bref : pour une Fintech, créer une expérience digitale adaptée aux seniors coûte plus cher (en termes de time to market et d’investissements) que si elle se lance dans une solution directement adaptée aux digital natives. Cela peut paraître paradoxal, mais les acteurs qui ont un réel avantage compétitif à servir les seniors avec un service digital sont les plus traditionnels selon moi. Pourquoi ? Ils ont déjà gagné la confiance de cette tranche de la population, grâce à une relation bâtie tout au long d’une vie. Et ils ont la majorité de leurs données, leur permettant d’analyser et de créer de meilleures solutions et meilleurs services.

Without a doubt the senior population is nowadays the segment that has the holds the most of the wealth in the western countries. With longer life expecancy and better health conditions this segment is probably the most significant one in terms of purchansing power and services consumption still, I do agree with your abovementioned point of view, it is relatively underserved when we look at digital services. There are multiple reasons for that and those are not exclusive from my point of view. As per my mindset I usually look at beahvioural and market drivers, let me frame it this way :

  • From one side many Fintech initiaves, that relies on the latest digital innovation in terms of software, hardware and new business models are managed by entrepreneurs that are not « Seniors » themselves. That limits significantly the awareness of the problems seniors face nowaday and as a consequences the potential solutions that can be launched/provided to the market. In the Western countries, digital is still synonym of young generations thus the majority of the solutions are thought and realised by young entrepreneurs for their targeted young potential customers/users’s base ;
  • On the other side Seniors themselves are not digital friendly adopters thus their reluctancy to change the way they consume services is very high, evenmore when we are talking about money management.

Eventually Seniors appreciate and are ready to buy/consume more efficient services but not at the expense of the overall experience they are used to get. Let me give you an extreme example : while a millennial today is much more at ease (not to say more willing) to interact with a bank provider via a text message, a chat or thorugh a chatbot a senior would appreciate the same « immediatness » of the service but still by interacting with a real person either over the phone (i.e. voice) or on face to face.

In a nutshell : For a Fintech creating a digitally adapted experience for seniors is more expensive (in terms of time to market and investments) than going for a straight forward digital native solution. It might sound as a paradox but the players that have a real competitive advantage to digitally serve the seniors segment are the most traditional ones in my opinion why ?  They already gained their trust through an lifelong relationship and they own the most of their data in order to anlyse and create better solutions/services.

@Tom Kamber

La population senior se forme mieux lorsque les apprentissages et la participation se déroulent dans un contexte social. Nous offrons toujours l’option aux participants de travailler en groupe de 10 à 15 personnes, afin de pouvoir être en relation avec d’autres lorsqu’ils développent de nouvelles compétences. Nous formons également à l’utilisation de plateformes technologiques très largement utilisées, lorsque cela est possible : des applications Fintech sur des plateformes populaires, qui sortent les seniors de la solitude, tandis qu’ils apprennent de nouveaux programmes ou compétences.

Seniors do better when their learning and participation takes place in a social context.  We always offer options for people to work in groups of 10-15 so they can engage with peers as they develop new skills.  We also train on mainstream technology platforms wherever possible–fintech apps that run on common platforms and are widely used by the general population help seniors overcome isolation as they learn new programs or skills.

Les acteurs qui ont un réel avantage compétitif à servir les seniors avec un service digital sont les plus traditionnels selon moi. Pourquoi ? Ils ont déjà gagné la confiance de cette tranche de la population […]. Et ils ont la majorité de leurs données, leur permettant d’analyser et de créer de meilleures solutions et meilleurs services.

Alessandro Promutico

La population Senior se forme mieux lorsque les apprentissages et la participation se déroulent dans un contexte social.

Tom Kamber

Faut-il créer des produits spécifiques aux seniors, quitte à les cloisonner dans des usages, ou au contraire faut-il créer des produits sans différenciation, quitte à repenser la pédagogie ?

@Alessandro Promutico

Je ne crois pas que les seniors devraient être une cible pour de nouveaux produits, mais plutôt qu’ils devraient l’être pour de nouveaux services autour de produits déjà existants. Des services qui peuvent accompagner leurs étapes de vie particulières et leur faire sentir que la situation est sous contrôle, peu importe leurs conditions de santé physiques et mentales. Un fournisseur, qu’il soit nouveau sur le marché ou non, qui souhaite gagner ou garder la confiance des personnes âgées doit être capable de démontrer que ses principaux produits peuvent être utiles sur différentes étapes de vie, grâce à une offre de services annexes qui évolue et s’adapte.

Je vous donne un exemple : beaucoup de seniors aujourd’hui détiennent probablement des produits financiers qu’ils ont acheté lorsqu’ils étaient plus jeunes et, bien qu’à ce moment-là, ils aient eu une idée bien précise de ce qu’ils voulaient faire de leur argent, ils n’en sont plus sûrs aujourd’hui. Comment est-ce qu’un professionnel peut rassurer ce type de clients et éventuellement les accompagner pour prendre les meilleures décisions, étant données leurs nouvelles conditions de vie et leurs besoins ? Sûrement pas en leur proposant de nouveaux produits, ce qui signifie pour la personne âgée un énorme effort pour comprendre et avant tout CHANGER. Les seniors sont probablement la partie de la population la plus réfractaire au changement et la plus désireuse de stabilité. Pour avoir cette stabilité, ils échangent la loyauté contre le confort et la confiance contre les services.

I do not believe seniors should be a target for new products rather they should be for new services around existing products. Services that can accompany their specific lifesstage and make them feel the situation is undercontrol, regardless their mental and physical health conditions. A new or traditional provider that aims at winning or keeping seniors trust should be able to demonstrate that the core products can be managed through different lifestages thanks to an evolving/adapting offer of annexes services.

Let me give you an example : many seniors today probably hold financial products that they bought when they were not seniors at all and while at that time, that very same senior today, had a clear idea of what to do with his/her money, today he/she is not sure anymore. How can a provider reassure this kind of client and eventually accompany him/her to take the best decisions given his/her new lifestage needs or conditions ? Surely not by proposing new products which means requiring the senior a huge effort in terms of time to understand ( not a given) and, above all, requiring a decision to CHANGE. Senior are probably the most representative segment of people that HATE changements and LOVE stability. To have stability, they trade loyalty for convenience and trust for services.

En France, il existe encore peu de Fintech et Assurtech qui sont dédiées à l’économie des Senior versus aux Etats-Unis où ce business est plus développé. Pourquoi ?

@Alessandro Promutico

Il est vrai que les Etats-Unis sont plus avancés à ce sujet, cela est lié à la plus forte culture du service, caractéristique des Etats-Unis, qui guide le marché.  Nous venons juste de dire que les « services » sont les meilleurs « produits » pour les seniors. De plus, l’absence de politique d’assistance publique, comme celle qui existe en France, amène une réelle opportunité de profit au marché américain qui cible les seniors.

Je pense réellement qu’en France, et en Europe plus généralement, ce marché va évoluer et s’agrandir. Les tendances démographiques parlent d’elles-mêmes (la population senior augmente vs les nouveaux nés. L’Europe devient de plus en plus vieille) et les budgets gouvernementaux diminuent. Ces tendances ouvrent la possibilité aux acteurs privés d’entrer et de servir ce marché.

D’un point de vue business, les acteurs privés vont devoir être plus efficaces dans leurs stratégies pour servir ce segment de marché, qui est aujourd’hui subventionné par l’Etat (avec des coûts de services élevés et flexibles). Si on met de côté les activités administratives, les services fournis reposent toujours sur des infrastructures obsolètes. Les services de santé et de soin sont les exemples dans lesquels je crois le plus, mais les services bancaires ne sont pas sans intérêt non plus. La technologie peut jouer un grand rôle pour les acteurs privés, qui veulent pénétrer ce marché et être rentables bien sûr. Les Etats-Unis sont un marché à prendre en considération, puisqu’il a déjà fait ses preuves en matière d’innovations technologiques, notamment sur la santé (assurance) mais aussi les services financiers pour cette frange de la population.

It is true that the US are more in advance in addressing these kind of customers, this is tied to an higher and recognised service culture that drives the US market and guess what ? We have just said that « Services » are the best « Products » for Seniors. Besides the lack of comprehensive Walfare State Policies, like the ones availbale in France, makes the seniors market in the US a clear for profit opportunity.

I truly believe that going forward in France, and in Europe generally, this market will evolve and widen. Demographic trends (Senior population is increasing vs new born : Europe is getting older) and Government Budgets for Walfare are shrinking as we speak. This will open opportunities to private players to enter and serve this market.

From a business point of  view, private player will need to be more efficient in servicing this segment as today, being State subsidised, it shows high fixed and flexible servicing costs. Let alone activities administration, provided services still rely on obsolete infrastructures, health care services are the best example I believe but banking services are not of less interest. Technology can play a big role for private players that wants to enter this market and being profitable of course. The US is a market to watch as it already went through a wave of technological innovations reagarding this segment for Healthcare (Insurance) in particular but also for financial services.

Tom Kamber, pourquoi selon vous les Etats-Unis voient naître beaucoup plus de Fintech adressées aux seniors ?

@Tom Kamber

Je n’ai pas de comparaison avec les Etats-Unis, mais la Fintech est largement utilisée par la majorité de la population ici et il semble que cela soit désormais le cas pour les seniors depuis les dernières années. Les Etats-Unis ont un grand nombre d’ONG et d’AARP (American Association of Retired Persons), qui comptent plus de 38 millions de membres adhérents et qui fournissent un large contenu aux Fintech via leurs canaux de communication, qui font partie des niveaux de services les plus robustes aux Etats-Unis. Il y a également un grand nombre de startups qui se concentrent sur le principe de vieillissement (beaucoup sont affiliées à Aging 2.0) et un grand nombre de fonds d’investissements, ce qui participe à la croissance de ce marché.

I don’t have a basis to compare the U.S. with other countries, but Fintech is widely used by the general population here and seems to be penetrating the senior market in recent years.  The U.S. has a large NGO, AARP, that has over 38 million older adults as members and has provided extensive content on Fintech through its communications channels, which may account for some of the robust level of services in the U.S.  There are also a large number of start-ups focused on aging (many of which are affiliated with Aging 2.0) and several large venture funds, which may account for growth in new businesses of all types focused on aging.

Quelles sont les initiatives Fintech adressées aux senior que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ?

@Alessandro Promutico

Je l’avais mentionné dans un article sur ce sujet « Intégrer les seniors dans la finance digital » de 2016, publié par L’Atelier BNP Paribas. De nos jours, la technologie nous permet de nous rassembler et d’analyser un très grand nombre de données qui peuvent permettre de meilleures décisions (comme éviter des erreurs) ou prédire des résultats.

J’aime particulièrement un service à destination des seniors appelé Eversafe : il permet d’alerter fréquemment les personnes âgées pour être sûr que personne ne leur vole de l’argent. Cela peut paraître une routine normale pour n’importe quelle personne, mais pour une personne âgée, cela peut déjà se révéler très compliqué de se rappeler de son compte bancaire. Eversafe est une solution d’intelligence artificielle basée au Royaume-Uni. Elle permet d’analyser les activités du compte bancaire et de détecter les anomalies (de l’erreur standard à la prévention de fraude). Elle alerte la personne en charge du compte bancaire de la personne âgée mais aussi son cercle proche. Encore une fois, on peut avoir l’impression qu’il s’agit d’un service basique mais jusqu’à aujourd’hui, il n’existe pas tellement d’institutions financières qui le permettaient.

En France, il existe une solution que j’aime beaucoup car elle combine les données et l’internet des objets. Elle représente le meilleur exemple de technologie avancée intégrée, de façon tout à fait transparente, permettant aux seniors de ne pas être impactés par le changement. Testée pendant quelques années et officiellement lancée en janvier 2018, elle s’appelle « Veiller sur mes parents« . Il s’agit d’un service de La Poste : l’idée est d’agir en sentinelles pour le cercle de la famille proche afin d’être sûr que les personnes âgées aient un train de vie normal chez eux en autonomie. 73 000 postiers leurs rendent régulièrement visite, en plus des passages quotidiennes de la Poste, afin d’être certain que tout est en ordre. La beauté de tout cela est qu’il n’y a aucun changement pour les seniors : les personnes à qui un effort est demandé sont les proches et les services postiers.

Je crois que cet exemple confirme que les acteurs traditionnels ont un avantage compétitif sur ce marché. Cela montre aussi l’absolue nécessité d’intégrer la technologie à son meilleur niveau, pour mener des activités rentables, mais également pour offrir la meilleure expérience utilisateurs pour ce public, qui y est probablement le plus sensible.

 I had mentioned it in an article on this subject « Seniors and Fintechs » from 2016 issued by L’Atelier BNP Paribas. Nowadays technology allow us to gather and analyse a huge amount of data from which we can inform better decisions (i.e. prevent mistakes) or predict certain outcomes.

I particularly like a service solution for Seniors called Eversafe, it as simple as going though your bank statement frequently enough to make sure no one is trying to steal money from you. This could appear as a normal routine for any active human being but for a Senior it can be overwhelming to even remember having a bank account. Eversafe is an AI solution base in the UK, it that goes through the bank account activities and detect anomalies from standard to prevent frauds. It alerts the senior account holder but also the senior close family circle, it looks a basic service but as of today not many financial institutions provide it.

In France there is a particular solution that I like because it combines data and Internet of Things, representing on the best example of integrating advanced technology seamlessly so that seniors are not impacted by CHANGE.Tested for a couple of years and offically launched in Jan 2018 it is called « Veilller sur mes parents », the service provided by La Poste, the day to day object becomes sentinels for the close family circle and make sure seniors conduct a normal life at home, 73000 postmen reguraly pay seniros households extra visits to make sure all is in order. The beauty of it is that there is no change required to the seniors, object are the usuals ones and postmen services have been there before they were even born.

I believe this example confirms that traditional actors have a competitive advantage with this segment, it also underline the absolute necessity of integrating technology at the best to run very cost effective activities from one side but also to offer the best user experience to a segment that is probably the most sensitive to it.

@Tom Kamber

Aux Etats-Unis, nous avons travaillé avec Capital One sur un projet appelé « Ready, Set, Bank » : il s’agit d’une série de vidéos d’instructions qui aide les seniors à apprendre à gérer leurs finances personnelles et à gagner en compétences sur la banque en ligne. A New-York, nous offrons des cours gratuits de gestion financière et d’entrepreneuriat aux seniors, dans plus de 20 lieux. L’AARP a toute une série d’articles sur son site à propos de finance et de Fintech.

In the U.S., we have worked with Capital One on a project called “Ready, Set, Bank,” which is a series of instructional videos that help older adults learn personal finance and online banking skills.  In New York City, we offer free courses in financial management and entrepreneurship to seniors at over 20 locations, and AARP has an extensive series of articles on their website about financial and Fintech topics.

Alessandro Promutico - Atelier BNP Paribas - seniors et Fintech

Alessandro Promutico, CEO Atelier BNP Paribas Americas

MBA from IE Business School/Wharton Business School and Experience Designer from HyperIsland School.

Alessandro is a Fintech specialist and has more than 15 years experience in the banking sector and within different businesses from Investment Banking, to Retail Banking and Insurance.

Ethereum evangelist and Solidity developer, Alessandro is currently researching on ways blockchain technology could enhance and eventually replace core banking systems.

Tom-Kamber-OATS - seniors et Fintech

Tom Kamber is an award-winning social entrepreneur, educator and activist who has created new initiatives in aging, technology, affordable housing and the arts. As founder and executive director of Older Adults Technology Services (OATS), Tom has helped over 30,000 seniors get online and created the country’s first technology-themed community center for older adults, Senior Planet.  Tom has published widely in academic journals on topics including public policy, business strategy, and technology, and his work has been featured widely in the media, including The New York Times, The Wall Street Journal, National Public Radio, and The Today Show.  He has won awards from local, state, and national organizations and he speaks regularly at local, national, and international conferences.

Nous mettons en avant les Insiders qui font la Finance d’aujourd’hui et de demain en leur donnant la parole chaque semaine : nous vous avons préparé un florilège des meilleures citations.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Retrouvez le 1er volet des meilleures citations ici

Edouard Plus, Responsable de l’incubateur du Swave 

Edouard Plus

Faut-il “éduquer les professionnels” ? Oui… oui… et encore oui… Hormis des personnes qui ont un intérêt personnel pour la question ou celles qui partagent le credo que la finance durable est profitable sur le long terme, on trouve encore pléthore de professionnels tout à fait étrangers à ces questions (et qui ne se les posent même pas…). Il faut donc sensibiliser, former et agir.

Edouard Plus

Nicolas Reboud, co-fondateur et CEO de Shine

Nicolas Reboud Shine

Je pense que le business model des banques et assurances doit devenir celui d’un fournisseur de solutions, pour les publics qu’ils ciblent mal aujourd’hui. Et qu’ils s’appuient sur nous, les Fintech, pour distribuer leurs produits.

Nicolas Reboud

Philippe Gelis, CEO et fondateur de Kantox 

Philippe Gelis, Kantox (Brexit)

La majorité des Fintechs que je côtoie au UK n’ont aucune intention de quitter Londres, considérant qu’il n’y a aucun éco-système comparable et donc aucune véritable alternative. Évidemment, la cacophonie politique génère des inquiétudes, mais rien de fondamental.

Philippe Gelis

Raphaël Bloch, journaliste cryptomonnaies et Blockchain aux Echos

Raphael Bloch, Les Echos

On voit qu’au quotidien la barrière se situe au niveau du citoyen lambda : les consommateurs commencent à identifier les cryptomonnaies mais n’en voient pas encore l’utilité. Les choses vont peut être basculer avec des  startups et des grands groupes qui se lancent dans la technologie. La bascule se fera à ce moment-là, si elle se fait

Raphaël Bloch

Sébastien Loubry, Partner et Responsable Business et Communication chez AXA Venture Partners

Sebastien Loubry AXA Venture Partners

Anticipation des besoins, compréhension de modèles alternatifs, rapidité d’exécution sont autant de facteurs qui expliquent la concentration et la différence de rythme dans le développement des Assurtech aux US.

Sébastien Loubry

Christophe Dandois, fondateur et CEO de Leocare

Christophe Dandois - Leocare

Le partenariat avec Google nous a permis d’accéder à un support technique (pour garantir l’UX et la bonne intégration) et une contribution marketing (pour faire levier sur la notoriété), ce qui nous permet d’offrir à nos First-Leos (nos assurés). C’est un intérêt commun pour accélérer l’usage de l’assistant vocal en France.

Christophe Dandois

Patrick de Nonneville, COO October (précédemment Lendix)

Patrick de Nonneville, Lendix

Les Fintech comme Lendix et Happy Capital sont des acteurs non leveragés : nous n’avons pas de risque lié au bilan. Nous ne sommes pas en train d’emprunter de l’argent pour en prêter à d’autres. Si une plateforme perd la totalité de ses prêts, il n’y a pas de conséquence systémique sur le reste du marché. Je trouve ces clichés vraiment étonnants, notamment lorsqu’ils viennent de régulateurs sous des impressions laissées par du lobbying efficace.

Patrick de Nonneville

Bruno Lacoste, Directeur Marketing et Communication MAAF et Président de NiortTech

Bruno Lacoste, Maaf Niort Tech

D’un côté, il faudrait que l’on soit beaucoup plus souple pour accompagner nos clients et d’un autre côté le cadre réglementaire de plus en plus rigide qui nous est imposé. Dans ce cadre-là, le travail avec les Fintech et les startups est une vraie bouffée d’air car elles s’émancipent de ces contraintes-là. Elles développent des solutions de plus en plus rapidement.

Bruno Lacoste

Olivier Gabrielli, responsable de l’innovation et des paiements digitaux chez Mastercard France

Olivier_Gabrielli_Mastercard_objets connectés

Nous parlons des objets connectés comme des plateformes physiques telles les bagues ou téléphones que nous approchons d’un terminal de paiement. Mais il existe également d’autres types d’objets comme les voitures connectées.

Olivier Gabrielli

Florence Karras, fondatrice de Canopsia

Florence Karras - Canopsia

La réalité à laquelle nous nous confrontons, ce sont ces foutues cases. Si vous êtes CDO dans l’assurance, on vous proposera très certainement un autre poste de CDO et probablement dans l’assurance.

Cela convient à certains et pas d’autres. Personnellement, cette idée que ton futur professionnel est la projection linéaire de ton passé me semble plus que inappropriée et à contre courant du monde d’aujourd’hui où l’on est invité à sortir du cadre en permanence.

Florence Karras

Augustin Sayer, Investor Newfund

Augustin Sayer

J’ai tendance à échanger une fois par mois avec d’autres fonds d’investissement sur certains deals, sur les tendances du moments et sur les montants investis. C’est assez fascinant car nos visions sont souvent assez différentes. Il y a toujours un thème porteur, mais pour se démarquer il est nécessaire d’avoir une vision iconoclaste. Ensuite à nous d’être les premiers à l’adopter pour éviter de rater le train.

Augustin Sayer

Marie-Hortense Varin, Partech

Marie-Hortense Varin

Nous aimons surtout réfléchir en amont aux marchés qui nous paraissent avoir le plus grand potentiel de création de valeur pour une Fintech, et ensuite défricher le terrain pour découvrir les startups qui s’y sont positionnées avec des approches innovantes (que ce soit d’un point de vue produit, distribution, marketing…).

Marie-Hortense Varin
Vous aurez reconnu la formule ! Le « OK Google » que nous prononçons tout d’un coup à table lors d’un repas de famille, parce qu’une question nous taraude ou le matin pour mettre la radio. Et les Fintech dans tout ça ?

L’association entre services financiers et service vocal peut paraître logique : eh bien oui, la mission des Fintech est de répondre à des attentes financières qui évoluent grâce aux technologies (IA, deep learning, robo-advisor, etc.). D’assistant bancaire en agence à assistant virtuel, il n’y a qu’un pas semble t’il. 

Mais est-ce aussi simple ? Pas si sûr… que peuvent réellement attendre les acteurs Fintech de l’intégration des technologies des assistants vocaux pour leur business ? Comment se positionnent-ils aux côtés de géant des technologies ? Christophe Dandois, co-fondateur et CEO de l’Assurtech Leocare et Jean-François Mondou, directeur de la banque de détail au sein de la Direction des Systèmes d’Information de la BRED ont tous deux intégré leurs services à la technologie de l’enceinte Google Home. Ils partagent leurs expériences.

Christophe Dandois, pouvez-vous vous présenter ?

@Christophe Dandois

Je suis l’un des cofondateurs de Leocare avec Noureddine Bekrar. La complémentarité de nos carrières dans le Digital, à la fois sur le marketing et sur les technologies, dans différents secteurs d’activité B2C, nous ont fait prendre conscience du retard de l’assurance sur la proximité avec ses assurés. Une interaction tous les 5 à 7 ans (souscription & sinistre), pas d’autonomie client (évolution de ses garanties, du profil, à la demande) et une identification par le risque (le bien assuré) et non par le client.

Avec Leocare, nous avons créé la première assurance pour auto & habitation, 100% mobile apportant simplicité (devis en 45s, contrat en 5min, assistance connectée, sinistre en visioconférence à distance, résiliation 0 papier), transparence (indicateur d’exposition au risque à chaque réponse assuré, espace communautaire sur les retours d’expérience) et proximité (informations sur son profil & le bien assuré, services partenaires, disponible en chat, visio, mail, téléphone, RS).

Leocare va atteindre dans les prochains jours son 10 000ème téléchargement ; nous fêterons cet événement en offrant une année d’assurance gratuite au nouveau contrat souscrit. Notre portefeuille est réparti en 68% auto et 32% habitation sur tout le territoire ; Majoritairement iOS et masculin … mais nous travaillons notre activité pour atteindre la parité.  

 

Jean-François Mondou, pouvez-vous vous présenter ?

@Jean-François Mondou

Je suis en charge de tout ce qui concerne les supports digitaux à destination de nos clients particuliers : site internet, appli mobile, moyens de paiement, etc.

Dans ce cadre mes équipes et moi même avons pour mission de déployer toute solution innovante et pertinente permettant d’améliorer l’accessibilité à la banque. Ceci s’inscrit dans la stratégie de la BRED de Banque Sans Distance. C’est pourquoi nous avons été les premiers à déployer l’application d’accès aux comptes de la BRED sur les assistants vocaux.

Qu’attendez-vous d’un partenariat comme celui avec Google Assistant ?

@Christophe Dandois

En proposant une offre “tout mobile”, nous avons une proximité naturelle avec les GAFA tant sur un aspect technologique qu’en terme de distribution pour l’accès à notre offre sur les stores. Nos assurés étant des consommateurs digitaux par l’usage de leur mobile pour faciliter leur quotidien, il nous a semblé comme une évidence de proposer un autre canal d’accès à leurs services Leocare en étant innovant.

Le partenariat avec Google nous a permis d’accéder à un support technique (pour garantir l’UX et la bonne intégration) et une contribution marketing (pour faire levier sur la notoriété), ce qui nous permet d’offrir à nos First-Leos (nos assurés). C’est un intérêt commun pour accélérer l’usage de l’assistant vocal en France.

@Jean-François Mondou

Il n’y a pas de partenariat à proprement parler avec Google. De fait, nous souhaitions tester la solidité et l’efficacité de nos propres API. Un assistant vocal nous semblait pertinent pour le faire. Google étant le premier à lancer un assistant vocal en France, c’est naturellement que nous avons commencé à travailler sur cette technologie.

Au-delà du test de nos technologies, cela nous permet de proposer une canal d’accès supplémentaire à notre clientèle pour toujours plus lui faciliter ses opérations courantes. Cette solution s’inscrit dans notre stratégie d’investir massivement dans des outils digitaux diversifiés pour améliorer en permanence l’expérience utilisateur et simplifier la vie de nos clients ; elle complète les possibilités de contacts multiples, physiques ou digitaux : tablette ou smartphone, mail, téléphone, rendez-vous en agence, etc.

On entend essentiellement parler de la fonctionnalité de paiement par commande vocale sur les assistants comme Amazon Echo ou Google Home : qu’en pensez-vous ?

@Jean-François Mondou

Nous ne sommes pour notre part pas positionné sur l’enjeu du paiement mais précisément sur les services bancaires de base : consultations des comptes, virements mais aussi être contacté par son conseiller.  Demain, il sera possible de prendre rendez-vous en agence via un assistant vocal.

D’autres services pourront enrichir ensuite l’expérience selon l’appétence et les usages de nos clients.

@Christophe Dandois

Nous avons réalisé nos premiers développements pour des services prioritaires de nos assurés : demande d’assistance, horaires d’ouverture, accès au support Leocare … L’assuré ayant effectué le paiement de son contrat à la souscription sur son mobile avec sa CB. Le paiement n’étant pas une priorité d’usage pour nous.

Au-delà du nécessaire retour d’expérience que nous devons acquérir sur les usages de ces services, nous préparons le parcours pour un devis.

Leocare et BRED, malgré leur différents profils travaillent tous deux avec Google. N’est-il pas dangereux pour la myriade de Fintech dans le monde de se tourner vers un nombre d’acteurs technologiques très concentré ?

@Christophe Dandois

Avant l’effervescence des Fintech et Assurtech en France, il y a eu plusieurs révolutions sectorielles par le Digital (télécoms, média, utilities …). La technologie a été une composante clé mais suffisante pour bouleverser ces marchés (réglementaire, expérience client, modèle de distribution …).

Leocare se construit avec des leaders mondiaux comme Google mais aussi des leaders européens de l’assurance, comme Generali, et des startups innovantes sur leur marché, comme ADN Solutions ; sans oublier des partenariats de distribution comme des acteurs de l’automobile et de l’immobilier.

La construction from scratch de nos assets technologiques nous permettent d’offrir des services temps réel on demand à nos assurés, d’être agile dans la mise en oeuvre de nouveaux produits (entre 1 à 3 mois), de minimiser le coût d’intégration de services fournis par des partenaires et d’être réactif dans l’évolution de l’UX de nos applications mobiles.

@Jean-François Mondou

Nous travaillons aujourd’hui effectivement avec les technologies de grands acteurs internationaux. Mais notre capacité d’innovation ne se résume pas à cela ! Nous travaillons avec nombre de startups émergentes qui peuvent apporter beaucoup de valeur ajoutée, comme Izicap avec qui nous avons déployé un outil pour les commerçants – Fid’PRO – qui transforme les cartes bancaires de leurs clients en véritables cartes de fidélité, leur permettent de disposer d’analyses de données et de mener des campagne marketing.

La BRED développe par ailleurs ses propres Fintech, notamment avec sa filiale Vialink, qui est un spécialiste reconnu dans les domaines de la signature électronique et du KYC (connaissance client).

Enfin, nous croyons que l’innovation n’est pas que technologique. S’il est indispensable d’être “best of class” en matière digitale, nous pensons que nos clients auront toujours besoin, pour les opérations complexes, dans certains moments de vie, de disposer d’une relation humaine à forte valeur ajoutée. Ceci implique une forte présence territoriale – la BRED, au contraire de nombre de banques, ne ferme pas d’agences – et un investissement massif dans la formation des collaborateurs.

Christophe Dandois - Leocare

Issu d’une double formation, ingénieur généraliste – ECAM et master en administration d’entreprise – IAE, Christophe Dandois a co-fondé Leocare en 2017. De par ses expériences entrepreneuriales, co-fondateur de Niji en 2001 (ESN en transformation digitale) et d’Insurlytech en  2016 (fournisseur Saas de solutions d’assurances), Christophe partage une vision pionnière du numérique. Ses constantes réflexions sur l’apport du digital l’amènent à enseigner et à investir dans des secteurs en cours de transformation comme les services juridiques et le financement participatif. En tant que CEO de Leocare et d’Insurlytech, ses convictions sur l’évolution sociétale et sa dynamique de travail sont une source d’énergie pour les équipes qui l’entourent.

Jean-François Mondou - BRED

Jean-François Mondou est Directeur de la banque de détail au sein de la DSI BRED Banque Populaire. Après des études d’informatique et multimédia à Sophia-Antipolis , il intègre en 1995 le cabinet Accenture dans le centre de recherche et développement de Sophia-Antipolis. En 2004 il rejoint la société Avanade (filiale de Microsoft et Accenture) comme Groupe Manager en charge des développements « .Net ». C’est en 2009 qu’il rejoint le Groupe BRED en tant que responsable des canaux de distribution.

A propos des Fintech, on entend souvent des généralités. Parfois contradictoires, parfois de passage, elles font la Une de notre veille Fintech. Et parmi les sujets favoris du secteur, on retrouve les problématiques de financement. Normal : nous sommes à la croisée d’un écosystème financier et de l’univers des startups.

Notre objectif est de vous aider à vous forger votre propre opinion. De ne pas vous contenter de répéter ce que vous avez entendu à la dernière soirée networking ou de penser par vous-même. Et comme toujours, nous faisons parler ceux qui font le secteur pour vous donner les clés.

Il y a deux mois, nous avons interrogé trois professionnels des VCs investis dans les Fintech pour connaître leurs stratégies, leurs méthodes et leurs coups de cœur. On a voulu aller plus loin et demander l’avis d’un Insider du financement, fondateur d’AngelSquare, au cœur d’un réseau de Business Angels.

Nous avons demandé à Charles Degand de nous donner sa vision sur les généralités du financement.

Charles Degand, fondateur et CEO d'AngelSquare
Charles Degand, fondateur et CEO d'AngelSquare

En 2018, les Fintech sont un écosystème en pleine accélération : il faut y investir absolument aujourd’hui !

✅ VRAI. Le marché mondial croule aujourd’hui sous de nombreuses initiatives entrepreneuriales dans le secteur de la finance ayant pour objectif de révolutionner les échanges financiers. On voit ainsi de plus en plus de startups se faire financer : 1800 en 2016 versus 2700 en 2017.

Au niveau mondial, 58 milliards de dollars ont été investi au 1er semestre 2018 dans 875 deals. Le tour médian a augmenté de plus de 75% passant de 14 millions de dollars à 25 millions, ce qui est un signe de la plus grande maturité des startups du secteur.

L’Europe représente 45% des montants investis au 1er semestre 2018 (contre 25% pour les États-Unis) et compte désormais quelques licornes : Wold Pay (UK), iZettle (Suède), Iris Software Group (UK), Norday Group (Suède).

Les Fintech représentent un marché très important : tout le monde est client des banques. Ce marché recèle encore d’énormément d’opportunités. Sur la Fintech et l’Insurtech, il n’y a pas eu de disruption majeure comme il y a pu avoir dans l’hôtellerie avec Airbnb ou dans le transport avec Uber. Tout est donc à faire !

Les VCs investis dans la Fintech sont plus nombreux que les Business Angels qui s’intéressent à ce secteur.

❌ FAUX. Les VCs Fintech sont en réalité plutôt rares. En France, il existe davantage de fonds de VCs généralistes (Partech, Kima, Daphni, XAnge, Ring Capital, Omnes Capital, …) que spécialisés Fintech (Truffle, NewAlpha, Blackfin, Breega, …). De plus, ces derniers investissent rarement en seed. A ce jour pour l’année 2018, Truffle a ainsi réalisé un unique deal (Smile&Pay pour 2,5 millions d’euros), NewAlpha a finalisé 2 deals (Lydia et Mobeewave pour des montants respectifs de  16 millions de dollars et 22 millions de dollars), Blackfin a également bouclé 2 deals, et quant à Breega, le fonds a financé 2 startups Fintech sur les 8 deals qu’il a réalisés (Ibanfirst et Lemonway pour des montants respectifs de 17 millions de dollars et 10 millions d’euros).

En France, 230M€ ont été levés depuis le début d’année avec des levées de référence tels que : Ledger (61M€), Lendix (32M€), Alan (23M€), Lydia (13M€), Tiller (12M€) ou encore Lemonway (10M€). On a compté 12 levées inférieures à 1M€, 14 entre 1 et 5M€, 7 entre 5 et 10 M€, et 5 à plus de 10M€. (données AngelSquare). Or on retrouve le plus souvent des Corporate Ventures (CVC) plutôt que des VCs sur les tours à plus de 1 million d’euros : CNP Assurances, Société Général, Aviva, Macif, CNP, Amundi, Crédit Agricole…

Les Business Angels sont au contraire très actifs sur le secteur : nous dénombrons 126 investisseurs intéressés par la Fintech sur AngelSquare et nombre d’entre eux ont réalisé des investissements cette année. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons lancé AngelSquare Fintech, notre première structure d’investissement consacrée au secteur de la Fintech !

Top Business Angels, Crédits AngelSquare, nov 2018
Top Business Angels, Crédits AngelSquare, nov 2018

Il faut forcément aller chercher des financements à l’étranger pour lever de gros montants pour sa Fintech.

De manière générale, les montants levés sont plus importants aux États-Unis qu’en Europe :

o   Late stage : 29 millions de dollars (US) vs 13 millions de dollars (Europe)

o   Early VC : 10M$ (US) vs 5M$ (Europe)

o   Seed : 2M$ (US) vs 1,5M$ (Europe)

Cette différence s’observe sur l’ensemble des secteurs et non spécifiquement sur celui des Fintech. Aussi, si l’on regarde les 3 premières levées Fintech réalisées en 2018, elles n’ont été réalisées qu’avec des acteurs européens.

Le crowdequity et le crowdlending sont des méthodes d’avenir pour le financement des startups et des Fintech.

❌FAUX. Il y a très peu de financement de Fintech par le crowdequity ou le crowdlending. En effet, très rares sont celles qui ont sollicité ce modèle de financement, d’une part car les montants levés sont souvent plus importants mais aussi car les personnes qui réalisent des investissements dans les Fintech sont rarement des particuliers mais plutôt des experts sectoriels (ayant une forte connaissance marché) ou des CVC (banques, assureurs, …) qui cherchent à accélérer d’un point de vue digital.

En revanche, de plus en plus de Fintech réalisent des ICOs (Initial Coin Offering) : 130 millions de dollars ont été récoltés à travers 16 ICOs en France entre 2014 et aujourd’hui.

Les Fintech sont survalorisées !

Il est toujours difficile d’estimer si une Fintech est survalorisée lors des premiers tours de table. Tout est une question d’offre et de demande. Seulement, peu de startups Fintech passe le cap de la Série A alors même que CVC et VCs sont en compétition pour financer les meilleures startups. Les valorisations montent donc souvent en flèche. Il est par exemple assez fou de voir Funding Circle valorisé 2 milliards de £ à son introduction en bourse alors même qu’elle affichait 100M£ auparavant. Heureusement, les valorisations reviennent aujourd’hui à des niveaux plus raisonnables.

De manière générale, des valorisations trop importantes peuvent s’avérer risquées. Tout d’abord, cela peut freiner les premiers Business Angels à participer au tour de table, mais c’est aussi prendre des risques pour l’avenir et notamment pour le prochain tour de table. (en théorie, la valorisation d’une startup double voire triple entre le tour de seed et celui de série A). Un entrepreneur se doit donc d’être flexible dans l’approche de la valorisation tout en étant en mesure de trancher et de ne pas tout céder. Les Business Angels sont souvent très attentifs aux valorisations des entreprises dans lesquels ils investissent. C’est aussi pour cela qu’ils investissent souvent tôt dans la vie de la startup.

Les family offices ont leur place dans le financement des Fintech.

✅ VRAI. Les Family Offices sont de plus en plus présents dans le financement des startups, et notamment sur le secteur de la Fintech. Le marché sur lequel un Family Office va investir dépendra bien souvent principalement du secteur dans lequel la famille a fait fortune auparavant.

L'équipe AngelSquare
L'équipe AngelSquare

AngelSquare en quelques mots :

Lancée en 2016, par Charles Degand et Balthazar de Menthon, AngelSquare finance les meilleures startups en seed et série A. Pour cela, AngelSquare rassemble une communauté d’investisseurs experts de leurs secteurs et de l’amorçage (Business Angels, Family Offices, fonds d’amorçage…) qui ont accès, via une plateforme web, à une sélection rigoureuse de startups en recherches de fonds.

De nombreuses startups à succès ont ainsi déjà été financées par AngelSquare, notamment dans le domaine des Fintech, parmi lesquelles Pumpkin, SESAMm, Tiller, UTOCAT, Waleet, Luko, ou encore Paytweak.

En novembre 2018, AngelSquare a lancé AngelSquare Fintech, sa 1ère structure d’investissement dédiée aux startups Fintech et InsurTech. Constituée d’un board d’investisseurs qualifiés et experts du secteur, AngelSquare Fintech entend s’imposer comme la référence française du financement des Fintech “early stage”. Objectif : 6 deals/an avec des tickets de 100 à 500 K€.

AngelSquare envisage également d’investir les secteurs de l’IA et de l’impact investing.

Quelques mots sur le TOP 30 des Business Angels les plus actifs en 2018, établi par AngelSquare :

Les Business Angels sont devenus des acteurs à part entière dans le financement des startups et une véritable chance pour les entrepreneurs qui se lancent. 2018 marque l’apparition de nouvelles tendances et de nouveaux Business Angels :

 

  • Ils sont de plus en plus nombreux à investir en startups. Derrière les grands noms présents dans le classement, des milliers d’autres Business Angels, aux tickets certes plus modestes mais à la motivation, à l’expérience et à la valeur ajoutée tout aussi précieuses, accompagnent les startups françaises au quotidien ;
  • Ils restent pour la plupart d’anciens entrepreneurs, ce qui tend à confirmer que l’investissement en startup est davantage une affaire d’entrepreneurs que de financiers ;
  • Prendre des risques et investir dans les startups n’est plus réservé qu’aux hommes. En témoigne cette année l’entrée de deux femmes (également entrepreneuses) dans le Top 30 des Business Angels les plus actifs de l’année.
En 2018, plus d’un français sur cinq a changé de métier dans les années qui précèdent. Tout changer pour apprendre un nouveau savoir-faire, se former pour acquérir de nouvelles compétences : un choix pour de plus en plus de professionnels, prêts à s’investir pour évoluer dans leur carrière.

La banque et l’assurance forment un village gaulois résistant : le secteur est certes connu pour sa grande mobilité, mais une mobilité interne ! Les collaborateurs ont l’opportunité d’évoluer, en changeant d’agences, d’équipes, en montant en grade, etc. Avec un taux de promotion de 15% dans les cinq ans (le plus fort taux selon l’étude de la Dares, novembre 2018), la banque est un secteur qui forme et accompagne.

Avec des nouvelles générations qui cumulent plusieurs activités, qui changent d’entreprise de plus en plus rapidement, comment peut-on aujourd’hui imaginer sa carrière évoluer ? Merete Buljo et Florence Karras ont toutes les deux passé plus de vingt ans dans un établissement bancaire, évoluant progressivement. A l’occasion du lancement de la rubrique Emploi de Fintech mag, on a recueilli leur témoignages et leurs avis pour se forger sa propre carrière dans la Fintech.

Merete Buljo, pouvez-vous vous présenter et nous retracer votre évolution de carrière chez Natixis ?

@Merete Buljo

Je travaille chez Natixis depuis les années 2000 et mon parcours n’est absolument pas linéaire ! Je suis aujourd’hui en charge de la transformation digitale et de l’expérience client chez Natixis Eurotitres. Dans ce métier de conservation de titres, nous gérons les marchés financiers pour la clientèle retail. Auparavant, je travaillais au sein du Groupe Banque Populaire et plus précisément dans la Direction des Systèmes d’Information, où j’ai exercé quasiment tous les métiers, de la programmation jusqu’à la direction de programmes.

Lorsque je suis rentrée chez Natixis, je suis devenue responsable de la maîtrise d’ouvrage, un métier qui n’existait pas au préalable et que j’étais appelée à créer : cela recouvrait la gestion de de projets sur la partie métiers tant sur la dimension de transformation des processus et organisations internes que la création de nouveaux modèles d’affaires. Par la suite, j’ai évolué sur différents métiers, toujours côté business, que ce soit sur les problématiques de moyens de paiement, de cash management, financement des grandes entreprises, etc. J’ai également travaillé pour les crédits à consommation, dans une fonction d’affaires générales couvrant  les domaines juridique, qualité, achats et logistique.

Avant de démarrer ma carrière professionnelle, j’ai fait des études d’informatique et je suis également historienne de formation. Cette double compétence, associée à ma double culture (je suis norvégienne), m’ont apportée de la hauteur et certainement une capacité à aborder les problématiques sous un angle sociologique et non uniquement technologique ou économique.

 

Florence Karras, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre évolution de carrière ?

@Florence Karras

De mon côté j’ai une formation financière, qui me prédestinait assez naturellement à entrer dans la banque. Ce que j’ai fait ! Et j’y ai passé 25 ans exerçant diverses fonctions dans des domaines très différents. Je me suis frayée mon chemin passant ainsi de la finance à l’assurance, avant d’explorer en 2009 les services à la personne et revenir à l’assurance en tant que Chief Digital Officer. J’ai travaillé à la fois dans des directions centrales, des filiales de plus petite taille et sur des projets gérés en mode startup. C’était en 2009, on ne parlait pas encore d’intrapreneuriat, mais cela en était ! Ces multiples expériences m’ont permis d’acquérir une vision globale systémique de l’entreprise et de développer une large palette de compétences allant de la finance, au marketing, la communication, le digital, le business, le social media, sans oublier le management et les enjeux de la transformation.

Mon parcours fut guidé par mes choix du moment. Il n’est pas linéaire dans les disciplines et secteurs d’activités où j’ai exercé et certainement pas des plus classique pour le secteur de la banque. Passer de la finance aux services à la personne est un grand écart qui m’a ramenée à la réalité des enjeux de société ! Cela fait partie de ma personnalité : la curiosité et l’envie de toujours aller sur de nouveaux terrains guident mes choix. Et notamment mes choix plus récents. Il y a quelques mois j’ai entrepris un changement de cap professionnel en quittant la banque. J’ai plongé dans le grand bain de l’entrepreneuriat en créant ma société Canopsia à l’été 2018. Canopsia est une agence de voyage intérieur qui accompagne les dirigeants à faire un pas de côté (reconnexion à soi et la nature avec de la philosophie, la marche et le mindfulness notamment) pour développer tout leur potentiel de leadership, et devenir les leaders dont le XXIème siècle a besoin pour construire ensemble un futur désiré et humaniste. Ce projet est l’aboutissement d’un cheminement personnel, de convictions forgées sur le terrain de la grande entreprise et de la transformation digitale.  

 

62% des collaborateurs de la banque et assurance ont eu le même employeur entre 2010 et 2015 (étude Dares, novembre 2018). Vous en faites partie : pourquoi selon vous la banque “retient” davantage ses salariés que d’autres secteurs ?

@Merete Buljo

Une première explication est que la banque fait appel à des expertises pointues. Vous allez trouver dans la banque des personnes qui développent ces expertises financières de manière très approfondie. C’est une première motivation pour certains :  devenir un expert incontournable dans un domaine spécifique. J’ai par exemple des collègues sur les marchés financiers qui font cela depuis 30 ans et qui ne sont pas spécialement motivés par une mobilité vers d’autres domaines. Florence et moi avons évolué pendant très longtemps dans la banque (pour ma part encore aujourd’hui), toutefois nous avons changé très fréquemment de secteurs. Nous avons exercé pleins de métiers différents : peut-être que de ce point de vue-là, nous avons des profils atypiques.

Deuxième élément : a contrario, la banque offre énormément d’opportunités. Comme je l’évoquais, j’ai changé d’univers à de nombreuses occasions. Même si je travaille pour Natixis Eurotitres depuis 6 ans, j’ai connu un élargissement de périmètre et des restructurations qui permettent une évolution permanente à de nouveaux enjeux.  

Vu de l’extérieur, on imagine la banque comme un établissement qui ne bouge pas beaucoup. Mais la banque est en perpétuelle adaptation : depuis les années 90 (où j’ai commencé à travailler au sein de la banque), elle s’adapte en permanence. On parle certes beaucoup des nouveaux acteurs mais ce que l’on voit moins, c’est que la banque est dans une perpétuelle transformation et restructuration. Pour les profils qui recherchent une évolution de carrière et une multiplicité d’opportunités, la banque peut se révéler intéressante. Cela peut même se faire au sein d’une même banque : les banques sont des grands groupes. Natixis compte plus de 20 000 salariés dans 38 pays, et fait partie du Groupe BPCE qui en compte plus de 100 000 !

Troisième élément : il faut être honnête, les conditions de travail au sein des banques (en comparaison avec d’autres secteurs) peuvent être un élément de motivation ! C’est notamment le cas pour les jeunes femmes sur le sujet du congé de maternité. La convention bancaire, l’environnement dont on peut bénéficier et les acquis sociaux peuvent expliquer en partie la motivation à vouloir rester dans le secteur bancaire.

@Florence Karras

Je partage la même analyse que Merete. Il y a effectivement des métiers très spécifiques à la banque et la finance qui justifient des parcours au sein d’un même secteur et potentiellement même entreprise.

Ensuite, la banque est un secteur attractif où il y a aujourd’hui une richesse de métiers et de vrais enjeux de transformation. Les opportunités d’évolution sont nombreuses, il y a une diversité de métiers, de domaines d’activités et la possibilité de mobilité géographique. Les banques offrent aussi aux collaborateurs des opportunités multiples de formation, de mobilité, et de formats de travail nouveaux. Ce sont généralement des grands groupes qui permettent une diversité d’expériences, où on peut se réinventer et continuer à apprendre. Ce qui est déterminant, c’est le mindset de chacun et ses envies profondes quant à l’évolution de son parcours professionnel.  

Un dernier point : je pense que le secteur peut parfois retenir malgré lui des salariés parce qu’il y a des conventions de travail privilégiées comparativement à d’autres secteurs. Cela peut être un biais négatif qui nourrit les statistiques que vous annoncez. Des collaborateurs peuvent composer avec des postes qui ne sont pas forcément des plus épanouissants pour eux. C’est alors le statu quo ! Le confort est un “fil à la patte” dont il est parfois difficile de se détacher…  

 

Quels sont les derniers modèles d’évolution de carrière que vous aimeriez davantage voir se développer dans les banques ?

@Florence Karras

Ma réponse n’est pas spécifique à la banque. Notre monde évolue très rapidement, il faut être agile et flexible. Il faut se réinventer régulièrement. Beaucoup d’initiatives émergent dans les entreprises pour laisser un espace nouveau d’évolution aux collaborateurs.

C’est très positif mais je pense qu’il faudrait surtout faire évoluer le statut de salarié.  Il y a une startup dont je trouve le concept intéressant : Mobiliwork facilite la mobilité salariale temporaire inter-entreprises. Les salariés sont en fait détachés dans d’autres entreprises, d’autres univers et potentiellement d’autres métiers. C’est gagnant-gagnant pour les salariés et les entreprises.

Les jeunes générations sont nativement très mobiles dans leur carrière professionnelle, c’est peut-être moins le cas pour des quadras ou des quinquas qui ont fait carrière dans une même entreprise. Avec ce modèle, il y a une vraie opportunité d’être détaché dans une autre entreprise pour s’enrichir réciproquement, et ensuite revenir dans son entreprise avec une nouvelle dynamique. Cela permet de conserver la sécurité de l’emploi et d’être mobile dans le même temps. On s’est oxygéné, on a ouvert ses chakras et on s’est nourri de quelque chose de nouveau. Et je pense que ça peut contribuer à limiter le taux de désengagement, qui est particulièrement élevé aujourd’hui en France.  J’y crois beaucoup.

@Merete Buljo

Chez Natixis, nous avons déjà entrepris énormément de programmes et de formations pour les collaborateurs. En plus des formations classiques, il y a pléthores de formations en ligne, présentielles, de MOOCs, ou encore d’événementiel avec les Digital Days par exemple. Tous ces formats traitent de la transformation digitale et de la transformation des collaborateurs. Nous adaptions notre organisation pour “aplatir la pyramide” et alléger la ligne managériale. Nous formons les nouveaux managers dans les nouvelles attentes. Nous investissons énormément dans la transformation interne, l’acculturation au digital, les nouveaux métiers. Il y a deux ans, lorsque l’on parlait de growth hacking dans la banque, peu de personnes savaient ce que cela voulait dire.

Il y a également de l’événementiel (via des hackathons, challenge innovation, etc.) mais il faut aussi des processus pérennes pour faire évoluer en permanence les façons de travailler des collaborateurs. On en est là aujourd’hui : et pour ça, il faut dépasser le stade du hackathon ! Mais n’oublions pas que les collaborateurs sont eux aussi acteurs du changement et acteurs de leur propre changement.

Comme Florence, je pense que si l’on veut aller plus loin, il faut tester ces initiatives pour permettre aux collaborateurs de s’essayer sur d’autres secteurs. Chez Natixis nous avons un programme d’intrapreneuriat pour incuber des “startups internes” et permettre à des personnes de sortir de leur quotidien pendant 3 mois, 6 mois, 1 an voire plus. Ils travaillent sur la création de nouveaux modèles business et l’amélioration de l’expérience client.

Si on voulait aller plus loin pour ces collaborateurs, on pourrait imaginer de créer des spin-off pour s’exercer de façon plus concrète à devenir des entrepreneurs à la tête de Fintech co-détenus avec la banque. Il y a des grandes entreprises qui font cela aujourd’hui. Et cela peut se faire via un modèle comme celui qu’a présenté Florence, soit en dépassant l’intrapreneuriat et en devenant réellement fondateur pour tester la proposition de valeur.

 

Merete Buljo, quelle est votre démarche pour faire évoluer votre propre équipe au sein de Natixis ?

@Merete Buljo

Aujourd’hui, j’encadre une soixantaine de personnes. Mes équipes sont au cœur de la transformation, notamment autour d’un LAB Digital qui s’appuie sur les nouvelles méthodes de design thinking, d’innovation et de co-création. Elles bénéficient de formations spécifiques, pour devenir des experts et soutenir le reste de l’entreprise.

Et au-delà de la formation, il faut surtout les faire pratiquer, les faire créer de nouveaux produits soit en interne, soit en partenariat avec des Fintech. Nous ne devons pas nous arrêter à une expérimentation ou un POC, nous devons aller jusqu’à l’industrialisation. Régulièrement, je fais sortir mes collaborateurs du cadre de l’entreprise pour aller voir d’autres organisations ou des startups pour s’inspirer. Mais l’essentiel est la mise en pratique !

 

Florence Karras, quelles sont selon vous les opportunités de poursuite de carrière qui s’offrent à des profils comme le vôtre, après des années au sein d’un établissement bancaire ?

@Florence Karras

J’assume ! J’ai passé 25 ans dans la banque, et dans la même entreprise. Et je suis riche de cette expérience aujourd’hui. Mais dans l’inconscient collectif et celui des acteurs de l’emploi, quand vous vous remettez sur le marché du travail entre 45 et 50 ans, en ayant travaillé dans la même entreprise pendant 25 ans, on vous regarde un peu médusé et on vous souhaite bonne chance.

Sans grande surprise, le marché du travail n’attend pas forcément les personnes qui ont atteint ce bel âge de la maturité. Nous sommes trop chers versus des plus jeunes qui ont déjà quelques années d’expérience. La deuxième réalité à laquelle nous nous confrontons, ce sont ces foutues cases. Si vous êtes CDO dans l’assurance, on vous proposera très certainement un autre poste de CDO et probablement dans l’assurance.

Cela convient à certains et pas d’autres. Personnellement, cette idée que ton futur professionnel est la projection linéaire de ton passé me semble plus que inappropriée et à contre courant du monde d’aujourd’hui où l’on est invité à sortir du cadre en permanence.

Alors la bonne nouvelle, c’est que les opportunités sont multiples ! Tout dépend de l’état d’esprit avec lequel vous abordez ce changement de cap. Les opportunités, on se les créer ; elles ne tombent pas du ciel !

Cela nécessite de s’accorder un peu de temps pour faire le point sur son parcours, ses forces, ses convictions et ce qui nous anime, le sens et les valeurs particulières que l’on a envie de donner à cette nouvelle étape professionnelle.

Pour ma part, j’ai pris le chemin un peu plus risqué de l’entrepreneuriat. La bonne nouvelle est que selon une étude publiée récemment, l’âge moyen des entrepreneurs à succès est de 45 ans ! A suivre…

 

Et pour finir, quel est votre meilleur conseil pour se forger sa propre carrière dans la finance ?

@Merete Buljo

Tout d’abord, il faut avoir un esprit ouvert. Il faut aller ailleurs, s’ouvrir, rencontrer des gens, se nourrir des échanges, etc. Evidemment on peut aussi se nourrir de tout ce que l’on peut lire aujourd’hui. Les informations en ligne ne manque pas ! Personnellement, je suis moi-même active sur les réseaux sociaux, que je prolonge par des rencontres “IRL” – In Real Life !

Dès qu’il y a des événements à organiser, j’aime bien également faire venir des artistes, des musiciens, etc. Il faut sortir de son secteur, échanger avec des personnes qui sont dans d’autres secteurs très variés : des sciences humaines, des sciences technologiques, etc. pour comprendre les tendances de la société qui est en train d’évoluer en profondeur. Nous devons être nous-même acteurs de notre évolution et de nos changements.

@Florence Karras

Le paradigme a vraiment changé. Plus que jamais il faut vivre et s’enrichir d’un maximum d’expériences et prendre plaisir à ce que l’on fait. Il faut se convaincre que tout est possible. Cela parait toujours impossible jusqu’à ce qu’on le fasse. Alors allez-y !

Il faut être curieux, il faut avoir envie d’apprendre, et ça ouvre forcément des portes.

@Merete Buljo

Il faut être acteur de sa vie, professionnelle comme personnelle !

Merete Buljo

Née en Norvège et dotée d’un double cursus universitaire en technologies et sciences humaines à Oslo et à Paris, Merete Buljo rejoint l’industrie bancaire dans les années 90, où elle exerce tous les métiers de l’informatique, de la programmation à la direction de projets. Aujourd’hui en charge de la direction Expérience client & Transformation digitale, et membre du comité exécutif de Natixis EuroTitres, elle pilote de grands programmes de transformation et d’innovation côté business. Féministe depuis l’adolescence, et engagée de longue date dans l’inclusion dans la Tech, elle fonde en 2018 les Digital Ladies & Allies, une DoTank qui œuvre pour plus de mixité dans le numérique. Merete Buljo est également Vice-Présidente de la Chambre de Commerce Franco-Norvégienne.

Florence Karras - Canopsia

Tout juste diplômée d’un DESS Banque-Finance de Paris-Dauphine, Florence rejoint BNP Paribas en 1993. Dotée d’une capacité à impulser le changement et d’une audace constante, elle relèvera des défis successifs des marchés financiers aux services à la personne, de la finance à l’assurance où elle exerça pendant 4 ans la fonction de Chief Digital Officer. Culture du risque, esprit disruptif, le courage de ses choix, la sensibilité des enjeux de société, Florence fait bouger les lignes y compris la sienne pour devenir entrepreneur en 2018. CEO de Canopsia, agence de voyage intérieur, elle accompagne les dirigeants à faire un pas de côté pour développer tout leur potentiel de leadership, devenir les leaders éveillés dont le XXIème siècle a besoin pour dessiner collectivement un futur désiré et humaniste.  

L’Assurtech a le vent en poupe : investissements, incubateurs dédiés, partenariats, etc. Et la France n’est pas en reste avec la levée de fonds remarquée d’Alan (23 millions d’euros en juin 2018) ou l’ouverture de l’accélérateur French AssurTech à Niort en début d’année.

Dès les débuts de l’Assurtech, il semble que les initiatives françaises et étrangères aient compris l’intérêt qu’elles avaient à se déployer et à trouver des synergies à l’international. La promesse d’une nouvelle assurance dépasse les frontières et se distingue probablement de sa cousine Fintech, plus sectorisée selon les territoires.

Doit-on forcément parler d’Assurtech à l’international ? Jérémy Jawish, co-fondateur et CEO de Shift Technology (parmi les 3 Fintech françaises du dernier classement 100 Fintech de KPMG) et Sébastien Loubry, Partner et Responsable Business et Communication chez AXA Venture Partners (le fonds d’investissement d’AXA, créé en 2015) prennent la parole.

Ils portent tous deux leur regard à l’international, avec des bureaux, des activités et investissements dans plusieurs grandes villes du monde. Nous avons la chance de faire parler ensemble l’une des Assurtech les plus prometteuses et un des plus grands grands fonds spécialisés en France. C’est parti !

Jérémy Jawish, pouvez-vous vous présenter ? Et présenter les derniers KPIs de Shift Technology ?

@Jérémy Jawish

Je suis Jérémy Jawish et je suis cofondateur et PDG de Shift Technology.  Shift Technology est une Assurtech, nous résolvons le problème de la détection des fraudes dans le secteur des assurances grâce à l’intelligence artificielle. Nous aidons les assureurs à détecter les demandes d’investigation potentiellement frauduleuses en appliquant nos algorithmes. Notre solution, « Force », fournit aux gestionnaires de sinistre des alertes sur ces sinistres en indiquant les informations à l’origine de la suspicion. Notre mission consiste à fournir à nos clients un outil puissant leur permettant non seulement de mieux identifier les fraudes éventuelles, mais de rendre également le processus d’enquête plus efficace.

Nous sommes très fiers et enthousiastes de la trajectoire que prend la société. Depuis notre lancement en 2014, nous avons levé plus de 40 millions de dollars, élargi notre présence à l’échelle mondiale (en ouvrant récemment de nouveaux bureaux à Boston et Tokyo), et signé de nombreux contrats avec plus de 60 assureurs en Europe, en Asie et en Amérique.

Plus récemment, nous avons annoncé un partenariat stratégique aux États-Unis avec le National Insurance Crime Bureau et nous avons signé un contrat avec HyreCar, une société innovatrice dans les secteurs du covoiturage et des assurances.

 

Sébastien Loubry, pouvez-vous vous présenter ? Et présenter les derniers investissements d’AXA Venture Partners ?

@Sébastien Loubry

Je suis Sébastien Loubry, associé au sein du fonds AXA Venture Partners depuis les débuts de l’activité, en charge du business development des sociétés de notre portefeuille et également des relations avec nos limited partners. Mon rôle consiste, une fois l’investissement réalisé, à accompagner et aider nos sociétés en portefeuille à se développer avec AXA et d’autres clients potentiels. A titre personnel, j’ai passé plus de 13 ans dans des fonctions diverses au sein du groupe AXA : direction financière et stratégique, puis marketing et communication ; fort de cette expérience et connaissance du monde AXA, je suis en mesure d’accompagner nos sociétés vers les meilleurs interlocuteurs.

AXA Venture Partners est un fonds d’investissement doté de 500 millions d’euros, lié à AXA dans son financement mais autonome dans son fonctionnement et ses prises de décision d’investissement. Avec des bureaux à San Francisco, New York, Londres, Paris et Hong Kong, nous investissons en minoritaire dans des sociétés en croissance qui opèrent dans les secteurs suivants : Assurtech et Fintech, cybersécurité, santé digitale, SaaS platforms et plus récemment HR (Human Resources) Tech. Nos récents investissements se sont faits dans le domaine de la santé digitale (K4connect, Mindoula) des HR tech (Phenom People, hackajob) et de la cybersécurité (Futurae).

Comment expliquez-vous la concentration de l’activité de l’Assurtech en Amérique du nord ?

@Sébastien Loubry

Les Américains ont très rapidement réfléchi aux impacts que pouvaient avoir certains secteurs sur l’industrie financière. A titre d’exemple, beaucoup d’acteurs dans l’Assurtech aux Etats-Unis se sont inspirés de modèles de distribution ou de parcours clients proches de ce qui se fait dans la distribution (Amazon) ou encore le digital. Lemonade ou Oscar ont principalement travaillé sur l’UX et l’expérience client, apportant ainsi une certaine nouveauté sur le marché. D’autres acteurs comme Verifly par exemple ont travaillé sur l’assurance on-demand, lié à l’usage. Anticipation des besoins, compréhension de modèles alternatifs, rapidité d’exécution sont autant de facteurs qui expliquent la concentration et la différence de rythme dans le développement des Assurtech aux US.

@Jérémy Jawish

L’Amérique du Nord et la région de Boston où se trouvent nos bureaux aux États-Unis possèdent une longue tradition de soutien aux secteurs de l’assurance et des technologies. Je pense qu’il est logique que l’on observe une synergie entre ces deux secteurs, cela crée un écosystème très favorable à l’émergence de la dynamique que vous mentionnez.

Mais, il est également important de souligner que l’Assurtech n’est pas un secteur unique et homogène. Tandis que des entreprises comme Oscar et Lemonade utilisent la technologie pour repenser les produits d’assurance, des sociétés comme Shift se servent de la technologie pour repenser et réinventer le processus d’assurance. Il y a énormément d’opportunités dans cet environnement, et je ne crois pas qu’elles soit nécessairement liées à la géographie. Au contraire, on observe un thème récurrent dans l’innovation dans l’Assurtech, que ce soit au niveau du produit ou du processus, qui est un attachement permanent à l’amélioration de l’expérience client et la suppression des sources de friction engendrées par les dynamiques actuelles du marché comme la transformation numérique.

Pour revenir à la question géographique, en particulier pour Shift, nous sommes extrêmement fiers d’être une startup française reconnue mondialement pour notre travail dans l’intelligence artificielle. Qui sait, peut-être que la prochaine grande révolution Assurtech viendra de Paris !

Anticipation des besoins, compréhension de modèles alternatifs, rapidité d’exécution sont autant de facteurs qui expliquent la concentration et la différence de rythme dans le développement des Assurtech aux US.

Sébastien Loubry

Sébastien Loubry, est-ce que l’état d’esprit des Assurtech américaines est le même que les Assurtech européennes ?

@Sébastien Loubry

Les Assurtech américaines ont probablement pour intention de décloisonner le secteur et de travailler sur l’usage et l’expérience utilisateur. L’approche américaine est très certainement plus orientée sur le client et sur son parcours d’achat, l’assurance n’étant qu’un élément secondaire. L’usage des données et la capacité à tester de nouvelles choses sont également plus développées aux Etats-Unis, facilitant ainsi l’adoption de nouveaux modèles.

 

Comment une Assurtech française peut-elle faire sa place face aux géants américains ou asiatiques ?

@Sébastien Loubry

Les Assurtech françaises ont une carte à jouer aux US, si ces dernières se concentrent notamment sur leur différenciation technologique. La Tech française est de bonne qualité et les universités françaises et grandes écoles sont à l’origine de nombreux talents en la matière. Pour gagner cette bataille, il est également nécessaire que les Assurtech françaises aillent recruter sur les fonctions sales et clients des experts issus d’autres industries dans le e-commerce, la distribution, le digital.

Jérémy Jawish, quels sont les territoires sur le globe où l’Assurtech prend de l’ampleur dernièrement ?

@Jérémy Jawish

Les Assurtech ont commencé aux Etats-Unis comme la plupart des secteurs technologiques et se sont très vite étendus à la Chine. Ce que nous vivons en ce moment est en quelque sorte le réveil de l’Europe qui a traditionnellement été le berceau de l’assurance. Une revanche que nous sommes fiers de porter chez Shift. L’aubaine pour les entreprises comme Shift qui fournissent des solutions technologiques aux assureurs est que c’est un secteur omniprésent dans notre société. Même si la consommation du produit-assurance peut changer selon les régions (par exemple l’assurance pour les accidents du travail est bien plus répandue aux États-Unis que dans les autres pays), les compagnies d’assurance opèrent dans tous les pays.

 

Comment Shift Technology a choisi d’implanter ses bureaux dans les différents pays ?

@Jérémy Jawish

Sans que cela contredise ma réponse précédente au sujet de l’universalité de l’assurance, certaines villes du monde sont réputées pour être de grands centres pour l’assurance. Pour nous, il est judicieux d’être présents dans ces écosystèmes où il y a une grande concentration de compagnies d’assurance. Singapour, Londres, Zurich, Hong Kong, Boston, Tokyo, Madrid et Paris sont toutes des pôles majeurs dans le secteur des assurances. Nous positionner à proximité de nos clients et de nos prospects est donc logiquement un élément clé de notre stratégie de croissance.

Ce que nous vivons en ce moment est en quelque sorte le réveil de l’Europe qui a traditionnellement été le berceau de l’assurance. 

Jérémy Jawish

Comment créer une vraie dynamique internationale pour accélérer les Assurtech, en faisant fi des frontières ?

@Sébastien Loubry

Il est nécessaire de ne pas opposer le monde des startups, des Assurtech et les corporates. Pour avancer et se développer, une logique de partenariat plus que d’intégration est sans doute le bon mode opératoire. Une structure comme AXA Venture Partners a les moyens à la fois de financer des Assurtech mais également de les aider à se développer avec AXA ou d’autres clients, en leur apportant de l’expertise métier, un network à l’international et une base de clients potentiels. La coopération entre grands groupes et Assurtech est nécessaire : sur le financement et sur le développement business.

@Jérémy Jawish

Je reviens encore une fois à l’idée de l’universalité de l’assurance. C’est un secteur mondial et il est prêt pour la transformation numérique. Nous apportons de nouvelles solutions extrêmement prometteuses à notre clientèle, en répondant à leur besoin d’automatiser des processus qui étaient jusqu’alors manuels et nécessitaient un travail intensif.

Plutôt que penser aux frontières, nous devons penser aux défis que les nouvelles technologies peuvent résoudre et comment nous pouvons collaborer dans ce sens .

Jeremy Jawish Shift Technology

CEO de Shift Technology, Jérémy Jawish a étudié les mathématiques à Polytechnique, où il est diplômé d’un Master en Mathématiques financières. Il a commencé à concevoir le projet Shift Technology avec son co-fondateur Eric Sibony à l’occasion d’un stage en commun chez un assureur international, où ils avaient comme mission d’améliorer les techniques de détection de fraudes. Comprenant que le secteur de l’assurance pouvait largement être disrupté, ils ont dédié les mois qui ont suivi à la Recherche et le Développement, devenant ainsi des experts des fraudes en assurance.

Sebastien Loubry AXA Venture Partners

Sébastien Loubry est l’un des associés du fonds en charge du développement d’AVP et de l’accompagnement des sociétés en portefeuille. Disposant d’une expérience de plus de 15 ans dans les services financiers, Sébastien a occupé diverses fonctions dans le courtage grands risques (Marsh) en France et à l’étranger et a rejoint AXA il y a 10 ans. Il a occupé plusieurs postes au sein de la Direction financière et stragégique puis au sein des équipes Marketing et Communication. Il a été l’un des premiers à participer au lancement d’AXA Venture Partners il y a un peu plus de 3 ans. Sébastien est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, de l’Université Paris Dauphine et de l’INSEAD Business School.