PayLead est une Fintech spécialisée dans l’analyse des données de transaction : elle permet aux banques et aux commerçants d’avoir une connaissance approfondie des préférences et des habitudes d’achat de leurs clients. Fondée en 2016 par trois co-fondateurs, Jacquelin Becheau La Fonta, Karim Bakir et Charles de Gastines, la Fintech se développe aujourd’hui sur le territoire français, avec pour ambition de devenir le leader européen.

Nous avons rencontré le co-fondateur et CEO Charles de Gastines pour qu’il nous partage la vision et les ambitions de PayLead.

PayLead en une phrase, c’est quoi ?

PayLead c’est la FinTech qui révolutionne la connaissance client grâce à l’analyse de la donnée de transaction bancaire !

 

Quelle est la culture interne chez PayLead ? Et votre motivation au quotidien ?

Notre culture repose avant tout sur trois notions qui sont fondamentales à nos yeux (ndlr : Jacquelin Becheau La Fonta, Karim Bakir, Charles de Gastines, tous trois co-fondateurs) : l’éthique, la bienveillance et l’excellence. Nous estimons depuis le début de l’aventure de PayLead, en juillet 2016, que sans ces notions il est difficile, voire impossible, d’atteindre nos ambitions, elles font intégralement parties de notre ADN.

Nous sommes très chanceux chez PayLead, nous n’avons pas une source de motivation mais plusieurs ! Ce qui nous motive chaque matin, c’est de contribuer à la révolution numérique d’un secteur qui demeure très conservateur et qui n’a plus d’autre choix que de se réinventer pour continuer à exister demain. Nous souhaitons l’aider à créer des expériences sur-mesure qui seront bien plus en phase avec les attentes des consommateurs. Notre motivation c’est aussi de travailler chaque jour à constituer une équipe talentueuse et heureuse de s’impliquer à nos côtés sur ce projet ultra innovant.

Ce qui nous motive chaque matin, c’est de contribuer à la révolution numérique d’un secteur qui demeure très conservateur et qui n’a plus d’autre choix que de se réinventer pour continuer à exister demain.

Charles de Gastines
Les trois co-fondateurs de Paylead

Aujourd’hui PayLead, c’est combien de banques et de commerçants partenaires ?

PayLead aujourd’hui c’est 6 program manager (grandes banques, FinTech et assurances) pour lesquels nous analysons les données de transaction bancaire de leurs clients et plus d’une centaine de petits et grands commerçants.

Ces chiffres vont encore beaucoup évoluer en septembre, je n’en dirai pas plus !

 

On parle déjà beaucoup des données clients et de personnalisation des offres dans le secteur bancaire : alors pourquoi, comme vous le dites, la donnée de paiement est “la prochaine révolution” ?

Parce qu’il y a quelques mois encore, cette donnée n’était pas exploitée ! La DSP2 a permis à des acteurs tiers de la traiter. Nous sommes le seul acteur aujourd’hui à avoir développé une intelligence artificielle permettant d’adresser des offres personnalisées aux clients bancaires en fonction de leurs comportements et habitudes d’achat. La révolution c’est autant l’ouverture de l’accès à cette précieuse donnée que la valeur créée grâce à son analyse : la connaissance client.

 

Vous travaillez avec 3 communautés très différentes (les banques, les consommateurs, les commerçants) en termes de volumes, d’enjeux, d’attentes, etc.: comment faites-vous pour réunir ces 3 communautés et créer un parcours fluide et compréhensible  ?

Nous sommes parvenus à créer de réelles synergies entre ces trois communautés. De prime abord, tout laisse à penser que c’est une association impossible, force est de constater que chacune peut grandement bénéficier des autres.

Les banques et les commerçants partagent un enjeu commun : améliorer significativement l’expérience de leurs clients. Les banques collectent des données puissantes, permettant de mieux comprendre les comportements et habitudes d’achat. Ces données sont la clé de voûte pour l’ensemble de ces acteurs économiques. Elles leur permettent désormais d’adresser les consommateurs de manière extrêmement personnalisée par des recommandations sur-mesure. Cela créé une véritable rupture avec les communications de mass marketing massives et intrusives qui étouffent les consommateurs depuis trop longtemps.

Elles [les données] leur permettent désormais d’adresser les consommateurs de manière extrêmement personnalisée […]. Cela créé une véritable rupture avec les communications de mass marketing massives et intrusives qui étouffent les consommateurs depuis trop longtemps.

Charles de Gastines

Quel est le meilleur conseil que l’on vous ait donné depuis le lancement de PayLead ?

« Entourez-vous des meilleurs pour ne pas avoir à leur dire quoi faire. Ce sont eux qui vous le diront. »

C’est un conseil que nous mettons toujours en application. Plus l’aventure avance, plus nous sommes reconnaissants de nous être entourés de talents experts de leurs sujets.

 

Quelles sont les Fintech qui vous impressionnent le plus ?

Nous sommes de grands fans de Pumpkin, de Lydia, de Fluo, d’Alan, de Qonto chez PayLead ! Ces FinTech et AssurTech sont de très beaux exemples de pépites françaises qui innovent et répondent parfaitement aux vrais besoins des consommateurs.

Nous collaborons étroitement avec Budget Insight avec qui nous partageons ce sentiment d’urgence qu’ont les banques à se réinventer et nous adorons leur techno !

Et enfin un acteur européen, N26 : tout simplement impressionnant !

Lorsqu’on parle “Fintech”, on pense souvent aux technologies des secteurs bancaires et assurances. Et lorsque l’on regarde les chiffres, il est vrai que ces deux domaines d’activités sont parmi les plus représentés chez les Fintech : parmi les Fintech labellisées par le pôle de compétitivité Finance Innovation entre 2015 et 2018, 60 sont classées dans la catégorie “Banque”, 57 dans la catégorie “Assurance” alors que seules 31 sont de l’Économie Sociale et Solidaire (soit moitié moins que la Banque).

Pourtant l’Économie Sociale et Solidaire attire les profils (l’ESS arrive en 3è position des secteurs préférés des prépas), fait du chiffre d’affaire (900 000 euros pour HelloAsso), et attire des donateurs plus jeunes que ce que l’on peut imaginer (½ des donateurs chez Commeon a moins de 50 ans).

Parce qu’il n’est pas toujours le plus représenté, il semble que l’on connaît mal ce secteur. Nous avons demandé à 2 Fintech de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) de faire la lumière sur leurs activités.

Thérèse Lemarchand est fondatrice et CEO de Commeon, qui donne la possibilité aux particuliers de financer des projets d’intérêt général grâce à un portefeuille de don philanthropique en ligne. Charlie Tronche, est directeur des partenariats chez HelloAsso qui propose aux associations des outils clés en main pour gérer, entre autres, leur campagnes de financement et collectes de dons.

Charlie Tronche, pouvez-vous présenter HelloAsso et vos dernières actualités ?

@Charlie Tronche

HelloAsso est une solution de paiement en ligne pour le monde associatif via le site helloasso.com et une application. On permet aux associations de gagner un temps précieux en gérant toute l’activité de paiement : cela va de la gestion des adhésions, de la billetterie en ligne pour un événement, la création d’un module de don jusqu’à la campagne de financement participatif. On met à disposition d’un public associatif très large (qui regroupe toutes les associations françaises) tous les outils qui leur permettent de gagner du temps et de tirer partie du potentiel du numérique.

Pour vous donner quelques chiffres, en mai 2018, nous avions 50 000 associations qui utilisaient notre solution de paiement et entre 1 et 1,2 million de personnes qui avaient réalisé un paiement. Depuis la création du site en 2009, les associations ont collecté 86 millions d’euros. Aujourd’hui, nous sommes 45 salariés chez HelloAsso et notre chiffre d’affaire en 2017 était de 850 000 euros. Nous avons réalisé plusieurs levées de fonds dont la dernière remonte à décembre 2017, avec un montant levé de 6 millions d’euros.

Thérèse Lemarchand, pouvez-vous présenter Commeon et vos dernières actualités ?

@Thérèse Lemarchand

Commeon est la marketplace dédiée à l’engagement philanthropique. En tant que place de marché, c’est un lieu de rencontre entre des associations, des fondations et des établissements publics qui s’engagent pour la sauvegarde du patrimoine, l’accès à l’éducation, la protection de l’environnement ou la solidarité au sens large. Ce ne sont que des structures qui agissent 100% pour le bien commun. C’est également un point de rencontre avec des donateurs (particuliers ou entreprises) qui veulent créer un monde à leur image. Et enfin, c’est un point de rencontre avec des entreprises engagées, qui ont compris que leur métier est indissociable de leur impact et qui souhaitent partager avec leurs collaborateurs et leurs clients, les causes qu’elles soutiennent, en nourrissant l’attachement à l’entreprise. On rassemble ces différentes communautés sur la plateforme, de manière à créer un effet de levier global en faveur des projets et développer la générosité en France.

Commeon, c’est une communauté de 17 000 donateurs, dont 20% ont déjà réalisé plusieurs dons. On a un très fort attachement aux projets et une fidélisation du donateur. Cette communauté est généreuse avec un don moyen de 120 euros (sur des dons allant de 1 à 20 000 euros). Le don médian est de 60 euros : la moitié des donateurs donnent 60 euros ou moins. Cela confirme que les dons se font sur un champ de profils de donateurs très larges. On a accompagné près de 500 projets depuis le lancement en 2014, tous d’intérêts généraux, et avons réalisé une collecte globale de 2,5 millions d’euros.

Charlie Tronche, Thérèse Lemarchand, présentez-vous naturellement vos startups comme des Fintech et les considérez-vous comme tel ?

@Charlie Tronche

C’est une question intéressante ! La réalité est que nous ne nous présentons pas comme une Fintech ! Si aujourd’hui, une association vient nous voir en nous demandant ce qu’est HelloAsso, nous n’allons pas nous présenter naturellement comme une Fintech, quand bien même c’est dans notre ADN.

On se présente comme une solution de paiement en ligne qui est un vrai facilitateur pour les associations. Quand on part travailler le matin chez HelloAsso, on ne se dit pas “Je travaille dans une Fintech”, on se dit “Je travaille dans une structure sociale ou une startup de l’ESS”. C’est très lié à la façon dont on envisage notre identité.

Pour les personnes avec qui nous collaborons au quotidien (les associations, leurs donateurs, etc.), la Fintech est un mot un peu abstrait. Nous avons besoin de parler le même langage et c’est une raison pour laquelle on ne se présente pas comme une Fintech.

Au final, concrètement nous sommes une Fintech car le coeur de notre activité est bien une solution de paiement et de financement en ligne. Et évidemment, dans le coeur de notre activité, la majorité de nos métiers sont des métiers de la tech pure et dure. Nous contribuons à différents événements liés aux Fintech, également à des études réalisées auprès des Fintech. Par contre, nous ne faisons pas partie de regroupements de Fintech, notre stratégie est plutôt de nous rallier à des structures de l’ESS ou à des organes associatifs qui utilisent le numérique au service de projets d’intérêt général, ce qui correspond vraiment à notre ambition.

 

@Thérèse Lemarchand

Je suis tout à fait en phase avec ce que dit Charlie : lorsque l’on s’adresse aux personnes avec qui nous travaillons au quotidien (les associations, les fondations, les établissements publics, les donateurs et les entreprises), “Fintech” n’est pas le mot que l’on met en avant. Ce qui les intéresse, c’est ce que nous faisons réellement et les services que nous leur rendons. Ils cherchent à savoir comment nous allons les accompagner pour donner de la visibilité à leur projet, comment les aider à construire des campagnes de communication, à parler à leurs donateurs, etc. Dans nos interactions, ce n’est pas la terminologie que l’on utilise.

En revanche, nous sommes concrètement une Fintech : Commeon vient de recevoir le Label Fintech ESS du pôle Finance Innovation, nous faisons également partie de Financement participatif France et de Tech in France. Ensuite, toutes ces rencontres sur Commeon se font autour d’un outil technologique et que l’on appelle le portefeuille philanthropique du donateur : c’est l’espace personnel du donateur qui rassemble une partie historique (des dons, des reçus fiscaux, etc.), une partie informative (profil personnalisé avec des recommandations de projets et le suivi des projets financés) et une tirelire de générosité. Cette tirelire de générosité est un compte de micro-épargne que le donateur peut alimenter au fur et à mesure de manière à se créer sa propre cagnotte, à gérer son budget et à attribuer des dons aux projets de son choix. Nous intégrons ce compte en ligne dans des espaces de banques en ligne et des plateformes qui travaillent avec des opérations en cash-back, afin de convertir facilement les capacités financières d’un donateur qui souhaiterait l’orienter différemment que sur une consommation pure et dure. L’aspect technologique est donc très important dans ce que nous faisons : on opère des transactions sur une plateforme qui doit être fiable.

Pour les personnes avec qui nous collaborons au quotidien, la Fintech est un mot un peu abstrait. Nous avons besoin de parler le même langage et c’est une raison pour laquelle on ne se présente pas comme une Fintech.

Charlie Tronche

Quel est votre modèle économique et votre système d’acquisition ?

@Charlie Tronche

Notre spécificité repose d’abord sur un modèle économique participatif et équitable : tous les outils et l’accompagnement proposé aux associations sont entièrement gratuits pour elles. Notre modèle propose aux personnes qui financent des projets sur la plateforme de soutenir HelloAsso en laissant un pourboire, en plus du paiement qu’ils réalisent. Cela permet d’assurer notre fonctionnement. Aujourd’hui, 6 personnes sur 10 laissent un pourboire à HelloAsso. Ce pourboire peut être de 20 centimes, 2 euros, 200 euros, 2000 euros, etc. Bien entendu, nous avons plus de pourboires de 2 euros que de 2000 euros ! Je certifie que le matin lorsque nous venons pour travailler, on se dit que nous avons la chance de pouvoir avoir ce modèle économique qui a fait ses preuves et de compter sur le choix de plusieurs centaines de milliers de personnes.

Notre système d’acquisition est à la fois le plus classique et le plus performant : c’est le bouche à oreille. Nous faisons très peu de marketing digital ou de marketing direct. Nous avons réalisé une étude il n’y a pas longtemps : 9 associations sur 10 qui s’inscrivent sur la plateforme le font suite à une recommandation d’une autre association déjà membre. Bien évidemment, la gratuité pour les associations et nos valeurs en phase avec le monde associatif aident cette recommandation. Et ils recommandent nos outils parce que la tech est performante et que les outils répondent à un besoin.

 

@Thérèse Lemarchand

Chez Commeon, on a un modèle 100% gratuit pour le donateur, qui accède à l’ensemble des services. Nous avons un business modèle mixte, basé sur une commission sur la collecte de dons. Pour les porteurs de projet, on reste sur de la collecte de dons en mécénat soit ponctuelle avec des campagnes de crowdfunding affectées à un projet, soit sur du plus long terme avec du mécénat qui vient renforcer la mission de l’entreprise de façon moins ciblée. Ces porteurs de projet nous reversent 8% des montants collectés : ce pourcentage valorise l’outil, l’accompagnement de l’équipe et la gestion transactionnelle.

Nous vendons également certains services à la demande aux structures bénéficiaires : cela peut être des développements spécifiques ou des services de conseils plus importants. Par exemple, nous accompagnons depuis plusieurs années l’Église de Saint-Germain des Prés et nous avons développé pour eux un service intégré où le donateur peut choisir sur une nef numérique une étoile de la voûte de l’Église, lui donner un nom et l’étoile s’allume. Sur la plateforme, nous construisons un écrin aux entreprises leur permettant de rassembler plusieurs projets et de développer des dispositifs collaboratifs auprès de leurs collaborateurs ou de leurs clients : cela peut être du don avec matching, du mentoring de projet, du vote participatif, des appels à projet, ou du don de don (l’entreprise offre à un collaborateur ou un client un don, qu’il retrouve dans son portefeuille philanthropique et que la personne peut ensuite attribuer au projet de son choix). Pour cela, les entreprises prennent un abonnement à la plateforme selon les services et si elles souhaitent être accompagnées sur des services d’assistance à la maîtrise d’ouvrage.

En termes d’acquisition, nous avons un modèle mixte d’acquisition pour les porteurs de projet, les donateurs et les entreprises. Il repose sur de la communication digitale, du référencement, de la participation à des événements (soit de notre initiative soit d’autres partenaires), beaucoup de recommandations également. Un quart des porteurs de projet vient de recommandation.

HelloAsso a levé plus d’un million d’euro en 2013 et 6 millions d’euros en 2017, et on a récemment entendu parler de la levée de Lita.co (plateforme européenne d’épargne durable) : pourtant vous faites presque figure d’exception sur votre marché.

Pensez-vous que le modèle des startups ESS puisse s’affranchir des financements extérieurs?

@Charlie Tronche

Je pense que oui. Aujourd’hui, l’univers des startups repose sur des modèles de financement assez classiques : tours de table, levées de fonds, etc. Je pense que les startups de l’ESS pourront demain compter sur un écosystème où elles pourront à l’amorçage bénéficier de fonds qui leur seront dédiés. Elles ne seront d’ailleurs pas obligées de se créer sous le statut de SAS. Elles pourront avoir un statut de coopératives, associatif, etc. pour avoir des fonds d’amorçage. Pour accélérer, elles auront besoin d’un écosystème mûr et qui a identifié que les startups de l’ESS sont des “chevaux” sur lesquels miser.

Je réagis aux propos de Thérèse, que je partage tout à fait : il y a besoin de “chevaux” qui ont un impact social positif. Quand nous avons fondé HelloAsso en 2009, l’écosystème n’était pas assez mature et nous participons à son développement avec des événements comme le French Impact, France Eco Sociale Tech que nous avons co-fondé avec Simplon, et avec des plaidoyers que l’on porte à travers des actions comme la Social Good Week pour créer un pont entre le numérique et l’ESS. Aujourd’hui, ce pont est en train de se structurer et on espère que demain les financements extérieurs seront de bons moyens de s’amorcer et de passer à l’échelle mais surtout qu’ils permettront de faire émerger de nouveaux modèles. Chez HelloAsso, on est aussi la preuve que de nouveaux modèles peuvent émerger. Donc j’espère que les fintech de l’ESS pourront s’y soustraire.

Je pense que les startups de l’ESS pourront demain compter sur un écosystème où elles pourront à l’amorçage bénéficier de fonds qui leur seront dédiés. Elles ne seront d’ailleurs pas obligées de se créer sous le statut de SAS. Elles pourront avoir un statut de coopératives, associatif, etc. pour avoir des fonds d’amorçage.

Charlie Tronche

Thérèse Lemarchand, quels sont les retours de vos donateurs sur ces nouvelles façons de financer les projets ?  

Les profils des donateurs ont-ils évolué avec les nouveaux usages que vous proposez chez Commeon?

@Thérèse Lemarchand


Les donateurs se disent très fiers de participer à des projets qui leurs sont rendus accessibles. On a souvent ce genre de verbatims de personnes qui nous remercient de leur donner la possibilité de participer à de très beaux projets. Ils apprécient la facilité d’action et l’ergonomie de Commeon. Ils ont une exigence très forte sur le suivi des projets, la transparence des informations qui leurs sont adressées tout au long de la vie des projets.

Avec les retours des donateurs, on sent qu’une nouvelle page s’ouvre dans le mécénat et la culture du don : avec à la fois beaucoup plus de simplicité, de spontanéité et d’accessibilité et à la fois une exigence très forte sur l’ergonomie qui permet cette spontanéité et le retour d’informations.

L’âge médian du donateur en France est de 70 ans. Chez Commeon, notre donateur a un âge médian de 50 ans. On observe un vrai rajeunissement des donateurs. Les dons vont de 1 euro à 20 000 euros donc en termes de profils, cela peut être très différent. Nous touchons donc un vaste éventail de catégories socio-professionnelles. On est quasiment à parité hommes-femmes et on a une répartition sur le territoire proportionnelle aux bassins de population (avec par exemple une sur-représentation de l’Ile-de-France). On a une générosité à multiples visages.

On sent qu’une nouvelle page s’ouvre dans le mécénat et la culture du don : avec à la fois beaucoup plus de simplicité, de spontanéité et d’accessibilité et à la fois une exigence très forte sur l’ergonomie qui permet cette spontanéité et le retour d’informations.

Thérèse Lemarchand

Quels sont les profils que vous recrutez chez HelloAsso et Commeon et quelles sont vos prochaines étapes ?

@Thérèse Lemarchand

Nos métiers sont ceux de la technologie, de la vente, du marketing, de la communication et du conseil. Nous avons en conséquence des profils d’écoles de commerce, de communication et des profils techniques. Ce qui est important en revanche, c’est une très grande ouverture d’esprit, car nous sommes sur des projets très globaux : les personnes doivent s’intéresser aux sujets de société, aux besoins des entreprises, à la compréhension des comportements sur internet, etc. Dans chaque secteur (l’environnement, la solidarité, etc.), chacun a ses enjeux et ses modes de fonctionnements, on a donc besoin d’une grande curiosité dans tous les profils que nous recrutons. La bienveillance est également essentielle car nous collaborons avec beaucoup de profils différents.

Nos prochaines étapes sont essentiellement autour de la valorisation du donateur avec un développement produit important via le portefeuille philanthropique. Nous travaillons sur une expérience gamifiée : on a par exemple accompagné un hackathon autour de la gamification du don avec la Fondation EDF. On se penche aussi sur toute la proposition de valeur pour les entreprises avec leurs collaborateurs ou leurs clients.

 

@Charlie Tronche

L’ADN que nous partageons tous chez HelloAsso, c’est que nous sommes tous des militants du modèle associatif. Nous sommes tous investis dans des associations, qui peuvent aller du club de sport à des associations plus militantes. On recrute des personnes qui sont convaincues des valeurs de collectif, de solidarité, d’engagement et qui ont cette fibre alternative. Ces personnes ont la conviction qu’il existe un modèle d’économie classique dans lequel on vit et un autre modèle d’organisation de la société et de création du lien social porté par le monde associatif. Elles veulent que ce soit une réalité de leur métier.

Une fois qu’on est d’accord sur ces valeurs, on recherche des profils très pointus dans leurs domaines, avec des points d’attention : à quel point la personne que l’on recrute maîtrise le profil des associations et leurs modes de fonctionnement. Elles ne doivent pas nécessairement être expertes de nos outils mais expertes du monde associatif pour parler le même langage. On recherche aussi des personnes qui sont à la pointe de ce qui se fait aujourd’hui en matière de tech et qui peuvent anticiper ce qui se fera demain.

On se concentre sur trois grands projets en ce moment : premièrement, on se demande comment faire pour que n’importe quel projet associatif gagne du temps dans ses paiements en ligne. Cela nous demande d’étoffer notre site internet, notre application mobile.

Le deuxième projet pour nous est de savoir comment faire lorsqu’une association a différents besoins de gains de temps sur différentes activités qu’elle gère, pour qu’elle trouve toujours une réponse sur la plateforme HelloAsso. Cela implique de diversifier les outils : au départ, nous n’avions que l’outil de “Dons en ligne” et on s’est aperçu que des associations utilisaient cet outil pour gérer des adhésions. Ensuite, une fois qu’on avait développé l’outil d’adhésion, les associations l’utilisaient pour la billetterie. Et là, on s’aperçoit que la billetterie est utilisée pour faire de la vente en ligne ! On co-construit avec les associations en fonction de leurs besoins et si possible on essaye d’avoir un coup d’avance sur leurs besoins.

Le troisième point concerne notre volet d’accompagnement et de formation des associations au numérique : aujourd’hui, comment faire, au-delà de la digitalisation des outils, pour s’assurer que les associations maîtrisent le numérique ? C’est un vaste sujet, on a beaucoup d’efforts à faire sur la formation des publics associatifs, en collaboration avec les acteurs d’accompagnement locaux. Nous formons les acteur de l’accompagnement associatif  à l’occasion d’événements et nous sommes en train de structurer un réseau de coordination territorial appelé Point d’Appui au Numérique Associatif (PANA), avec nos partenaires, La Fonda et Le Mouvement Associatif, qui va être en mesure d’assurer la transition numérique sur les territoires. C’est assez particulier pour une startup qui vient de réaliser une levée de fonds : en général, la trajectoire classique est plutôt de s’internationaliser. Nous prenons le pari de nous territorialiser pour allier l’écosystème associatif en France et être en appui pour permettre à chacun d’en tirer profit.

C’est assez particulier pour une startup qui vient de réaliser une levée de fonds : en général, la trajectoire classique est plutôt de s’internationaliser. Nous prenons le pari de nous territorialiser pour allier l’écosystème associatif en France et être en appui pour permettre à chacun d’en tirer profit.

Charlie Tronche

En quelques mots, à quoi ressemblera l’Economie Sociale et Solidaire dans 5 ans ?

@Thérèse Lemarchand

J’aimerais bien avoir une baguette magique pour le dire ! Ce que je trouve extrêmement intéressant, c’est que je pense que l’ESS sera un secteur beaucoup moins cloisonné qu’il ne l’est aujourd’hui. Avec les discussions autour de la loi PACTE, on voit que les sujets de l’ESS vont devenir de plus en plus partagés, dont la responsabilité ne sera pas seulement portée par des acteurs certifiés ESS, ou avec un label “Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale” (ESUS) mais par tous types d’opérateurs économiques. Je pense que les frontières vont se flouter.

On est aujourd’hui dans une époque très philanthropique : une entreprise ou une personne morale doit non seulement limiter son impact négatif (ce qui se faisait surtout dans le passé) mais aussi créer de la valeur positive.

 

@Charlie Tronche

Je vais dans le sens de Thérèse et je vais être encore plus provocateur : pour moi, il n’y aura rien d’ESS parce que tout sera ESS. Aujourd’hui, il y a une vision sectorielle de l’ESS : je pense que lorsqu’on demande à une association dans quel monde elle vit, elle ne répond pas qu’elle vit dans le monde de l’ESS mais dans celui de la société. Souvent, “ESS = entrepreneuriat social”. La réalité est que l’association fait de l’ESS. Finalement, on n’a pas une image très précise de ce que cela représente et les gens ne voient pas à quel point aujourd’hui l’ESS est un poids lourd en France. C’est énorme d’un point de vue économique et encore plus énorme en termes de création de lien social.

Quand je dis que rien ne sera ESS parce que tout sera ESS, c’est qu’aujourd’hui nous n’avons plus la marge de manoeuvre de nous demander si dans notre secteur d’activité, nous souhaitons ou non avoir un impact positif sur la société. A mon avis,

cette question se pose parce qu’il y a eu trop de dérives, avec des enjeux globaux qui amènent chacun à se responsabiliser. Il faut que tout le monde ait une part ESS et un ADN ESS dans son activité. Cela passe par une prise de conscience et la construction d’écosystèmes viables, qui font la preuve de leur concept et qui viennent de l’ESS et de la tech. Ils permettent quelque chose de plus ambitieux et de plus global.

Je pense que l’ESS sera un secteur beaucoup moins cloisonné qu’il ne l’est aujourd’hui.  Les sujets de l’ESS vont devenir de plus en plus partagés […] la responsabilité ne sera pas seulement portée par des acteurs certifiés ESS, ou avec un label “Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale” (ESUS) mais par tous types d’opérateurs économiques. 

Thérèse Lemarchand

Thérèse Lemarchand (Fondatrice et CEO Commeon)

Présidente et fondatrice de Commeon, Thérèse Lemarchand a un double parcours dans l’industrie et la culture. Ingénieur civil de l’École Nationale des Ponts et Chaussées, ses 10 ans dans l’ingénierie et en gestion de grands comptes chez EDF ont été rythmés par 2 périodes d’activité dans l’art contemporain, pour Opéra Gallery à Singapour en 1999-2000, puis de 2002 à 2006 pour contribuer au lancement d’Enviedart.com (une des premières galeries d’art contemporain en ligne), et à la direction opérationnelle et commerciale de la galerie Arcturus. Passionnée d’art contemporain, convaincue de l’importance la philanthropie dans la construction individuelle et collective, et frappée par l’émergence des nouvelles formes de mobilisation participative, elle créé en 2013 Culture Time qui devient Commeon en 2016, pour développer le mécénat participatif.

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Charlie Tronche - Directeur des partenariats HelloAsso
Diplômé de Sciences po Bordeaux et après un crochet par l’univers des agences de communication parisiennes, Charlie Tronche rejoint l’équipe HelloAsso en 2015.
En tant que Directeur de la communication et des partenariats, il est en charge du déploiement des partenariats dans l’écosystème associatif et du développement du programme de formation au numérique du secteur associatif labellisé PANA (Point d’Appui au Numérique Associatif) depuis 2018.
Fin 2016, Fortia faisait partie de la première promotion de Fintech accompagnée par Fintech Accelerator de L’Atelier BNP Paribas. En 2018, la Regtech Fortia est désormais en pleine croissance et a décidé d’accueillir à son tour un accélérateur dans ses locaux parisiens.

Nous avons rencontré Reda Bouakel, Fondateur et Directeur Général de Fortia, ancien Directeur général de la filiale française d’un groupe Américain d’édition de logiciel

Reda Bouakel, CEO Fortia

Rencontre avec Reda Bouakel

Fortia

Reda Bouakel : Fortia est une Regtech proposant une plateforme logicielle qui permet d’automatiser tous les processus de conformité auxquels sont confrontées les entreprises. Nos clients sont des institutions financières à l’image de BP2S, ICBC, La Financière d’Uzes, SwissLife, Cogefi, etc. En 2018, nous avons déjà sécurisé 10 millions d’euros de chiffres d’affaires et finalisons actuellement des négociations contractuelles avec de grandes banques européennes et américaines.

Fortia est aujourd’hui en très forte croissance : parmi nos derniers succès figure la signature d’un contrat majeur avec BNP Paribas Asset Management pour le déploiement d’une plateforme de gestion du cycle de vie des produits et d’intelligence collaborative.  L’objectif du projet est de réduire les délais de mise sur le marché des produits dans le respect des standards de qualité et des exigences des clients de BNPP Asset Management.

La seconde phase de ce projet consiste, grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle, à accélérer et sécuriser la création de nouveaux fonds. Chez les Asset Managers, la création d’un fonds est un processus long et coûteux. Avec l’intelligence artificielle, nous allons automatiser ce processus et sécuriser ses différentes étapes.

En 2018, nous avons déjà sécurisé 10 millions de chiffres d’affaires.

Reda Bouakel

La culture Fortia

Reda Bouakel : Nous avons une politique salariale qui est globalement très incitative, c’est pour cela que les collaborateurs chez Fortia sont fidèles à la société. Nous avons également une culture du partage : les salariés se verront distribuer une part des résultats de la société. Le bénéfice est pour tout le monde et nos collaborateurs nous le rendent bien.

L'équipe de Fortia

Fortia à la conquête du marché américain

Reda Bouakel : 50% de nos contacts commerciaux proviennent des Etats-Unis, alors que nous n’y sommes pas présents. C’est ce qui nous a décidé à ouvrir prochainement une filiale à New-York et une succursale à Boston, les deux principaux pôles financiers du pays. Fortia garde son siège à Paris mais déléguera sur place des cadres de la société dont un co-fondateur de Fortia. Cette volonté de s’implanter aux Etats-Unis s’explique par la nécessité d’établir des relations de proximité avec nos clients américains et par la taille et le  dynamisme de ce marché.

Nous avons la chance de travailler sur des marchés avec des besoins métiers relativement proches. Nos logiciels peuvent tout à fait faire face aux besoins de sociétés américaines.

Fortia Accelerator :

La genèse

Reda Bouakel : Nos locaux sont situés dans le 8ème arrondissement de Paris dans lesquels nous avons libéré un espace pouvant accueillir 2 startups qui pourront bénéficier de de notre appui et de nos expériences, pour une dizaine de places au total.

Nous sélectionnerons des startups avec des projets dans lesquels nous croyons vraiment. Les startups peuvent encore candidater jusqu’au 20 septembre prochain. L’accélérateur ouvrira ses portes le 15 octobre 2018.

Nous ne sommes pas dans une démarche d’acquisition mais vraiment dans une volonté d’accompagnement. Fortia a elle-même été accompagnée de manière gracieuse par l’incubateur de BNP Paribas. A notre tour, nous voulons aider des startups à émerger.

Au terme de la phase d’accélération, nous serons bien sûr ouverts à des collaborations et des partenariats avec ces startups mais cela ne conditionne pas l’accès à l’accélérateur.

Fortia a elle-même été accompagnée de manière gracieuse par l’incubateur de BNP Paribas. A notre tour, nous voulons aider des startups à émerger.

Reda Bouakel
Fortia

L’expérience d’une Regtech au service des futures pépites

Reda Bouakel : On s’appuie sur notre propre expérience. Le programme que nous allons proposer aux startups sera flexible et nous l’adapterons en cours d’accélération, en fonction de leurs besoins.

La durée d’accompagnement

Reda Bouakel : L’accompagnement durera 6 mois. C’est un programme d’accélération, qui reste court mais suffisant pour savoir si le projet va aboutir ou non. Ces 6 mois permettront de réaliser un premier prototype, d’aller le présenter à des clients et d’avoir des premiers retours.

C’est un programme d’accélération, qui reste court mais suffisant pour savoir si le projet va aboutir ou non. Ces 6 mois permettront de réaliser un premier prototype, d’aller le présenter à des clients, et d’avoir des premiers retours.

Reda Bouakel

L’accompagnement humain et d’expertise des startups

Reda Bouakel : Les startups bénéficieront d’un accompagnement technologique grâce au soutien de notre équipe de 14 data-scientist. Chaque startup aura un data-scientists en mentoring, avec des réunions hebdomadaires.

Nous avons également des experts en architecture logicielle qui peuvent les accompagner. L’architecture d’un logiciel est extrêmement importante et toutes les fonctionnalités qui sont développées par la suite dépendent de la qualité de l’architecture.

En plus, les startups sélectionnées auront accès à des conseils juridiques de notre département légal.

L’objectif est également de les faire profiter de notre réseau : clients, partenaires, prescripteurs, etc.

Fortia

La sélection des startups Regtech

Reda BouakelNous nous intéresserons aux projets mais également aux porteurs des projets. Nous serions ravis de faire de belles rencontres et  participer à faire émerger des startups.

L’accompagnement aux problématiques de financement

Reda Bouakel : Notre département Financier pourra les aider à constituer un dossier de demande de financement tant auprès d’établissements bancaires que de fonds d’investissements.

Fortia est également prêt à investir sur des technologies complémentaires à celles que nous utilisons déjà.

Fintech est la contraction des mots finance et technologie, mais savez-vous qui est à l’origine du mot fintech ?
Si le terme Fintech envahit aujourd’hui les rubriques des journaux et nos fils d’actualité, il date lui de beaucoup plus loin.

La Fintech, c’est le clin d’oeil de modernité du XXème siècle au XXIème siècle !

Il faut remonter en 1972, il y a 46 ans, pour retrouver la première utilisation du mot Fintech, dans les pages de la publication professionnelle Interfaces (qui existe d’ailleurs toujours aujourd’hui), et qui s’intéresse à la recherche des sciences de la gestion. L’article s’intitule “Fintech : une série de 40 modèles à temps partagé utilisés à la Manufacturers Hanover Trust Company”.

Merci Abraham Leon Bettinger !

On doit l’invention de ce terme à Abraham Leon Bettinger, alors Vice-Président de la banque américaine Manufacturers Hanover Trust (créée en 1961 par fusion et dissoute en 1992). Il évoque le département de recherche de l’entreprise qui a développé une centaine de modèles, dont 40 qu’il regroupe sous la catégorie “Fintech”. Abraham Leon Bettinger utilise cet acronyme pour décrire : “les technologies combinant l’expertise bancaire avec les techniques scientifiques modernes de gestion et l’informatique”. Même si les technologies, l’informatique et les structures qui les gèrent ont depuis bien évolué, le sens est là.

Origine du mot fintech

Ces quatre dernières années, le département de recherche de la Manufacturers Hanover Trust Company a développé environ cent modèles qui sont couramment utilisés aujourd’hui par la banque. Un groupe de 40 d’entre eux se distingue des autres, que nous désignons sous le nom de FINTECH.

Publication Interfaces, août 1972, “Fintech : une série de 40 modèles à temps partagé utilisés à la Manufacturers Hanover Trust Company »

En 1972, Abraham Leon Bettinger a fondé ce terme partant de solides observations et l’analyse des pratiques concrètes. Il semble que par la suite, le mot “fintech” n’ait pas trouvé preneur, jusqu’à sa médiatisation croissante dans les années 2000.

La fintech, devenue grand public ?

Son sens aujourd’hui est plutôt conceptuel et structurant, désignant toutes les startups et autres entreprises innovantes du secteur financier.
« 2015 est l’année où la Fintech est devenue grand public » d’après le cabinet KPMG. Il faut dire que 47 milliards de dollars ont été levés cette année là dans le secteur, une percée significative.
Mais ne nous emballons pas ! Bien que le terme “fintech” est dans l’usage courant pour les startups et les industries financières, seulement 15% des Français en comprennent “ à peu près” le sens, selon l’étude du cabinet Deloitte, en avril 2018 “ Les Français et les nouveaux services financiers”. Ils sont encore beaucoup à penser qu’il s’agit d’une pratique de fitness…

Le cabinet d’audit et de conseil KPMG a présenté en juin 2018 la 12ème édition de l’étude « Dédiée pour la transparence », qui décrypte la commission financière de 17 principaux groupes bancaires dans 8 pays européens.

Pour la première fois dans ce rapport, la question du positionnement entre les banques et les FinTech est traité.

Les plans de transformation engagés par les banques s’avèrent fructueux si on s’appuie sur le résultat net cumulé de celles-ci, en progression de 35% par rapport à 2016.  Labs internes, incubateurs, création de fonds d’investissement, chaque banque développe sa stratégie pour mener à bien sa transformation digitale.

Parallèlement, les FinTech sont en mode croissance accélérée. Plus de 60 financements de FinTech ont été réalisés en France en 2017 pour un total de 318 millions d’euros, soit une croissance de 84 % par rapport à 2016 !

La collaboration entre banques et FinTech est enclenchée depuis quelques années. L’acquisition de FinTech comme réponse à des problématiques de “Time to Market” est également une des stratégies des établissements bancaires. À titre d’exemple parmi bien d’autres : Le pot commun et Leetchi pour BPCE et Crédit Mutuel Arkea, Le Compte Nickel pour BNP Paribas.

Alors, amies ou ennemies ? Nous avons invité deux personnalités très engagées dans leur entreprise pour échanger sur le sujet. Amine Hebri, CEO d’‘Avanseo spécialisé dans le crédit de trésorerie pour les TPE et Ludovic Favarette, Directeur RH, innovation et transformation de la BPACA (Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique).

 

Amine Hebri, Pouvez-vous présenter Avanseo ?

@Amine Hebri

Avanseo est une marketplace de financement et une technologie de scoring qui permet aux Très Petites Entreprises (TPE) d’améliorer significativement leur accès au financement de l’activité courante (financement et crédit de trésorerie) et à des investisseurs de prêter à des TPE contre un rendement attractif et un risque mieux maîtrisé.

Le processus de souscription d’un prêt se fait en 5 minutes seulement, et ne requiert aucune garantie de la part des dirigeants. En s’appuyant sur le big data et l’intelligence artificielle, et grâce aux algorithmes d’apprentissage et d’automatisation, Avanseo élimine la complexité du processus de prêt en rendant au dirigeant d’une TPE une réponse ferme en 2 heures et en octroyant un financement en 24 heures seulement.

Les TPE ont ainsi accès à un financement plus rapidement et plus facilement car leur évaluation de crédit est plus rapide, plus précise et plus juste. Les investisseurs accèdent quant à eux à un investissement au profil de risque mieux maîtrisé qu’avec les scoring bancaires classiques, et donc par conséquent plus profitable.

 

Ludovic Favarette, pouvez-vous présenter BPACA ?

@Ludovic Favarette

La Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique est une banque coopérative, comme toutes les Banques Populaires. Nous sommes implantés sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine. Sur ce territoire, nous sommes la première banque qui accompagne les PME, les commerçants, les créations d’entreprise et les initiatives d’entrepreneurs, sur l’ensemble de leurs besoins. Notre objectif est de toujours assurer leur satisfaction.

Pour résumer, nous sommes une banque régionale, une banque coopérative et une banque tournée vers les entrepreneurs.

 

Amine Hebri, Ludovic Favarette, on imagine que la réponse à la question “Banques traditionnelles et FinTech : amies ou ennemies ?” demande un peu de nuance. Qu’en pensez-vous ?

@Amine Hebri

Revenir à la définition même des mots “Ami” et “Ennemi” aide beaucoup à mieux qualifier les rapports entre les banques et les Fintech. Un ami est “une personne disposée à de la sympathie envers une autre et les banques traditionnelles sont en effet les amis des Fintech au sens où elles ont de la sympathie et adhèrent souvent à la vision qu’impulsent les Fintech sur ce que seront les produits et services bancaires de demain. Dans les faits, les Fintech lancent souvent des produits qui sont le fruit de processus itératifs qui identifient un besoin client que les banques traditionnelles ne satisfont pas. Par essence, ces processus itératifs qui servent à la construction de nouvelles offres, ne débouchent sur des produits et services pertinents que lorsqu’ils se basent sur peu de prémisses et laissent de côté les contraintes réglementaires et legs techniques (IT) et organisationnels des banques traditionnelles. Par conséquent, très souvent la formule gagnante n’est pas de se demander ce que l’on pourrait faire avec ce que l’on a ; il faut se demander ce que l’on peut faire tout court.

La meilleure façon de savoir où va le monde est de s’efforcer de partir d’une page blanche : or les banques traditionnelles ne peuvent jamais vraiment partir d’une page blanche alors que les Fintech, elles, excellent dans cet exercice. A cet égard, et ironie du sort, les Fintech aident souvent involontairement les banques traditionnelles à mieux comprendre leurs propres clients et leurs attentes, en menant pour elles les itérations nécessaires (et parfois périlleuses !) à la conception de nouvelles offres. C’est d’ailleurs lorsqu’une Fintech passe de la phase de conception et de mise au point d’une nouvelle offre à son industrialisation que peuvent apparaître les antagonismes entre elles et les banques traditionnelles.

C’est d’ailleurs lorsqu’une Fintech passe de la phase de conception et de mise au point d’une nouvelle offre à son industrialisation que peuvent apparaître les antagonismes entre elles et les banques traditionnelles.

Amine Hebri

Par définition, les Fintech sont des nouveaux entrants qui proposent soit un produit qui vient se positionner dans un nouveau gisement de PNB que les banques n’exploitaient pas jusqu’alors et vient ainsi préempter aux acteurs établis une poche de croissance potentielle ;

soit un produit meilleur et moins cher que ce que les banques traditionnelles proposent sur un marché existant (ce qui l’on qualifie de produit disruptif). Ça a été le cas d’Uber avec les taxis.

In fine, et quel que soit le cas de figure évoqué précédemment, en industrialisant et scalant leurs offres, les Fintech viennent disputer aux banques traditionnelles de la croissance sur de nouveaux segments, ou bien des parts de marché sur leurs bastions historiques et de la marge de rentabilité.

Et c’est à ce moment précis qu’elles peuvent être perçues comme des ennemis.

@Ludovic Favarette

Je suis assez en phase avec les premières idées d’Amine.

Pour moi les Fintech sont à la fois : des concurrentes, des sources d’inspiration et également des partenaires. La posture que nous prenons auprès des Fintech est souvent influencée par l’ouverture des dirigeants des banques et des dirigeants des Fintech qui vont se croiser, échanger et capitaliser autour d’un intérêt commun.

Je pense qu’il faut prendre le temps d’apprendre à se connaître. Et très vite nous pouvons trouver des sujets de développement en commun. Pour une banque, il est clair qu’une Fintech est une source de fraîcheur, une source d’idées. C’est aussi le moyen de tester et d’expérimenter des choses nouvelles qui ont été initiées à partir d’une feuille blanche par les Fintech, qui ont pris le risque. Les Fintech peuvent en quelques sortes être considérées comme de la R&D externalisée. Je trouve que cela est quelque chose d’assez novateur dans le paysage.

Les Fintech peuvent en quelques sortes être considérées comme de la R&D externalisée. Je trouve que cela est quelque chose d’assez novateur dans le paysage.

Ludovic Favarette

Pour les Fintech, les banques peuvent être des partenaires solides pour initier des phases de développement. A la BPACA, je trouve que nous avons la taille idéale pour travailler avec des Fintech [ndlr : 2150 collaborateurs] : notre entreprise ne correspond pas aux standards des très grandes entreprises avec des processus très longs et complexes. Mais on a tout de même une assise importante avec plus de 600 000 clients, ce qui permet de tester à une échelle pré-industrielle. Cela permet de vraies inspirations et de vrais partenariats, et ce sont des choses qui nous plaisent.

Lorsque l’on travaille avec une banque comme la nôtre, la Banque Populaire, si on arrive à monter une expérimentation qui marche, le passage à l’échelle nationale est intéressant car nous sommes adossés au Groupe BPCE, avec potentiellement 30 millions de clients que l’on peut adresser.

Donc, je suis plutôt d’accord sur l’idée des banques et Fintech comme “amies”. Je vois moins au quotidien le côté “ennemies” : cela dépend vraiment de la position que prennent les dirigeants dans leur modèle de développement.

 

Amine Hebri, Ludovic Favarette, comment les établissements bancaires et les FinTech travaillent ensemble concrètement ?

@Ludovic Favarette

D’expérience, je trouve que cela peut prendre 2 formes : la forme que je préfère, c’est le contact que l’on peut initier par relation, par recherche, sur un Salon, etc. On va pouvoir partager notre vision sur un sujet et tester une expérimentation en local chez nous. Cela nous permet d’écrire un bout d’histoire et de maîtriser ensemble un projet de A à Z. En travaillant avec une entreprise innovante à la BPACA, nous pouvons la partager avec tout notre réseau. Mon expérience me fait dire que cela écrit à la fois des histoires d’ouverture sur le monde des Fintech, mais aussi des histoires qui commercialement rapportent de l’argent aux Fintech et à nous-aussi.

La deuxième forme de travail entre Fintech et banques, c’est de sourcer des idées en interne : dans nos réseaux de partenaires et nos réseaux locaux, nous identifions des entreprises innovantes qui ont des idées disruptives dans lesquelles on croit. Nous les présentons au Groupe BPCE, qui va travailler sur la mise en relation industrielle dans les équipes 89c3 (l’équipe qui s’occupe chez BPCE de toute la transformation digitale) et BPCE, pour ensuite proposer un développement sur l’ensemble du réseau Banque Populaire et Caisse d’Epargne.

J’ai aussi un rôle de Digital Champion auprès de la BPACA ce qui me permet d’être un relai de 89c3 en Nouvelle-Aquitaine pour la Banque Populaire. Ma mission est à la fois de remonter de l’information et des contacts et de tester des innovations en local avec des startups pour développer des projets en toute agilité.

A propos de la temporalité de ces partenariats, c’est difficile à dire de manière générale. Avec la dernière entreprise innovante avec laquelle nous avons travaillé, entre le moment où nous avons fait le premier rendez-vous de prise de contact et le moment où nous avons vendu le premier contrat en test, il s’est écoulé 5 mois. Pour avoir travaillé dans plusieurs banques et entreprises et connaître leurs échelles de temps, 5 mois reste un temps très court.

@Amine Hebri

Dans le cas d’Avanseo, l’entreprise a été rapidement repérée par 2-3 banques traditionnelles françaises et quelques banques internationales. Société Générale et BNP Paribas font par exemple partie de ces banques et elles étaient organisées à peu près de la même manière. Leur sourcing était fait depuis leur cellule Innovation à travers des veilles presse, des concours, des incubateurs, etc. Ou bien l’existence d’Avanseo a été signalée par les équipes métiers (Crédit aux professionnels) qui ont fait part aux départements Innovation de leur envie de nous rencontrer. Les rendez-vous ont toujours été organisés par les équipes Innovation, conjointement aux équipes métiers (département banque de détail / crédit aux professionnels) afin de bien comprendre comment Avanseo se positionne sur le marché du prêt, qu’est-ce nous faisons, comment l’entreprise opère et se différentie par rapport à une banque traditionnelle.

La prise de contact et les rendez-vous sont assez rapides à organiser (moins d’un mois). Les banques sont d’habitude très au fait de leurs besoins en interne et de leurs leviers d’améliorations – ce que j’appelle “l’expression du besoin”. Je trouve qu’elles ont fait un travail considérable depuis 4-5 ans et qu’elles connaissent leurs faiblesses et les points sur lesquelles elles ont besoin de se renforcer. Après avoir passé en revue de potentielles synergies (commerciales, opérationnelles, technologiques) entre les besoins des banques traditionnelles et les forces de la Fintech, vient la phase “d’actionnabilité” et d’implémentation des synergies. Cette phase s’avère beaucoup plus complexe dans les faits et les banques n’ont pas encore été assez habituées à travailler avec des Fintech jusque-là. Mon estimation est qu’il faut bien 1 an pour déboucher sur un partenariat concret.

@Ludovic Favarette

Dans le Groupe BPCE, dans la phase d’actionnabilité, je trouve que nous avons un avantage: c’est cette structure coopérative avec les équipes 89c3. L’avantage de notre présence avec des relais sur le territoire est de tester en local et de prouver que l’expérimentation a de la valeur (allant jusqu’à la commercialisation clients sur des délais courts de 5-6 mois). Une fois que l’on a prouvé cette valeur avec les équipes en local, cela permet d’accélérer l’actionnabilité au niveau national grâce à la force du groupe et aux équipes 89C3.

L’avantage de notre présence avec des relais sur le territoire est de tester en local et de prouver que l’expérimentation a de la valeur (allant jusqu’à la commercialisation clients sur des délais courts de 5-6 mois). Une fois que l’on a prouvé cette valeur avec les équipes en local, cela permet d’accélérer l’actionnabilité au niveau national.

Ludovic Favarette

@Amine Hebri

Je suis tout à fait d’accord, et c’est quelque chose que l’on ne m’a jamais proposé chez Avanseo. Très sincèrement, j’ai toujours trouvé que les projets qui m’étaient présentés étaient surdimensionnés par rapport aux ressources et aux capacités qu’on avait en interne. Cela impliquait des POC qui nous auraient tous mis à temps plein sur ces projets.

Mon métier premier n’est pas de faire des synergies avec les banques. Mon métier est de faire avancer mon business, ma technologie, de faire de la production de crédit moi-même. Donc laisser complètement de côté ces activités là pour implémenter des synergies avec des banques sur un POC ne faisait pas sens.

Très sincèrement, j’ai toujours trouvé que les projets qui m’étaient présentés étaient surdimensionnés par rapport aux ressources et aux capacités qu’on avait en interne. Cela impliquait des POC qui nous auraient tous mis à temps plein sur ces projets.

Amine Hebri

Quand le modèle économique des banques est challengé frontalement par des FinTech (spécialisées par exemple dans le crédit et l’assurance), sont-elles dans les mêmes dispositions de collaboration, voire de réflexion ?

@Ludovic Favarette

Que ce soit des Fintech, des néo-banques ou des banques plus classiques, je ne considère pas – et je pense que c’est la même chose pour tous les dirigeants de la BPACA – que la concurrence est quelque chose de dommageable. La concurrence ne nous fait pas peur, au contraire : la concurrence est une extraordinaire source d’inspiration et de motivation. C’est une source d’amélioration pour nos parcours clients, pour notre connaissance de la technologie, pour les offres et la qualité de services pour nos clients, etc.

La concurrence peut être frontale avec les Fintech, mais comme elle peut l’être avec nos concurrents traditionnels. Être en concurrence avec des Fintech ne veut pas dire être des “ennemis”. De la concurrence, peuvent naître des partenariats et de belles histoires.

On s’inspire des Fintech car on se dit que si on veut rester dans le jeu, il faut que l’on s’aligne et que l’on propose des solutions qui proposent des standards de service. Je trouve que l’ensemble est plutôt sain pour nos métiers et nos clients.

@Amine Hebri

Je suis assez d’accord ! Je pense qu’un certain nombre de banques traditionnelles ont compris que ce n’était pas la meilleure idée ou la meilleure innovation qui l’emporte mais celle qui se propage vite, portée par le meilleur modèle de distribution.

Sur ce constat, nous posons la questions aux banques traditionnelles  : est-ce vraiment les Fintech qui “challengent frontalement” votre modèle ou d’autres acteurs qui, comme vous, possèdent des réseaux de distributions efficaces et étendus et qui seraient tentés d’investir le secteur financier ? Prenons le cas des entreprises Amazon ou d’Alibaba qui, forts de leurs réseaux de distributions (digitaux), se sont lancées depuis quelques années dans des services bancaires et notamment des activités de crédit (crédits aux entreprises pour Amazon et crédits aux entreprises et particuliers pour Alibaba) avec un succès fulgurant. Ant Financial (division paiements et crédit d’Alibaba) est aujourd’hui capitalisée à plus de 100 milliards d’euros, plus que la plupart des banques dans le monde. Ce sont réellement eux leurs concurrents. Nous, les Fintech, seront le meilleur complément technologique des banques traditionnelles.

Je pense que cette prise de conscience a plutôt encouragé les banques traditionnelles à percevoir les Fintech comme des opportunités plutôt que des menaces, avec l’opportunité de distribuer des offres nouvelles et innovantes à leur portefeuille clients existant. Et cela pour aller beaucoup plus vite et ne pas subir la concurrence, comme l’ont fait les groupes pharmaceutiques avec les Biotech.

Il faut une grande méfiance envers les groupes qui ne sont pas (encore) dans la finance, du moins en Europe, qui seront les vrais “challengeurs” avec des modèles économiques basés sur d’excellents réseaux de distribution.

Je pense qu’on sera rarement ennemis, et que l’on deviendra au fur et à mesure de la redistribution des cartes  de très très bons amis.

Je pense qu’on sera rarement ennemis, et que l’on deviendra au fur et à mesure de la redistribution des cartes de très très bons amis.

Amine Hebri

@Ludovic Favarette

 

@Ludovic Favarette
La semaine dernière, nous recevions chez BPACA Charles-Henri Gougerot-Duvoisin, le CEO d’Obvy dans un séminaire avec nos DigiCoachs BPACA. Il disait exactement la même chose : nos vrais concurrents à tous demain – aux Fintech et aux banques – ce sont des entreprises comme les GAFA, Alibaba, etc. C’est ce qui va nous pousser dans l’évolution du modèle relationnel que l’on a, les Fintech et les banques, pour travailler ensemble, parce que nos concurrents sont les mêmes.

Nos vrais concurrents à tous demain – aux Fintech et aux banques – ce sont des entreprises comme les GAFA, Alibaba, etc. C’est ce qui va nous pousser dans l’évolution du modèle relationnel que l’on a, les Fintech et les banques, pour travailler ensemble, parce que nos concurrents sont les mêmes.

Ludovic Favarette

Amine Hebri, vous avez fait votre carrière dans le secteur de la banque traditionnelle avant de lancer Avanseo en 2017. A quelles problématiques souhaitiez-vous répondre en lançant votre entreprise ?

@Amine Hebri

L’idée centrale d’Avanseo était d’abord de répondre à un fort besoin non satisfait. Je voyais qu’il était très difficile en Europe et pour les TPE d’obtenir un crédit : déjà lorsque je m’occupais de plus grands comptes, ils avaient du mal à passer des comités de crédit. Seules 20% des TPE en France ont accès à un crédit de trésorerie alors que ce type de financement représente plus de 50% de leur besoin global en financement. Ensuite, l’objectif était de repenser et réinventer en profondeur un produit bancaire quasiment vieux comme le monde : le prêt. La différence entre celui d’il y a cent ans et celui dans cent ans, est que l’on aura changé tout ce qui est autour mais le produit restera le même.

Après avoir identifié un besoin très particulier, je me suis employé à développer un angle nouveau et à comprendre les segments des TPE qui ont le plus besoin du financement de leur trésorerie et qui y ont le moins accès aujourd’hui avec les banques traditionnelles : cela correspond au segment des e-commerçants (180 000 TPE en France et une croissance à 2 chiffres).

Je voulais également une façon nouvelle d’opérer car aujourd’hui les processus bancaires sont chronophages, humains et coûteux : le coût de traitement d’un dossier de financement de 20 000€ ou de 500 000 euros est quasiment le même !

Chez Avanseo, nous avons travaillé sur une forte automatisation des processus afin de réduire drastiquement le coût de traitement d’un dossier et sur des technologies de décision (basées sur de l’intelligence artificielle et du machine learning) améliorant significativement la prédiction du défaut d’une TPE et permettant une plus grande automatisation de l’étude de solvabilité, ne requérant quasiment aucune intervention humaine pour la collecte de données, l’analyse et la décision d’octroi de prêts. Cette technologie nous permet par ailleurs de mieux segmenter les demandeurs de crédit et de pouvoir accorder des prêts à de nombreuses TPE qui se voient refuser (injustement) un financement chez les banques traditionnelles.

Le dernier objectif était de créer un service différent permettant de pouvoir libérer le temps humain pour se focaliser sur le besoin client et pour le consacrer au conseil ultra-personnalisé.

 

Ludovic Favarette, pouvez-vous nous raconter un exemple de collaboration à succès entre la BPACA et une FinTech ?

@Ludovic Favarette 

Plus qu’un exemple de collaboration, c’est une histoire de belle rencontre que j’ai envie de raconter ! C’est la rencontre entre BPACA et la Fintech Izicap, représentée par son CEO Reda El Mejjad. Notre premier rendez-vous avec cette Fintech basée à Nice était en octobre 2016, ils sont venus nous présenter un principe simple qui permet de transformer les terminaux de paiement (que nous vendons à nos commerçants et qui reçoivent des cartes bleues) en terminaux de lecture de cartes de fidélité : on rajoute un programme dans le terminal et lorsque la carte de paiement est insérée, elle devient une carte de fidélité. On propose ainsi à nos commerçants un service que personne ne leur offre et qui permet de gérer pour eux des programmes de fidélisation, des bases de données de leurs clients, des campagnes de SMS, du data-marketing, etc. On leur offre un service que seules des plus grandes entreprises qui ont des ressources en interne (data-marketing, informaticiens, etc.) peuvent s’offrir.

Entre la première réunion que nous avons faites en octobre 2016 et la première vente de contrat lors du test réalisé sur Bordeaux, se sont écoulés à peine cinq mois. A la fin 2017, nous avions quasiment franchi la barre des 1000 contrats. Et c’est le moment où le Groupe BPCE a décidé de déployer la solution dans toutes les Banques Populaires et Caisses d’Epargne. Aujourd’hui, nous sommes en plein déploiement avec toutes les difficultés d’un passage à l’échelle. Je n’ai pas de chiffres exacts à donner concernant les ventes réelles au niveau national, mais on peut imaginer ce que ça peut représenter au niveau de 30 établissements bancaires et de leurs propres clients B2B, surtout avec notre force de frappe en communication en nationale.

Cette histoire est intéressante car elle part de notre ADN de “Banquier des entrepreneurs et des commerçants”, cette initiative locale et coopérative s’est rapidement transformée en une solution nationale grâce à la puissance de notre Groupe.

Biographies

Conversation croisée Fintech mag - Ludovic FavaretteLudovic Favarette est Directeur Développement RH, Innovation et transformation de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique et Digital Champion auprès de BPCE SA.

Son parcours comporte trois fils conducteurs : la gestion de projet ; la data et la transformation ; le management et l’envie de faire grandir mes équipes.

Ses missions sont l’amélioration de notre fonctionnement et notre efficacité ; le bon déroulement et l’optimisation de l’Expérience Collaborateur ; et l’accompagnement de la transformation de l’entreprise et rester à l’écoute de toutes les bonnes idées avec un focus indispensable : la satisfaction clients et collaborateurs.

Amine HEBRI, 31 ans, fonde Avanseo en 2017 avec l’idée de réinventer le prêt en simplifiant et en faisant de la technologie et de l’intelligence artificielle une partie intégrante du processus d’octroi de crédit.

Chez Avanseo il supervise les opérations quotidiennes, la technologie et la stratégie, en gardant toujours à l’esprit la vision à long terme.

Avant Avanseo, Amine était Vice-Président chez BNP Paribas CIB où il conseillait des entreprises et investisseurs institutionnels sur des problématiques diverses : fusions et acquisitions, financement, gestion des risques, equity capital markets.

Amine est titulaire d’une maitrise en mathématiques et probabilités de l’Université Pierre et Marie Curie (UPMC – Paris VI), d’un Master en management de l’école ESCP Europe et d’un MBA de l’INSEAD.

Après avoir interrogé 6 personnes entre 20 et 30 ans sur leur relation avec leur banque, nous avons décidé de continuer à mener l’enquête cette fois-ci avec 5 trentenaires.

L’objectif est de chercher à discerner les usages, les réflexes et les visions et de mesurer si l’écart générationnel pèse tant que cela dans la balance. Nous avions vu que sur notre premier échantillon (loin d’être exhaustif et représentatif, rappelons le) les 20-30 ans montraient par exemple une tendance à rester dans la même banque familiale et un usage quasi uniquement digital via les applications bancaires. Qu’en est-il des trentenaires et de leur relation avec leur banque ?

 

La relation des 30-40 ans avec leur banque ?

Cécile, 35 ans
Entrepreneure 
Banque : Société Générale
Profil épargnant: j’épargne, je dépense, j’épargne, je dépense, j’épargne, je dépense…

Pourquoi avoir choisi la Société Générale ? Je l’ai choisi pendant mes études : il y avait une offre à destination des étudiants et je cherchais à changer pour une banque nationale qui me faciliterait la gestion à distance vue ma tendance à bouger. Je n’ai pas changé depuis.

Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Plutôt appli et, si besoin, email et téléphone. Ma gestion se fait toujours à distance. Je ne crois pas m’être rendue une seule fois dans l’agence où est géré mon compte !

Connaissez-vous le nom de votre conseiller.aire bancaire ? Oui, même si je ne l’ai jamais rencontrée. Elle a l’habitude de m’appeler de temps en temps pour faire le point, même après que j’ai choisis de passer du CDI à la création d’entreprise. Elle me connait depuis longtemps, me soutient dans mes projets, c’est appréciable.

Quelles sont vos relations avec votre banque ? Avec ma conseillère, j’y suis bien écoutée et bien conseillée. Si je dois m’adresser à un autre service, j’attends qu’elle me mette en relation et si problème, je reviens vers elle pour qu’elle intervienne, sinon c’est une perte de temps et d’énergie.

Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Je dirais habiles négociateurs, tant que nos intérêts et les leur coïncident, c’est tout bon. Sinon aïe…

Vous définissez-vous comme une bonne cliente ? Oui, même si l’entrepreneuriat n’est pas le plus rassurant pour une banque, j’y suis depuis longtemps et je suis en discussion pour un projet immobilier à deux.

 

Charlotte, 31 ans
Fonctionnaire au ministère des affaires étrangères 
Banque : LCL

Profil épargnant : Depuis toute jeune je n’épargne pas, que je gagne 1000€ ou 3000€, à la fin du mois tout est dépensé, ni plus, ni moins. Je n’ai pas de projet d’investissement, du coup j’ai du mal à trouver la motivation pour épargner. Sauf pour mes enfants (trois enfants en bas âge et un quatrième en route) à qui nous avons ouvert des livrets.

Pourquoi avoir choisi le LCL ? Je suis au Crédit Lyonnais, enfin…le LCL ! Je n’en suis pas fan mais je ne me suis jamais renseignée pour une autre banque car elles me semblent toutes similaires. C’est la banque où j’avais un compte enfant ouvert par mes parents.

Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Je gère mes comptes en ligne mais pas par application, car je n’aime pas avoir d’application avec des données aussi personnelles.

Connaissez-vous le nom de votre conseiller.aire bancaire ? Non. Je n’ai jamais vu de conseiller depuis mon ouverture de compte, hormis pour ouvrir ceux de mes enfants.

Quelles sont vos relations avec votre banque ?  Je n’ai aucune relation avec ma banque. Je n’ai aucune confiance en eux, je n’ose pas faire appel à eux pour un conseil car j’ai l’impression qu’ils me répondront selon leurs intérêts plutôt que les miens.

 


Marc, 37 ans
Consultant 
Banque : Crédit Agricole
Profil épargnant: Oui, 20% de ce que je gagne.

Pourquoi avoir choisi le Crédit Agricole ? Par recommandation.
Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Tout en ligne.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller.aire bancaire ? Aucune idée !
Quelles sont votre relation avec votre banque ? Cordiale, j’attends d’eux de la réactivité. J’ai confiance en eux tant qu’il ne s’agit pas de placement ou de prêt. À ce moment là, je consulte tout le marché.
Y a t’il une banque qui communique mieux que les autres selon vous ? La BNP.
Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Service, marge, profit, image.
Te définis-tu comme un bon client pour ta banque ? Oui.

Quelle est la relation des 30-40 ans avec la banque ?
Magali, 36 ans
Entrepreneure  
Profil épargnant : équilibré entre risqué et sécurité
Banques : Boursorama, Crédit Agricole, N26
Pourquoi avoir choisi le Crédit Agricole ? Le Crédit Agricole parce qu’en rentrant du Canada il y a quelques années j’ai dû faire un crédit à la consommation pour m’équiper en électroménagers (pas le même courant !) et c’était le meilleur crédit à la consommation que j’ai trouvé ; N26 pour avoir un compte en Allemagne quand j’ai bossé là-bas. Hyper simple à utiliser. Boursorama parce que non satisfaite des services (payés par des frais de gestion de compte et de CB) du crédit agricole, je me suis dit qu’une banque en ligne ne serait pas pire et serait moins chère. Et de toutes les banques en ligne, elle avait des bonnes reviews et était la moins chère.
Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Elle se fait via l’appli pour les banques en lignes, et via le conseiller à distance pour le Crédit Agricole.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller.aire bancaire ? Non, mon ancienne conseillère est partie à la retraite et comme j’ai retiré quasiment tous mes fonds du Crédit Agricole, je n’ai plus vraiment besoin de les contacter.
Quelles sont votre relation avec votre banque ? Moins je leur parle mieux je me porte, je prends mes conseils financiers ailleurs. Je ne les contacte que pour des cas bien précis et hormis mon extrême frustration pour les frais cachés dont ils se gardent bien de nous parler même face à une question directe, cela se passe assez bien.
Pouvez-vous résumer la banque ? Un passage obligé mais où je n’ai pas encore trouvé mon bonheur en termes de services.
Te définis-tu comme un bon client pour ta banque ? Oui mais exigeante 😉

 

Quelle est la relation des 30-40 ans avec leur banque ?
Charles, 32 ans
Commercial  
Profil épargnant : équilibré 
Banque(s) : Crédit Agricole 
Pourquoi avoir choisi le Crédit Agricole ? Bonne relation avec cette banque depuis 7 ans. Auparavant sur une autre caisse régional, j’ai fais le transfert en Gironde suite à mon déménagement sur Bordeaux.
Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Les deux 🙂 J’utilise surtout l’appli pour consulter mes comptes.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller.aire bancaire ? Oui.
Quelles sont votre relation avec votre banque ? Bonne relation de manière globale. J’ai de bons retours et ils sont assez réactifs. Mais il n’y a pas assez de services disponibles en agence.
Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Peu de communication digitale, peu de suivi en règle général. Démarches longues… pas de réelle proximité avec le client.
Te définis-tu comme un bon client pour ta banque ? Oui.

Payfit est la startup spécialiste de la fiche de paie et des processus de ressources humaines. Lancée en 2016 par Firmin Zocchetto, Ghislain de Fontenay et Florian Fournier, la solution est utilisée aujourd’hui par plus de 1800 entreprises (dont Doctolib, Station F, Big Mamma, Konbini, etc.).

Nous avons demandé à Firmin Zocchetto, CEO de Payfit, de nous faire rentrer dans les coulisses de la Fintech et de nous donner sa vision sur l’avenir de la comptabilité et des ressources humaines.

 

Payfit

Payfit en une phrase, c’est quoi ?

PayFit, c’est une solution qui digitalise et simplifie la gestion de la paie mais aussi les processus RH, pour faire gagner du temps à tous les employeurs, DRH, et dirigeants.

 

Comment rendre le droit du travail français plus fun ?

Pour nous, rendre le droit du travail français plus fun, c’est le rendre plus accessible. Avec PayFit, on a créé un langage de programmation, le Jetlang, pour coder le code du travail français. Ainsi, les entreprises peuvent gérer ces problématiques complexes, sans qu’elles n’aient besoin d’avoir une expertise préalable dans ce domaine complexe. Repenser l’expérience utilisateur a aussi participé à rendre notre interface intuitive et agréable d’utilisation.

©Payfit - Fintech mag

Quel est le conseil que vous donneriez à toute FinTech qui se lance pour réussir ?

Si vous sortez votre produit quand vous estimez qu’il est prêt c’est qu’il est déjà trop tard. Personne ne peut prévoir quelles seront les réactions du marché et l’accueil qui sera réservé à votre produit. Il ne faut pas hésiter à se lancer et à se servir des feedbacks des utilisateurs afin d’améliorer en continu son produit. C’est grâce à eux que vous disposerez d’assez de recul pour apporter les corrections nécessaires et vous adapter aux besoins de vos clients.

« Si vous sortez votre produit quand vous estimez qu’il est prêt c’est qu’il est déjà trop tard.« 

 

C’est quoi une journée type chez PayFit ?

Une journée type chez PayFit, c’est une journée classique que l’on retrouve dans beaucoup d’autres entreprises. C’est à la fois beaucoup de réunions d’équipe et beaucoup de temps seul. Nous encourageons chaque collaborateur à trouver un véritable équilibre entre brainstorming et travail personnel, tout cela dans un cadre de travail agréable et propice à la productivité : des salles de réunion intimistes, des espaces canapés pour travailler de façon informelle. Sur le plan purement organisationnel, certaines journées vont être dédiés à des thématiques spécifiques : certains jours vont être consacrés à la gestion de problématiques plus techniques, d’autres à l’organisation d’événements, aucune journée ne se ressemble.

 

Qu’est ce qui va changer dans les services RH et comptabilité des entreprises dans les 5 prochaines années (en termes de compétences, formations, priorités…) ?

La digitalisation des ressources humaines est un des principaux enjeux d’aujourd’hui. L’identification de nouveaux besoins conduit à la création de nouveaux métiers et de nouvelles compétences. Les compétences requises sont donc amenées à évoluer, le recrutement à s’adapter et la priorité va être de gagner en efficacité et en rapidité notamment dans la réalisation des tâches administratives. Il est donc essentiel d’accueillir cette digitalisation et de s’y préparer et cela passe par une compréhension des différents enjeux mais aussi une automatisation des tâches récurrentes et chronophages, au profit d’autres missions. Par exemple, chez PayFit, la période d’intégration de nouveaux employés est automatisée ce qui permet au DRH de se concentrer sur d’autres problématiques.  

« La digitalisation des ressources humaines est un des principaux enjeux d’aujourd’hui.« 

 

©Payfit - Fintech mag

Quels sont les 2 défis sur lesquels les équipes de PayFit planchent en ce moment ?

1. Pour les mois à venir, nous nous concentrons sur l’internationalisation de notre solution avec l’ouverture de bureaux en Espagne et notre lancement prochain en Allemagne. Cela requiert une véritable coordination des différentes équipes afin de proposer à nos clients une solution toujours plus adaptée d’une part, aux différentes législations et d’autres part, aux besoins de tous nos clients européens.

À l’échelle nationale, la gestion de notre croissance est un sujet important notamment en matière de recrutements et l’onboarding des nouveaux arrivants. 150 employés sont prévus en France d’ici la fin de l’année 2018, ce qui nous pousse à repenser l’organisation des équipes, leurs évolutions, l’accompagnement de chaque collaborateur, ou encore l’intégration de nouvelles recrues.

2. Enfin sur le plan produit, notre préoccupation première est de développer de nouvelles fonctionnalités pour répondre de façon toujours plus précise, aux demandes des clients et anticiper leurs besoins futurs. Nous avons récemment mis en place la fonctionnalité validations multiples permettant aux employeurs d’accepter ou de refuser plusieurs notes de frais ou congés en simultané.

La création de Codes Projets est aussi une nouveauté sur PayFit : ils permettent d’obtenir un véritable suivi et de gagner en clarté en offrant un aperçu global des missions auxquelles vos employés peuvent allouer leurs heures de travail et leurs notes de frais.

 

Quelles sont les 3 autres FinTechs que vous admirez ? 

Alan, pour avoir réussi à casser les codes des services de santé en digitalisant un marché vieillissant et parfois mal adapté aux problématiques de certaines entreprises comme les start-up. Une toute nouvelle expérience de l’assurance santé est désormais possible.

GoCardless : avec plus de 30 000 entreprises clientes dont 700 en France, GoCardless a su se positionner comme la plateforme de  prélèvement bancaire de référence en France pour les entreprises.

Et enfin Stripe, pour leur conquête du marché européen et notamment français. L’entreprise a réussi à s’implanter en Europe à une vitesse significative et à séduire l’écosystème entrepreneurial français.

On imagine facilement que les clients des Fintech sont urbains, de catégories socio-professionnelles élevées. Au-delà des stéréotypes, qui sont vraiment ceux qui ont recours aux services des Fintech ?

Difficile de faire une généralité dans un secteur qui comprend plus de 800 Fintech françaises.

Nous avons toutefois voulu creuser le sujet avec deux entrepreneurs de la finance orientées B2C : Guillaume Piard, fondateur et CEO de Nalo et Joan Burkovic, co-fondateur et CEO de Bankin’.

 

Guillaume Piard, pouvez-vous présenter Nalo ?

@Guillaume Piard (Nalo)

Nalo a pour mission d’être la gestion privée du 21ème siècle. Concrètement, nous faisons de la gestion de patrimoine avec une forte dose de technologies et d’algorithmes pour transformer l’accès au conseil et la façon dont ce conseil financier est mis à disposition pour le particulier. Nous sommes un « pont invisible » entre la vie des gens – leurs projets, leurs plans de vie – et toute la complexité financière. Quand un client vient chez nous, il n’est pas reçu de la même façon qu’il le serait dans une agence bancaire par exemple, où on lui parlerait de produits financiers, d’échelles de risques, de profils investisseurs.

Chez Nalo, nous faisons parler nos clients : Qui sont-ils ? Quelle est leur situation ? Que veulent-ils faire de leur patrimoine ? etc.

Nous entrons dans le conseil via leurs projets de vie. Tout est personnalisé en fonction du profil de nos clients et de leur projets.

 

Joan Burkovic, pouvez-vous présenter Bankin’ ?

@Joan Burkovic (Bankin’)

Bankin’ simplifie la gestion de l’argent. Nous accompagnons nos utilisateurs pour qu’ils soient plus éduqués dans leur gestion financière personnelle. La gestion de l’argent est complexe, ennuyeuse voire anxiogène. Nous sommes là pour la rendre plus simple, positive et agréable. Nos utilisateurs connectent leurs comptes bancaires à notre application qui agit comme un coach financier au quotidien. Nos utilisateurs peuvent effectuer leurs tâches quotidiennes comme surveiller leurs comptes, faire leurs virements, recevoir des alertes, etc. avec la meilleure expérience possible. Notre coach digital leur prodigue aussi des conseils personnalisés en fonction de leur situation financière et propose des actions à engager avec nos fintechs partenaires, expertes dans leur domaine (Pretto pour le crédit immobilier, Yomoni pour l’épargne, Transferwise pour le transfert d’argent, Fluo pour l’assurance emprunteur). Désormais, l’une de nos priorités est de couvrir l’ensemble des sujets relatifs aux finances personnelles afin de devenir l’interlocuteur privilégié pour nos utilisateurs.

 

Pouvez-vous nous faire le « portrait-robot » de vos clients ?

@Guillaume Piard 

Nos clients ont entre 18 ans et 76 ans ! Nous avons des clients qui investissent 1 000 euros, et d’autres mettent plus de 1 000 000 d’euros. Nativement, notre plateforme est capable de servir toutes les typologies de clients.

Notre cœur de cible a des besoins en conseil et se trouve à des étapes de vie importantes (l’arrivée d’un enfant, l’achat d’un appartement, etc). L’âge moyen de nos clients est de 39 ans et plus des 2/3 de nos clients ont plus de 30 ans.

Notre client médian a un patrimoine financier et immobilier important, qui se compte en moyenne à plusieurs centaines de milliers d’euros. Donc une typologie de clients CSP+, voire CSP++.

En termes de parité, quand ce sont des projets liés aux enfants, ce sont souvent des femmes qui lancent le projet de souscription et pour d’autres projets, ce sont souvent les hommes. Les foyers souscrivant généralement ensemble, la mesure de la parité ne peut pas être fiable sur les investissements que nous gérons. Concernant la géolocalisation de nos clients, ils sont dispersés sur la France entière. Nous n’avons pas de concentration de clients sur une zone géographique précise.

Je suis curieux d’avoir la réponse de Bankin’ pour voir si on se recoupe dans nos données !

 

@Joan Burkovic

Ce n’est pas simple de faire un portrait-robot de 2,5 millions d’utilisateurs !

Plus de 40% de nos utilisateurs ont entre 25 et 35 ans. C’est la tranche d’âge la plus représentée. 60% sont des hommes et sont majoritairement urbains.

Je vous raconte rapidement notre histoire pour la mise en contexte : nous avons lancé Bankin’ en 2011, nous étions le seul moyen de gestion de compte bancaire sur IPhone. Du coup, nos utilisateurs « early stage », nos premiers « ambassadeurs », étaient plutôt geeks, utilisateurs de smartphones. Nous avons eu du succès dès le premier jour, avec plusieurs dizaines de milliers de personnes qui se sont inscrites : majoritairement des hommes trentenaires, geeks et urbains.

Depuis le lancement, le panel d’utilisateurs s’est ouvert. On pourrait penser que les utilisateurs de Bankin’ sont des jeunes, qui n’ont pas beaucoup d’argent avec le besoin de suivre leurs finances de très près, alors que 25% de nos utilisateurs ont plus de 45 ans.

La gestion d’argent concerne tout le monde ; il y a des besoins qui sont bien entendu différents et il y a des gestions différentes mais fondamentalement, tout le monde est concerné.

 

Avez-vous eu des surprises entre le profil des clients que vous visiez initialement et ceux finalement acquis ? Quels sont les comportements ou les besoins exprimés de vos clients auxquels vous ne vous attendiez pas ?

@Guillaume Piard

Nous n’avons pas vraiment eu de surprise sur la typologie de clients, étant donné que nous n’étions pas les premiers arrivés sur ce marché (en France et à l’international). Nous avons pour ambition de viser absolument tout le monde : notre produit a démontré que cela est possible, mais nous cherchons aujourd’hui tout de même, de façon transparente, à viser une clientèle haut de gamme. C’est notre positionnement depuis le départ.

Avoir des clients d’une quarantaine d’année n’est pas une surprise, c’était ce que nous recherchions. Nous sommes heureux d’avoir réussi l’adéquation entre le produit et la clientèle.

Concernant l’usage, cela est allé au-delà de nos espérances. Par exemple, chez Nalo on peut nous contacter par email ou par chat, prendre rendez-vous ou souscrire en autonomie, c’est tout l’intérêt du digital. Cependant, plus de la moitié de nos clients ne nous contacte jamais et fait le parcours de souscription de A à Z sans jamais nous solliciter. Nous pensions vraiment que nous aurions plus de questions par chat ou d’appels téléphoniques. Je m’attendais à devoir rassurer les utilisateurs à propos de qui on est, étant donné notre récent lancement (2017).

La deuxième surprise est de voir à quel point nos clients adoptent notre approche par projet, à tel point que de nombreux client souhaiteraient pouvoir transférer toutes leurs assurances-vie chez nous. Dans le système français, c’est l’Etat qui s’occupe des retraites. Les français ont été habitués à ce que leur épargne se fasse par un livret ou un fonds euros sans plus se poser de questions. Le système n’encourage pas à se poser la question : « Qu’est-ce que je vais faire de cet argent plus tard ? ». Si vous faites le client mystère dans une agence, on va vous parler de « produits financiers », on va vous demander votre appétit pour le risque et on va essayer de vous mettre dans une case de profil investisseur et de niveau de risque.

Comprendre qu’acheter un appartement plus grand est complètement différent d’un plan retraite (préparé pour des dizaines d’années plus tard) est simplement une question de projets. C’est aussi comprendre qu’on peut prendre plus ou moins de risque en fonction des projets : cet outil pédagogique fonctionne très bien dans ce sens !

C’est lié au fait que 50% de nos utilisateurs n’ont pas besoin de nous contacter lors du parcours de souscription et que l’on ait des portefeuilles avec à peu près 85% d’unités de comptes. En France, dans le stock d’assurance-vie, il y a 1700 milliards d’euros d’assurances vie dont 1300 milliards en fonds euros, selon les derniers chiffres que j’ai en tête.

On a inversé la donne, mais ça ne s’est pas fait grâce à une typologie de clients plus spécifique. A tel point que de nombreux clients et prospects souhaiteraient pouvoir transférer toutes leurs assurances-vie chez nous.

 

@Joan Burkovic

A notre création en 2011, tout le monde nous disait que le projet Bankin’ était impossible. Le mot « Fintech » n’existait pas, on nous prenait pour des fous.

Il fallait quand même réussir à se connecter aux banques, avec une application alternative aux applications bancaires, sur laquelle il faut rentrer des identifiants, etc. Pourtant, dès le premier jour, le succès a été instantané. Nos utilisateurs rentraient leurs codes bancaires sur notre application. Il y avait un vrai besoin sur le marché. Ce succès immédiat – dû en partie au fait d’être les premiers sur le marché – a été notre première surprise (ça a d’ailleurs fait disjoncter nos serveurs !). Des dizaines de milliers de personnes ont téléchargé Bankin’, alors que nous n’étions pas une marque connue, ni une banque. A ce moment-là, nous n’étions que deux ou trois dans l’équipe.

La deuxième surprise concerne notre marché : on nous qualifiait d’agrégateur, alors que nous ne nous sommes jamais définis comme tel. Nous voulons simplement simplifier la gestion d’argent, nous sommes un coach financier. Le fait que nos utilisateurs aient des comptes dans une ou plusieurs banques n’est pas notre sujet. Il faut évidemment que l’on soit connecté à toutes les banques. Pour nous, l’outil d’agrégation est un passage obligé, qui nous permet de faire fonctionner notre service pour le grand nombre. En revanche, 80% de nos utilisateurs ont connecté l’appli qu’à une seule banque. Nous ne sommes donc pas un agrégateur, c’est une surprise pour le marché.

Ce qui nous a aussi beaucoup étonné, c’est l’usage quotidien de l’application : elle est utilisée 25 fois par mois en moyenne. Nous ne mesurions pas qu’il y avait un besoin si fort d’être au plus près de son argent. Les gens sont intéressés par ce qui se passe sur leur compte et le consultent tous les jours.

Il y aussi un grand degré de confiance : 98% de nos utilisateurs ont confiance dans notre service. Je pense que cette confiance est renforcée par notre rôle de tiers indépendant : nous ne sommes pas une application bancaire, nous n’avons pas de conflit d’intérêt avec les banques. Les banques ne sont pas capables de dire à leurs clients qu’ils peuvent renégocier leur crédit immobilier par exemple.

Nous avons évolué vers le rôle de coach en constatant qu’il avait un énorme besoin pour les utilisateurs d’avoir des conseils et un accompagnement. Les utilisateurs nous disent «Bankin’ c’est super mais maintenant qu’est-ce que je dois faire avec telle situation ? ». Ils nous posent les mêmes questions qu’à leur banquier.

 

Guillaume Piard, sur votre Twitter,  vous vous définissez comme un “ Physicist turned relationship manager.” : apprendre à connaître ces clients, c’est de la science ou de la relation ?

@Guillaume Piard

Je me rends compte qu’il faut peut-être que je mette à jour mon profil ! Mais c’est bien ainsi que je fonctionne et que cela doit fonctionner : il faut une combinaison des deux.

Nous gérons le patrimoine de nos clients : c’est extrêmement engageant. Pour rebondir sur ce que disait Joan, la confiance est primordiale. Il faut créer un vecteur de confiance fort pour que nos clients nous confient plusieurs centaines de milliers d’euros. La relation est très importante. Il faut savoir la gérer dans le temps.

Certes nous faisons de la technologie, mais nous ne sommes pas que ça : nous ne sommes pas là pour remplacer totalement l’humain. Il faut rendre l’humain là où il est utile et notamment sur l’entretien de ces relations.

Chez Nalo, nos clients reviennent et un cinquième remet manuellement de l’argent après sa souscription. Une grande majorité de nos clients programme des versements automatiques mensuels au moment de la souscription.

Les relations humaines sont très importantes pour Nalo, nous les inscrivons dans un cadre scientifique afin d’améliorer en permanence la qualité de notre service. On fait de l’humain, mais de façon propre, avec des mesures et de façon très scientifique. Effectivement, j’ai commencé ma carrière par de la mécanique quantique, de la physique pure. Je suis persuadé que les bonnes décisions se prennent avec des données fiables. Cela doit être dans l’ADN de la boîte. Par exemple, lorsqu’un client est en fin de parcours et qu’il a souscrit chez Nalo, nous lui proposons un Consumer Effort Score (CES) pour mesurer à quel point le client a l’impression d’avoir fait un effort pour arriver jusque-là. Si notre score n’est pas performant, nous appelons le client, d’ailleurs c’est souvent moi qui décroche le téléphone parce que j’ai envie de savoir ce qui a péché et ce qu’on peut améliorer.

Donc il y a beaucoup de relationnel et nous le mesurons. Nous avons des comités bi-mensuels sur nos KPIs et nous regardons plus particulièrement les taux de satisfaction et le CES. J’adore l’opérationnel, c’est un biais très personnel. La science opérationnelle est la physique du business. Quand on développe une nouvelle fonctionnalité pour les clients chez Nalo, on se demande d’abord comment on va mesurer.

 

Joan Burkovic, vous avez créé Bankin’ lorsque vous étiez encore étudiant à l’ESSEC, partant du constat qu’il était difficile (notamment les étudiants) de gérer son argent.

Comment avez-vous appris à étudier votre cible, ses besoins et exigences ?

@Joan Burkovic

De manière très pragmatique, c’était un problème personnel, on se demandait comment le résoudre. Avant de se lancer, nous nous sommes demandés si nous étions les seuls dans ce cas. Nous avons interrogé plus de mille personnes et nous avons constaté que ce sujet était très universel et à la fois très intime. L’intérêt pour nos questions était gigantesque. Les besoins étaient différents : lorsqu’on est jeune et que l’on n’a pas d’argent, ça n’a rien à voir avec quelqu’un qui a déjà un bon salaire et des enfants…

J’aime bien dire que la seule chose que l’on sait, c’est qu’on ne sait pas : c’est un besoin universel mais tout le monde a des besoins et des usages assez différents. Dans notre ADN, notre première conviction c’est user first. Il faut toujours poser la question aux utilisateurs et c’est ce que l’on fait. Vu qu’ils nous utilisent tous les jours sur un sujet intime, lorsqu’il y a quelque chose qui ne va pas ou qu’ils ont besoin d’une fonctionnalité supplémentaire, ils nous le disent assez naturellement. Il y a énormément de notes sur l’appstore : il y a plus de 25000 notes à cinq étoiles. On a aussi énormément de questions qui remontent en support et on les répertorie ensuite. On a eu beaucoup de remontées des clients comme par exemple : « J’aimerais savoir où part l’argent que je dépense » donc on a créé des catégorisations automatiques ; ensuite on a eu « J’aimerais être averti lorsque je dépasse le seuil que je m’étais fixé », et on a lancé un système d’alertes, etc.

On organise des rencontres au moins une fois par mois pour rencontrer ces personnes et aller en profondeur sur les sujets et leurs problématiques afin de voir comment les améliorer.

Nos valeurs sont : focus utilisateurs, et ensuite data driven : à chaque fois on mesure, on apprend, on itère, etc. Il est essentiel dans nos métiers d’écouter les utilisateurs et de prioriser en fonction des retours : combien de personnes sont concernées par ce problème ? Est-ce que c’est en adéquation avec notre vision et notre stratégie ? De combien de temps a-t-on besoin pour y répondre ? etc. Ensuite il s’agit de savoir si ce que l’on a entendu et transformé en fonctionnalité correspond bien à un vrai besoin.

« J’aime bien dire que la seule chose que l’on sait, c’est qu’on ne sait pas : la gestion bancaire un besoin universel mais tout le monde a des besoins et des usages assez différents. […]à chaque fois on mesure, on apprend, on itère, etc. » Joan Burkovic (Bankin’)

 

Guillaume Piard, vous connaissez le milieu de la finance classique grâce à vos expériences passées chez Nomura et Lehman Brothers. En lançant Nalo, avez-vous observé des clichés et des vérités sur les cibles B2C des Fintech?

@Guillaume Piard

Je vais vous citer quelques clichés. Lorsque nous observions le marché avant le lancement de Nalo, nous entendions autour de nous : « La Fintech, c’est de la techno, donc c’est forcément pour des millenials ». C’est complètement faux !

Pour exemple, j’ai des parents qui sont à la retraite depuis longtemps, ils ont un iPad et ils lisent Le Monde dessus. Une bonne partie de nos utilisateurs sont des retraités et ils souscrivent en autonomie totale depuis chez eux via ordinateur ou tablette.

Je pense que les clichés existent car souvent il y a une difficulté à comprendre qu’on regarde le monde via notre propre prisme. On peut avoir des biais personnels, professionnels, etc. Et ce que disait Joan tout à l’heure est totalement vrai : à partir du moment où l’on part d’un besoin client, qu’on ne cherche à faire rien d’autre que d’adresser ce besoin client et en allant au fond du problème, on est sur la bonne voie. Lorsqu’on nous demande : « Est-ce que je dois faire de la défiscalisation ? », « Qu’est-ce que vous avez comme bons produits immobiliers ? » ce ne sont pas ça les vrais projets. Le projet, c’est le client qui a de l’argent à placer et qui a des besoins, mais exprimé avec un jargon financier parce que c’est comme cela qu’on lui parle à la banque et parce qu’il pense que l’on va également interagir comme cela avec lui. Nous cherchons à parler aux gens de façon très terre à terre : si nous adoptons le bon prisme, ces clichés-là disparaissent. C’est une façon de réfléchir, qui devient une méthode, une façon de mesurer et à chaque fois qu’on itère, on apprend nous-même à se débarrasser de nos propres clichés. Avant je fabriquais des produits d’investissement pour des institutionnels et il a fallu déconstruire mes vieux réflexes pour me mettre dans un autre schéma de pensée.

« Avant le lancement de Nalo, nous entendions autour de nous : « La Fintech, c’est de la techno, donc c’est forcément pour des millenials ». C’est complètement faux !  » Guillaume Piard (Nalo)

Tout le monde a besoin de gérer son argent. Comment faites-vous pour cibler tout le monde en termes marketing ? Et comment répondre aux besoins de tous ?

@Joan Burkovic

Encore une fois, le meilleur moyen c’est de tester, de mesurer, d’apprendre et d’itérer. Par exemple, vous êtes un jeune et je vous envoie un message à partir du 20 du mois « Évitez les découverts » : ça va beaucoup plus vous toucher parce que généralement les jeunes sont plus à découvert en fin de mois que si je vous envoie en début de mois le message « Gérez votre épargne ». Le message sera très différent pour quelqu’un qui a un projet immobilier ou qui approche de la retraite.

Donc il faut tester les différents messages : cela correspond chez nous à différentes fonctionnalités, à différents moments dans le mois et même dans la journée ou encore différentes cibles (selon l’âge, le sexe, le lieu de résidence, etc.). Nous sommes présents en France, en Espagne, en Allemagne et en Angleterre : sur cette situation, l’idée de « La seule chose que je sais, c’est que je ne sais pas » est encore plus forte. Parce chez Bankin’, on peut à la rigueur comprendre la gestion de l’argent en France mais les anglais raisonnent différemment par exemple. Il faut garder et renforcer cet ADN sur ces nouveaux utilisateurs : à eux de nous dire ce qu’ils attendent, à nous de décider ce que l’on applique et d’apprendre pour voir si on répond bien à ces besoins. Le juge final c’est l’utilisateur. Si nous tapons à côté, il nous le dit et si nous visons juste, il nous le dit aussi. C’est relativement simple.

Nous testons des messages différents et des cibles différentes. C’est comme cela que l’on touche les personnes et que l’on diminue les coûts d’acquisition. Ensuite il y a le business model : en fonction du coût d’acquisition de chaque cible, et le business model qu’on y rattache, on peut y allouer un budget différent. C’est comme cela que nous arrivons à élargir significativement notre base.

 

Biographies

Guillaume Piard :

Guillaume Piard (Nalo)

Guillaume a créé Nalo après une carrière en banque d’investissement, à Londres et à Paris. Il a travaillé dix ans en finance de marché, notamment chez Lehman Brothers. Il s’est formé à de nombreux postes dont le montage de produits d’investissement, l’arbitrage de marché, le conseil en solutions réglementaires, et la gestion de relation client.

Guillaume est diplômé d’un MBA de l’Université de Chicago Booth School of Business (2015), du CFA (2010), et d’un Master de Physique de Imperial College London (2003).

Il détient le CFA, certification la plus reconnue en finance.

 

Joan Burkovic :

Joan Burkovic (Bankin')

Joan Burkovic, 31 ans, co-fonde en 2011 la startup Bankin’ avec Robin Dauzon. Tous deux étudiants à l’époque, ils imaginent une solution qui faciliterait la gestion de leurs propres finances personnelles. Le succès est immédiat alors que le terme « Fintech » n’existe pas encore… L’aventure Bankin’ est la première expérience professionnelle de Joan, après son cursus en école de commerce à l’ESSEC.

En parallèle, Joan co-fonde France Fintech ainsi que le groupement des agrégateurs bancaires Européens (European AIS Federation) et l’alliance fintech Européenne (the « Future of European Fintech » alliance) qui ont pour ambition de favoriser l’émergence d’acteurs Fintech Européens de premier plan et la création d’un contexte légal favorable à l’innovation. Il en est aussi le porte-parole.

Nous avons demandé à six vingtenaires de nous raconter leur relation avec leur banque.

L’échantillon est faible pour en faire une conclusion exhaustive mais suffisant pour en tirer quelques enseignements.

Bien que complètement ancrés dans les usages digitaux, les interrogés ne se tournent pas naturellement vers les banques mobiles ou les services fintech. Ils ont quasi tous conservés la même banque que celle de leur famille, sans chercher à en changer. Une étude d’Exon Consulting (2017) confirme que 71% des 21-25 ans et 61% des 26-29 ans sont dans ce cas, et que même 65% d’entre eux conservent la même agence physique que celle de leurs parents, malgré leur déménagement.

Recueil de leur avis, de leurs attentes vis-à-vis de leur banque et de la relation qu’ils ont noué – ou non – avec elle.

Témoignages :


Faustine, 25 ans

Consultante en recrutement digital
Principales dépenses? Les loisirs et évasions
Profil épargnant : Tous les mois depuis le début de sa vie professionnelle (3 ans)
Banque(s) ? LCL

Pourquoi avoir choisi le LCL ? Suite à l’achat d’un appartement, le LCL était la banque qui proposait le meilleur taux d’emprunt. Du coup, j’ai rapatrié tous mes comptes au LCL pour plus de facilité. J’étais avant au Crédit Agricole.
Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Clairement je me connecte à l’application du LCL tous les jours.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller bancaire ? Oui
Quelles sont vos relations avec votre banque ?  J’ai l’impression d’être prise au sérieux même si j’ai peu de relation avec ma banque. La plupart des échanges sont par emails pour des demandes ponctuelles (virements, chèque de banque, etc.).
Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Partenaire, disponible.
Vous définissez-vous comme une bonne cliente pour la banque? Oui ! Je les sollicite peu, j’épargne tous les mois et je ne suis jamais à découvert 😉

 


Paul, 20 ans

Etudiant en Droit des affaires.
Principales dépenses : Loisirs (abonnements Netflix, Apple, sorties) et dépenses courantes
Profil épargnant : Pas encore
Banque(s) : Caisse d’Épargne

Pourquoi avoir choisi la Caisse d’Épargne ? Je n’ai pas vraiment choisi à vrai dire. Mon père travaille beaucoup avec les banques et m’a plongé très jeune dans ce milieu. Il m’a ouvert des comptes dans cette banque. Je n’ai donc pas choisi ma banque et je n’ai pas l’intention d’en changer pour le moment.
Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Étant souvent en déplacements (stages, université, etc.), à Paris ou ailleurs, je n’ai plus le temps d’aller à la banque pour raconter ma vie à mon banquier. C’est pourquoi j’utilise à 90% l’application bancaire Caisse d’Épargne, qui depuis la dernière mise à jour, est très pratique, intuitive et fonctionnelle.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller bancaire ? Bien sûr.
Quelles sont vos relations avec votre banque ? J’ai une relation particulière avec ma banque car j’y ai travaillé quelques mois en tant que Conseiller Clientèle. Je connais donc à mon échelle les coulisses et rouages des agences Caisse d’Épargne. Forcément, quand on « connait la maison », c’est plus facile d’avoir une relation privilégiée et personnelle avec sa banque. Cependant j’estime qu’au-delà de ma propre situation, ma banque fait tout son possible pour communiquer du mieux qu’elle peut avec sa clientèle et instaurer une relation de confiance avec les clients, qu’ils se sentent en sécurité financièrement parlant. Dernièrement, on a détourné ma carte bancaire et c’est le service de contrôle de la Caisse d’Épargne qui m’a contacté pour vérifier avec moi au téléphone toutes les opérations effectuées sur mon compte. Au final, ils ont décelé des transactions frauduleuses que je n’avais pas repéré.
Peux-tu résumer la banque en quelques adjectifs ? Fiable, sécurisante, innovante et expérimentée.

 

Agathe, 26 ans
Doctorante contractuelle
Principales dépenses : vie courante (charges, alimentation)
Profil épargnant : 40% des revenus épargnés
Banque(s) : LCL

Pourquoi avoir choisi le LCL ?  C’est la banque familiale depuis plusieurs décennies, j’ai donc confiance en leurs services et j’avoue ne jamais avoir cherché à me renseigner pour changer.
Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? J’utilise énormément le service en ligne pour vérifier mon compte en banque (je ne reçois plus de relevés papier pour raisons écologiques, toutes mes vérifications se font donc sur le site ou sur l’application mobile) en revanche quand il est question de fermer un compte et d’en ouvrir un autre, je prends un rendez-vous téléphonique avec mon conseiller. Pareil,  si je constate un problème sur un compte je me tourne vers lui via un email.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller bancaire ? Je connais celui des deux derniers mais j’en change vraiment souvent. Le dernier nom ne me reste pas en tête.
Quelles sont vos relations avec votre banque ? J’ai l’impression d’une certaine condescendance dans les explications données quand il y a des interrogations de ma part. Au moins ils ne font pas semblants de prendre leurs clients au sérieux !
Une banque se distingue des autres dans sa communication selon vous ?  J’aime assez la Caisse d’Épargne et leur logo écureuil.
Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Efficace, sobre, inaccessible et flou.
Vous définissez-vous comme une bonne cliente ? Pour l’instant non, car je n’ai pas encore terminé mes études mais je les sens intéressés par mes emplois à venir et les potentiels emprunts que je pourrais alors contracter. Ceci dit au vu de ma fidélité à la banque (je suis dans la même agence depuis toujours) je pense que je suis une bonne cliente pour eux.

 

Clément, 29 ans
Contrôleur des finances publiques
Tes principales dépenses : une grande partie pour les loisirs
Profil épargnant : Epargant depuis sa première tirelire
Banque(s) : LCL 

Pourquoi avoir choisi le LCL ? Mon père m’a ouvert mon premier compte et je n’y ai pas bougé depuis. Passer par une banque en ligne ferait baisser mes frais. J’y pense. J’ai juste la flemme de faire la démarche.
Quelle est votre gestion bancaire au quotidien ? Entièrement via l’application pour gérer mes comptes et suivre mes dépenses.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller bancaire ? Non. Je ne sais même pas qui s’est. Ça fait plusieurs années que je n’ai pas vu de conseiller. J’ai entamé ma vie professionnelle, mon premier appartement etc. sans avoir vu une personne de mon agence, si ce n’est la personne de l’accueil car j’ai dû perdre ma carte bancaire une fois.
Quelles sont vos relations avec votre banque ? Elles sont quasi nulles donc je n’ai pas l’impression d’avoir une relation avec ma banque.
Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Obligation et commerce. Je vois vraiment la banque plus comme un commerce qu’un service.
Pensez-vous être un bon client pour votre banque ?
Oui et non. D’un côté oui car j’épargne une grande partie de mes revenus et je les sollicite peu. D’un autre côté non car je ne suis jamais à découvert et je ne les ai jamais sollicité pour contracter un prêt.

 

Mathilde, 25 ans
Future ostéopathe diplômée en fin d’année.
Principales dépenses : courses et loisirs.
Profil épargnant :  un compte épargne ouvert, alimenté par sa famille.
Banque(s) : le Crédit Agricole et la Caisse d’Épargne.

Pourquoi avoir choisi ces banques ? La Caisse d’Epargne est mon compte épargne que mes parents m’avaient ouvert, et le Crédit Agricole car mes parents y sont eux-mêmes clients. C’est plus simple.
Quelle est votre gestion bancaire quotidienne ? Surtout via les applications pour mes gestions de comptes.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller bancaire ? Oui.
Quelles sont vos relations avec vos banques ? Je me sens relativement prise au sérieux. En même temps pour l’instant je n’ai pas eu de vraies démarches sérieuses, qui arriveront plus dans les mois à venir. Donc à voir avec le temps. Je n’ai pas d’attache particulière avec ma banque mais comme une partie de ma famille en est cliente, je me dis que si je dois faire un prêt ou une autre demande par la suite, ça sera plus faisable. C’est pragmatique.
Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Service ? Je ne me suis pas tellement posée la question. Il y a l’image « s’ils peuvent s’en mettre dans les poches » mais je n’ai pas creusé personnellement sur l’opinion que j’en ai.
Pensez-vous être une bonne cliente pour votre banque ? Pour le moment, en tant qu’étudiante, je pense être la cliente lambda, mais je pense devenir une bonne cliente, du moins j’espère !

 

Ugo, 26 ans
Co-fondateur et directeur technique d’une Startup
Principales dépenses : son appartement et les produits Apple
Banque(s) : le LCL (Bien que 4 personnes/6 soient au LCL, on vous jure que c’est par le plus grand des hasards… 😉 )

Pourquoi avoir choisi le LCL ? Parce que c’est une banque de campagne que je connais depuis des années, si un jour j’ai un problème ou que j’ai beaucoup d’argent à cacher, ils seront là 😉!
Votre relation bancaire se fait elle plus en ligne (via l’appli) ou avec votre conseiller bancaire ? Avec mon conseiller.
Quel est le service bancaire que vous utilisez le plus ? J’aimerais dire l’épargne, mais mon prêt étudiant me dit je me voile la face.
Connaissez-vous le nom de votre conseiller bancaire ? Oui, mais je le donnerai pas :)Par rapport à la première réponse !
Quelles sont vos relations avec votre banque ? Si j’ai affaire à mon conseiller habituel, aucun souci. Si j’ai affaire à une personne inconnue, on ne me considère pas vraiment comme une personne à part entière.
Y a t’il une banque qui communique mieux que les autres selon vous ? Le CIC.

Pouvez-vous résumer la banque en quelques adjectifs ? Optionnelle mais nécessaire, vieillissante mais florissante.

La Place, lieu rassembleur de la fintech situé au 2ème étage au sein du Palais Brongniart, a ouvert ses portes le 9 avril 2018.

Cet espace de 400 m² prépare son lancement officiel en septembre 2018, une fois la période d’aménagement estivale terminée, pour accueillir l’écosystème multiple de la fintech. La programmation de La Place a pour promesse de proposer des événements en continu.

Maëlla Sourivong, manager La Place

Maëlla Sourivong, Manager La Place

Maëlla Sourivong, Manager de La Place connaît bien le Palais Brongniart pour y avoir travaillé depuis plusieurs années, d’abord pour le pôle de Finance Innovation, puis pour l’agence de transformation digitale UChange avant de rejoindre GL Events, mandataire du Palais Brongniart. Cette ex-DRH des industries internationales s’est donnée pour défi de créer une forte communauté Fintech autour de la Place. Elle est la guide parfaite dans ce lieu chargé d’histoire.

Maëlla Sourivong, pourquoi La Place a t’elle été créée ?

L’objectif de la mairie de Paris était de créer un lieu d’innovation au Palais Brongniart. Nous avons organisé en 2016 un atelier de co-créativité avec tous les locataires du Palais, pour se demander quel angle prendre, savoir si “l’innovation finance” était vraiment la bonne thématique. Il y avait aussi un besoin du marché d’avoir un lieu pour se retrouver : il n’y avait pas de lieu neutre – c’est-à-dire qui ne soit pas une banque ou une assurance – où se retrouver.

Nous avons tout de même des membres fondateurs et partenaires qui sont des corporate (Generali, Crédit Agricole, etc.) mais c’est selon moi un gage de ce que La Place peut faire et de sa capacité à fédérer un nombre d’acteurs. Avec ces partenaires, on est dans une démarche de co-construction, car ils sont tous beaucoup impliqués (sur le choix des sujets, des formats d’événements, etc.). Et puis, dans la Fintech, comme dans beaucoup d’autres secteurs, il y a pleins de courants différents. On a trouvé que l’angle d’un lieu fédérateur autour d’événements hebdomadaires répondait à une vraie demande de l’écosystème.

 

Quel est l’ADN de La Place ?

On essaye de casser un peu les codes à La Place. Nous voulons nous démarquer des événements où les tables sont dressées avec des nappes, avec pour chacun 3 verres et assiettes différentes… Je pense que l’ambiance à La Place sera détendue et conviviale. Ça fait du bien à tout le monde d’avoir aussi des choses plus modernes, plus jeunes.

On ne veut pas d’un endroit guindé car on n’est clairement plus dans la finance classique. Le but est que les gens se sentent à l’aise ici et que lorsqu’ils sont dans le quartier pour prendre un café, ils viennent ici plutôt qu’ailleurs.

Projet d'aménagement de l'espace café de La Place (cabinet Wilmotte & Associés)

Projet d’aménagement de l’espace café de La Place (cabinet Wilmotte & Associés)

 

Qui peut-on rencontrer à La Place ?

Parmi les profils qui peuvent se rencontrer et se croiser à La Place, il y a évidemment les startups Fintech et Insurtech.

Nous visons aussi les communautés d’innovation des banques, assurances et autres établissements financiers et les fonctions finance de n’importe quelle entreprise. Un DAF de chez Renault ou L’Oréal peut être tout aussi intéressé par les bouleversements de cette industrie que le Directeur Innovation d‘une banque. Ils représentent tous le public de La Place. Je pense aussi aux fonds d’investissement, business angels qui financent ce secteur et qui sont de susceptibles adhérents à La Place.

Il y a déjà une acculturation au lieu car la communauté Fintech française fréquente déjà le Palais Brongniart : elle vient par exemple y rencontrer Finance Innovation, Paris Europlace et elle participe au Paris Fintech Forum

L’objectif est que ce public soit toujours participant et qu’il ne vienne pas à La Place seulement en observateur. Au contraire, il faut être dans une dynamique d’échanges !

La Place est aussi un terrain de jeu pour tous les collaborateurs de nos grands partenaires Crédit Agricole et Generali (Directeurs.rices Innovation entre autres) : ils peuvent à la fois rencontrer des startups, expérimenter des sujets, tester des solutions.  

La Place a une ambition européenne. Les enjeux de la France dans le secteur se jouent avec l’Europe. Notamment avec le Brexit, on a une carte à jouer… On a pour objectif d’être le pied à terre parisien des acteurs Fintech européens de passage dans notre capital. Aussi bien pour venir y travailler, que pour rencontrer un réseau.

La Place

Projet d’aménagement de La Place (cabinet Wilmotte & Associés)

Quelles sont les conditions d’accès à La Place ?

On fonctionne avec un système d’adhésion qui est pour l’instant individuel. Pour la première année, nous avons décidé d’offrir l’adhésion jusqu’à septembre 2019. Le but est de fonctionner en freemium. Nous avons toute une communauté à créer : plus on est, mieux c’est !

Les membres de la communauté de La Place pourront dès septembre venir travailler une heure ou deux, faire un rendez-vous client dans nos locaux, participer aux événements.

(Pour rejoindre la communauté de La Place)

 

Quels genres d’événements sont organisés à La Place ?

L’espace de la Corbeille, lieu de vitrine et d’exposition où seront en permanence visibles nos partenaires et membres fondateurs, accueillera les startups le temps de faire leur promotion.

Les événements tourneront autour des thématiques définies entre les membres fondateurs de La Place et nos partenaires : les regtech, les technos, les nouveaux moyens de paiement, etc.

Déjeuners, conférences, workshop, afterwork… les formats seront divers !

Pour les professionnels qui ne sont pas forcément issus d’entreprises de la finance, on va également développer des learning expeditions sur des sujets qui les impactent (comme les nouveaux paiements, les nouveaux modes de consommation financière, etc.).

On a la chance avec La Place de disposer d’un lieu ouvert en permanence : nous n’avons pas la pression de faire de gros volumes et de remplir absolument l’espace. On peut se permettre de réaliser des événements sur des sujets pointus et avec un public plus restreint. Accueillir vingt personnes n’est absolument pas un souci, au contraire.

Ces moments d’échanges ont aussi pour but d’établir des relations business entre les startups, entre les startups et plus grandes entreprises mais aussi entre les grandes entreprises elles-mêmes. Certaines sont déjà intéressées !

 

En 2017, 900 ICOs ont été réalisées dans le monde, et une quarantaines ont été enregistrées auprès de l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) entre janvier 2017 et mars 2018. Comme sur beaucoup d’autres sujets, il aura fallu attendre un usage et une appropriation de plus en plus massive des cryptos par les particuliers pour que les entreprises s’y intéressent et que de réelles pratiques professionnelles émergent.

Les montants investis (2 milliards de dollars en 2017) rendent quasi inévitable une régulation de ces flux : l’ancien second sous-gouverneur de la Banque de France, Jean-Pierre Landau, rend son rapport sur les cryptomonnaies en juin 2018 avec pour objectif de faire évoluer les réglementations.

Alors que l’Etat se saisit de ces questions, quel est justement son rôle, sa place dans une monnaie décentralisée et peer to peer ? Jusqu’où la réglementation du gouvernement peut-elle aller ?

L’avocat spécialiste du droit bancaire et financier Hubert de Vauplane et le cofondateur de Blockchain Legal, rédacteur du livret blanc cosigné Chaintech-France Digitale sur les questions de régulation des cryptomonnaies, William O’rorke, répondent à nos questions.

 

Hubert de Vauplane, pouvez-vous présenter votre activité chez Kramer Levin ?

@Hubert de Vauplane (Kramer Levin)

Kramer Levin est un cabinet américain, principalement basé à New York et dans la Sillicon Valley avec un très gros tropisme autour des fonds d’investissement comme clients. Le bureau de Paris compte une centaine de personnes, dont plus de trente dans le département Banque & Finance que je co-dirige avec Jean-Pierre Mattout. Je me suis investi dans la blockchain et plus globalement les Fintech il y a sept ans, en 2011, quand j’ai quitté mes fonctions de directeur juridique et conformité du groupe Crédit Agricole S.A. Le cabinet est à cet égard très actif depuis plusieurs années dans le monde des Fintech, que ce soit en régulation ou en transaction de M&A (Mergers and Acquisitions). Naturellement, je me suis intéressé aux ICO dès 2016, ma première opération remontant à 2017 avec Domraider, la première société française à avoir effectué une ICO. Depuis lors, j’ai réalisé une quinzaine d’ICO pour des sociétés en France ou en Europe, notamment avec le support de notre cabinet à New York pour les aspects de droit américain. Aujourd’hui, au sein du département Banque & Finance, une équipe de six avocats travaillent avec moi sur les sujets Fintech et ICO. J’ai aussi été désigné expert Fintech auprès de la Commission européenne et je suis membre Fintech Forum AMF / ACPR ;  je préside aussi certains groupes de travail de place sur ces sujets à Paris (Comité Fintech Paris Europlace ou Rapporteur Fintech du Haut comité Juridique de Place), lesquels ont publié des rapports autour de la blockchain et des marchés financiers.

 

Pouvez-vous présenter votre activité chez Blockchain Partner ?

@William O’rorke (Blockchain Legal)

Je suis cofondateur du cabinet d’avocats Blockchain Legal. Ayant développé le pôle Compliance de Blockchain Partner, cette société a externalisé son pôle Compliance dans la structure que j’ai co-fondé (nous n’avons aucun lien capitalistique et sommes indépendants). Mes activités se concentrent sur le conseil d’entreprises du secteur des cryptoactifs. Certaines se financent via des ICOs, d’autres ont des activités de mining, de prestations de service en paiements en cryptoactifs, d’échanges entre cryptoactifs et monnaies officielles, etc.

 

Quelles sont les réglementations que vous aimeriez retrouver dans le rapport de Jean-Pierre Landau ou que vous conseilleriez fortement ?

@Hubert de Vauplane

Des clarifications fiscales bien sûr !

Mais aussi un environnement juridique clarifié, avec par exemple la création d’un statut d’intermédiaire en cryptomonnaies, un peu comme la BitLicence à New York, mais étendu non seulement aux activités de paiement, mais aussi aux activités de marchés afin de pouvoir exercer de façon régulée les activités de plateformes de marché, et autres activités de market making. En fait, le problème tient à ce que l’ESMA (European Securities and Markets Authority) a préempté le sujet et souhaite intervenir “très vite” au niveau européen. Mais la vitesse de l’ESMA n’est pas celle de l’innovation et des marchés et il faudra au moins 2 années à l’ESMA avant qu’une éventuelle régulation ne soit en place, le temps que les élections européennes passent et qu’un texte soit adopté. Dans cette attente, il y a la place pour qu’en France on crée un cadre juridique favorable et régulé pour ces activités. Cela permettrait aussi de donner des responsabilités claires aux acteurs des cryptoactifs en matière de LAB (Lutte Anti-Terroriste) / LAT (Lutte Anti-Blanchiment).

@William O’rorke

J’en attends des positions fortes en matière fiscale, à savoir l’application du PFU ; un différé d’imposition pour les échanges entre cryptoactifs ; l’alignement des critères d’habitudes ou d’activités à caractère professionnel sur le régime des gains de bourse ; et la consécration d’une exonération de la TVA lors de l’émission du token, qui sera perçu au moment de sa consommation (comme pour les moyens de paiement ou les coffrets cadeaux).

Ces propositions sont issues du dernier livre blanc de la Chaintech, qui a pour objectif de présenter des propositions concrètes pour battre en brèches plusieurs idées reçues sur les cryptoactifs, mais aussi de résoudre les problèmes juridiques et fiscaux des entrepreneurs de la blockchain. Ce livre blanc a pour ambition de faire de la France le leader européen de la blockchain et des ICOs.

 

On évoque souvent le blanchiment, l’évasion fiscale ou le financement d’activités criminelles et terroristes dans les ICOs. Quels sont les risques réels en matière de détournement financier dans les ICOs ?

@Hubert de Vauplane

On a beaucoup glosé sur les risques de blanchiment en matière d’ICO. Ce risque existe et il ne faut pas le négliger. Mais plus que cela, c’est le risque de fraude qui me semble plus important. Il y a de véritables arnaques sur le marché des ICOs et sans aller jusqu’à des fraudes, beaucoup de projets ne sont pas professionnels, que ce soit dans la manière de rédiger le White Paper et de présenter les risques, que dans les KYC (Know your consumer), la protection des cryptoactifs lors des transferts de fonds et bien sûr dans la présentation du business model de la société émettrice. Il y a déjà neuf mois, de nombreux professionnels européens se sont regroupés pour adhérer à une ICO charter afin de s’engager à respecter des principes de transparence et de professionnalisme minimum. Seule une professionnalisation des ICOs permettra de voir l’émergence de cette nouvelle forme de levée de fonds prospérer. Et ici, les meilleurs standards restent quand même ceux en usage dans les marchés financiers.

 

La France est-elle culturellement prête pour les ICOs ? Et a-t-elle un rôle particulier à jouer dans la régulation des ICOs ?

@Hubert de Vauplane

Je ne sais pas si la France est plus prête ou moins prête qu’un autre pays en matière d’ICO. Ce qui est certain, c’est que le marché du Private Equity et du Venture Capital en France est le deuxième le plus important en Europe avec plus de 16 milliards d’euros levés en 2017. Si on considère que les ICOs sont une nouvelle modalité de levée de fonds, alors la France devrait être bien placée sur ce nouveau segment. Il faut juste du temps pour que les acteurs traditionnels, du VC notamment, s’acclimatent aux ICOs. Car ce n’est pas vers le marché de la petite épargne que les ICOs doivent compter pour se développer. Il ne faut pas exclure les petits investisseurs dans les ICOs, mais le volume des levées viendra des professionnels. Un autre facteur qui permettra ou non aux ICOs de se développer est de regarder si les acteurs déjà cotés sur un marché boursier regarderont aussi vers ces nouveaux modes de financement. Il y a déjà eu des sociétés cotées qui ont procédé à des ICOs. Pour l’instant, c’est l’univers des jeux et celui des minerais où les premières levées de fonds sous forme d’ICOs touchent des sociétés cotées en bourse. Mais on attend beaucoup de projets vers des sociétés traditionnelles, notamment dans le monde de la supply chain. Si, en plus des VC pour les sociétés plus jeunes, les sociétés cotées adoptent elles aussi ce mode de financement, alors on devrait assister à une forte accélération du nombre d’ICOs.

@William O’rorke

Non, la France n’est pas prête, comme le prouve cette phrase du directeur des affaires publiques d’une grande banque française, invité dernièrement au colloque du conseil scientifique de l’Autorité des Marchés Financiers : « Nous ne sommes pas contre les ICOs. Nous sommes contre les cryptomonnaies« . En plus d’être un nonsense, puisqu’une ICO consiste à récolter des cryptomonnaies, cette sentence montre bien le sentiment de rejet des banques vis-à-vis de cette nouvelle technologie.

En matière de régulation, la France peut encore jouer un rôle de leader en Europe. L’adoption prévisible du visa optionnel de l’AMF est un bon signal, mais ne suffit pas. Il existe toujours des blocages fiscaux, bancaires et comptables qui pénalisent notre pays, d’autant que nos voisins avancent : le 28 mai 2018, Genève a publié un guide institutionnel pour les ICOs par exemple. Malte a également publié une ébauche de régime juridique complet sur les “digital assets”.

En France, le token est généralement considéré comme un bien meuble et sa vente représente fiscalement un produit générant un bénéfice soumis à l’impôt sur les sociétés. Associé à l’application de la TVA, ce n’est pas moins de 53% de la levée de fonds qui, au lieu de financer le projet, doit être reversé en impôts et taxes.

Par ailleurs, il est aujourd’hui quasiment impossible d’ouvrir un compte bancaire. Si les banques craignent la présence de fonds d’origine illicite en raison de mesures insuffisantes de lutte contre blanchiment (Know Your Consumer/Anti Money Laudering), il y a également une posture idéologique face à une technologie perçue comme menaçante : le bitcoin n’est-il pas la monnaie sans banque ni Etat ?

Enfin, la comptabilité des cryptoactifs n’est pas encore définie alors qu’elle détermine le régime fiscal applicable aux entreprises. En l’absence d’un régime stable et, espérons le, favorable, de nombreuses entreprises ne prennent pas le risque de faire entrer des cryptoactifs dans leur bilan. Je pense notamment à certaines entreprises du CAC40 qui, aujourd’hui, hésitent à tenter l’aventure ICO.

 

« Enfin, la comptabilité des cryptoactifs n’est pas encore définie alors qu’elle détermine le régime fiscal applicable aux entreprises. En l’absence d’un régime stable […] de nombreuses entreprises ne prennent pas le risque de faire entrer des cryptoactifs dans leur bilan. Je pense notamment à certaines entreprises du CAC40 qui, aujourd’hui, hésitent à tenter l’aventure ICO. » William O’rorke

 

Justement, nous savons que l’inscription des cryptomonnaies (bitcoin ou autres) dans les lignes de comptabilité des entreprises nécessite une législation et des choix, qui impacteront le traitement fiscal : quels sont alors les impératifs humains pour que cela fonctionne ? Plus précisément, en termes de formations des collaborateurs et des équipes comptabilité ?

@William O’rorke

A court terme, les cryptoactifs vont nécessiter une formation des équipes comptables, notamment en raison du caractère programmable de ces actifs : un token action pourra se transformer en token d’usage en cours de vie, ou avoir ces deux caractéristiques parallèlement par exemple. Ces propriétés informatiques vont nécessiter des compétences nouvelles chez les comptables.

A plus long terme, c’est le métier de comptable qui devrait évoluer radicalement. La blockchain représente la brique technologique de confiance et de traçabilité qui permettra d’automatiser une part du travail – celle rébarbative d’ailleurs – d’un comptable. Certains projets blockchain, comme Balance3, permettent déjà une comptabilité sommaire en analysant les flux inscrits de manière irrévocable sur la blockchain. Évidemment, ce système ne fonctionne qu’avec des entreprises manipulant principalement des cryptoactifs, comme les startups en ICOs par exemple.  

 

Est-ce bien du rôle d’un gouvernement de réguler les conditions et règles d’usage des ICO ? Doit-on plutôt créer un organisme extérieur plus neutre et moins politisé pour réguler ?

@Hubert de Vauplane

Le gouvernement a l’initiative législative. Il ne me parait pas aberrant qu’il initie une démarche de régulation là où justement il n’y en a pas. Tout est question de dosage. Le pouvoir délégué à l’Autorité des Marchés Financiers dans le projet de loi PACTE est à cet égard un bon signe. Tout le succès ou l’échec de cette réglementation française va tenir dans la manière dont les services de l’AMF vont appliquer cette loi, notamment du fait que les ICOs sont fondamentalement différentes des IPO (Initial Public Offerings) et que l’on ne peut pas raisonner de manière équivalente à une IPO dans l’instruction d’un dossier d’ICO.

 

Alors, peut-on envisager un jour que l’Etat rachète des parts d’entreprise ou paye ses fonctionnaires en cryptomonnaies ?

@Hubert de Vauplane

Certains pays se sont lancés dans la possibilité de payer les impôts en cryptoactifs ; d’autres ont accepté que des sociétés payent leurs salariés en cryptoactifs. En fait, tout cela est un peu du “gadget” à ce stade, tant que les cryptos ne sont pas acceptées par le public, sauf par un petit milieu fermé. Le vrai changement se fera quand des banques centrales émettront leur propres monnaies sous forme digitale, non pas en recourant aux cryptoactifs actuellement existants, mais en créant des e-euros ou autres, en substitution (ou complément) de la monnaie fiduciaire. En fait, des projets sérieux en ce sens sont lancés, que ce soit en Suède, en Russie ou même en Grande Bretagne.

« Certains pays se sont lancés dans la possibilité de payer les impôts en cryptoactifs ; d’autres ont accepté que des sociétés payent leurs salariés en cryptoactifs. En fait, tout cela est un peu du “gadget” à ce stade, tant que les cryptos ne sont pas acceptées par le public, sauf par un petit milieu fermé. » Hubert de Vauplane

@William O’rorke

A court terme, je ne pense pas. A plus long terme, ça me semble tout à fait envisageable dans la mesure où la blockchain est la nouvelle technologie monétaire. Evidemment, il ne s’agira pas d’une cryptomonnaie comme le Bitcoin, c’est à dire publique, décentralisée et anarchiste, mais d’un e-euro sur lequel les autorités publiques exerceront un contrôle. En réalité, il s’agira plutôt d’une monnaie digitale qu’une cryptomonnaie.

Une banque centrale, comme son nom l’indique, est une autorité centralisée et politique. Je n’imagine pas ce type d’institution, et les Etats qui en soutiennent l’action, consacrer une cryptomonnaie qui est décentralisée et appartient exclusivement à ces utilisateurs. Bitcoin n’est pas la monnaie d’un Etat par exemple, bien que celui-ci pourrait lui donner cours légal.

Ainsi, j’imagine plutôt l’émission d’un token € sur une blockchain fermée sous le contrôle d’une banque centrale. Cette dernière pourrait ainsi jouir de l’innovation technologique sans remettre en cause son rôle politique (la monnaie est une institution sociale et politique avant d’être une technologie). En revanche, un token sur une blockchain fermée sous le contrôle d’une autorité est peut être une innovation mais il ne s’agit plus d’une cryptomonnaie, d’où l’usage du terme monnaie digitale : la blockchain sert ici à numériser la monnaie, sans en révolutionner le sens.

 

Biographies

Hubert de Vauplane :

Hubert de Vauplane

Hubert de Vauplane co-dirige l’activité des modes alternatifs de financement et d’investissement du bureau parisien de Kramer Levin, offrant une vision globale et intégrée tant en ce qui concerne les aspects regulatory que la structuration et l’exécution des transactions. Hubert intervient tant en droit européen qu’en droit français en matière de réglementation des services bancaires et d’investissement d’asset management et de fonds, de réglementation des investissements assurantiels de contentieux financiers et des titres, d’e-money et de services de paiement ainsi que de fusions et acquisitions dans le secteur des institutions financières. Il conseille également ses clients dans des domaines variés tels que la FinTech, la blockchain et les cryptomonnaies, ainsi qu’en matière de réglementation financière dans les secteurs de l’investissement, de l’asset management, des services de paiement et de la banque.

Hubert est expert auprès de l’AMF (membre de la Commission consultative Organisation et fonctionnement du marché), de la Commission européenne et de la Banque Centrale Européenne. Il est par ailleurs membre de divers groupes de réflexion de place tels que le Financial Market Law Committee, Paris Europlace, P.R.I.M.E. (Panel of Recognized International Market Experts in Finance) et le Haut Comité Juridique de la Place Financière de Paris.

Il enseigne le droit bancaire et financier international à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

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William O’rorke :

 

William O'rorke

William O’rorke est diplômé de l’HEDAC, l’Ecole d’avocats de Versailles et en Droit du numérique à Paris I.

En charge du pôle Compliance de Blockchain Partner, William O’rorke possède une expertise reconnue sur les enjeux juridiques des cryptoactifs, ICOs et blockchain. À ce titre, il participe activement à différents groupes de travail pour faire évoluer la réglementation (France stratégie, Finance innovation, ChainTech) en plaidant auprès des pouvoirs publics.

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Les banques ont bien saisi l’intérêt de placer les technologies d’intelligence artificielle au cœur de leurs outils et démarches afin d’améliorer leurs offres et de se différencier. Selon une étude d’Accenture en 2017, 78% des banquiers pensent que l’IA permettra des interfaces utilisateurs simplifiées et une expérience client plus humaine.

Les banques s’expriment beaucoup sur les technologies qu’elles intègrent, comme les robots conversationnels (Djingo chez Orange Bank), les assistants financiers virtuels (Erica chez Bank of America), la gestion automatique de la relation client (OWI chez Crédit Mutuel), etc.

Alors que le focus se fait sur toute l’expérience et la relation client, l’IA peut-elle aider la banque sur d’autres enjeux et notamment des enjeux plus internes ? Par exemple, comment impliquer et acculturer ses collaborateurs aux nouveaux usages de l’IA ?

Nous avons interrogé Nicolas Méric (CEO et fondateur de DreamQuark) et Benoît Raphaël (expert en innovation digitale et média, éleveur de robots). L’un œuvre pour l’amélioration des usages IA, l’autre par l’acculturation à l’IA pour les collaborateurs : quels regards ont-ils sur l’intelligence artificielle et son rôle interne dans les banques ?

 

Nicolas Méric, pouvez-vous présenter DreamQuark ?

@Nicolas Méric (DreamQuark)

J’ai monté Dreamquark il y a quatre ans et on commençait à peine à parler de la technologie du deep learning. Le deep learning est un ensemble de technologies et d’algorithmes qui sont utilisés aujourd’hui par tous les géants du numérique et qui ont permis tous les progrès récents en IA. Ce que je voyais c’est que, bien que tous les résultats qu’ils apportent sont merveilleux, il y avait une difficulté d’appréhension par les utilisateurs, notamment parce que ces algorithmes sont vus comme des boîtes noires. Ce sont des algorithmes apprenants (on leur donne des données) et ils apprennent à identifier dans ces données, des patterns qui leur permettent de prendre des décisions. Sauf que les algorithmes n’étaient pas capables jusqu’à présent de les expliciter et les utilisateurs n’étaient pas en mesure, ou ne voulaient pas, les suivre parce qu’ils se disaient : “Je ne comprends pas la réalité de la décision”.

Chez DreamQuark, nous avons travaillé sur ce sujet, on a fait en sorte que ces algorithmes ne soient plus des boîtes noires, que chaque décision soit explicitée pour que les utilisateurs métiers les comprennent. Il y a des enjeux réglementaires, des enjeux d’opérationnalisation. Aujourd’hui, avec la RGPD, un nouveau droit à l’explication est instauré. Dès lors qu’il y a un traitement automatisé réalisé à partir des données du client, le client peut demander pourquoi cette décision a été prise, notamment lorsque ça impacte sa vie.

On a ensuite vu que les banques avaient du mal à utiliser ces technologies. On a démocratisé ces technologies via une plateforme, Brain, qui est extrêmement simple pour que même des personnes qui n’ont pas de compétences en data science mais qui connaissent bien leur métier, puissent avoir un accès facilité à ces technologies. A travers la plateforme, ils peuvent prendre des données qui sont dans plusieurs bases au sein de leur organisation ; les combiner entre elles ; faire en sorte qu’elles soient facilement utilisables par des algorithmes ; entraîner ces algorithmes à détecter par exemple la fraude, les clients qui risquent de partir, les appétences des clients pour certains produits ou encore mieux cibler les alertes de blanchiment, etc. Une fois un modèle performant défini et une fois qu’ils ont compris et sont capables d’expliciter chacune des décisions, ils peuvent facilement le déployer et l’intégrer aux systèmes existants.

 

Benoît Raphaël, pouvez-vous présenter Flint ?

@Benoît Raphaël (Flint)

Flint est une intelligence artificielle  que vous pouvez entraîner pour qu’elle chercher pour vous des articles de qualité, de façon personnalisée, tout en essayant de vous sortir de la bulle dans laquelle vous enferment les réseaux sociaux.  Avant on avait besoin d’être très spécialisés ; maintenant comme les métiers se mélangent et que les concurrents peuvent émerger un peu de n’importe où, le travail de veille demande à avoir un esprit très ouvert. Or, l’écosystème de l’information et les outils que l’on a (qui marchent soit par mots clés, soit par personnalisation) finissent par nous enfermer. Flint est donc à la fois un moyen d’avoir une revue de presse personnalisée, de gagner du temps, et de s’ouvrir à des idées nouvelles et de nouvelles sources d’information.

C’est en même temps une expérience d’entraînement d’intelligence artificielle, qui permet de comprendre comment elle fonctionne.

 

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle apporte concrètement aux banques ? Avez-vous des exemples d’usages IA chez DreamQuark ?

@Nicolas Méric

La valeur que l’on voit pour les banques, c’est d’un côté une capacité à être plus efficace dans leurs processus et d’un autre côté de meilleurs retours sur investissements. Aujourd’hui chez DreamQuark, on a trois grandes offres que l’on propose aux banques. La première est une offre autour de l’analyse des risques (par exemple mieux identifier les défauts, détecter les fraudes), la deuxième offre concerne la conformité (lutte contre le blanchiment) et la dernière est autour du marketing (up-sell, cross-sell, lutte contre l’attrition). Ce qu’on voit beaucoup aujourd’hui, c’est que les banques veulent tirer parti de leurs historiques clients, où elles ont beaucoup d’informations. Avec l’IA, elles peuvent apprendre de cet historique client, identifier des choses qui demanderaient un gros travail d’analystes pour les identifier, améliorer leurs offres commerciales et processus. D’un autre côté, ça leur permet de mieux cibler les clients et identifier des clients qu’elles n’auraient pas eu l’idée de cibler pour leur vendre un produit. Et en ce qui concerne la lutte contre le blanchiment et contre les fraudes, cette technologie leur permet de créer de nouvelles alertes et même de réduire toutes les fausses alertes, ce qui correspond à du temps passé par les équipes. Mais c’est surtout un problème pour l’expérience client, car si un paiement par carte est refusé pour de mauvaises raisons, le client sera pénalisé et insatisfait. Et dès lors que ces analyses de fraude ou de blanchiment sont réalisées par des humains, cela prend un temps supplémentaire : la réduction de ce délai améliore l’expérience client.

DreamQuark est vraiment sur la partie décisionnelle : aider le banquier, le conseiller de relations clients ou la personne qui fait de l’analyse à être plus efficace, à gagner du temps dans sa journée et à prendre de meilleures décisions.

 

Toutes les banques parlent de l’intelligence artificielle via leurs nouveaux outils de relation client et de l’IA comme d’un différenciateur relation client et d’un accélérateur de croissance : qu’en pensez-vous ?

@Benoît Raphaël

L’apparition de l’intelligence artificielle dans notre quotidien et dans l’entreprise apporte autant de promesses que de questions.  La première étant celle du traitement des données.

Prenez cette histoire du robot recruteur expérimenté par L’Oréal. Il y a quelques semaines, le futur DRH de L’Oréal donnait une interview à Linkedin. Il racontait très tranquillement que l’IA était vachement bien et que des essais sur l’IA et le recrutement étaient déjà en cours en notamment Asie. Il disait que ça marchait super bien et que l’IA permettait de trouver des profils qu’un humain n’aurait pas forcément identifié, parce que l’humain était peut-être plus enfermé dans ses codes à lui. Ce qui est super intéressant à regarder ce sont les réactions : elles résument toutes les problématiques auxquelles on va être confronté ces prochaines années sur l’apparition de l’IA au travail. Ces réactions commencent par “Va t’on être sélectionné par un robot ?” et “Mais s’il y a des biais?” : on peut dire qu’il y a des biais chez les humains, qu’ils soient sexistes ou racistes, mais il peut également y avoir des biais dans l’IA. La deuxième question, c’est : “Est-ce que le robot va nous remplacer ?”. Ces réactions sont passionnantes, elles montrent que ce n’est pas si simple que cela et que l’on ne peut pas les aborder de façon si nonchalante. Chez les collaborateurs, on a une compression de “Qu’est-ce qui nous attend dans l’entreprise ?” ; pour les individus c’est “Qu’est-ce que l’on fait de mes données ?”, “Le robot va t’il détecter si je suis capable d’avoir un prêt ou pas ? Et il le décrète selon quelles décisions ? Peut-être que moi je peux influencer mon banquier humain, mais comment puis-je influencer mon banquier robot ?”.  Il y a un rapport à la confiance et il y a aussi la robophobie : le robot n’est pas humain. Chez Flint, notre travail est de créer une interface pour que les robots et les humains puissent travailler ensemble pour aller chercher de l’information et on se rend compte que c’est une problématique de confiance et de transparence. Il faut que l’utilisateur sache pourquoi l’IA a pris telle ou telle décision, pourquoi on m’amène telle information et quel est le parcours ?

 

Comment l’IA est appréhendée par les collaborateurs ?

@Benoît Raphaël

L’IA permet d’automatiser des tâches répétitives et souvent inintéressantes pour se concentrer sur autre chose. Reste à déterminer ce sur quoi les collaborateurs vont se concentrer et comment chacun va s’adapter à ces nouvelles organisations.

Plusieurs grandes entreprises, dont deux dans le domaine de la finance, ont adopté des robots Flint en interne. On choisit deux parents adoptifs dans l’entreprise, qui vont prendre soin de l’éducation du robot et lui faire chercher des articles, voir avec lui si l’article est de qualité ou pas. Les différents modèles de machine learning et de réseaux de neurones permettent au robot d’évoluer petit à petit. C’est une expérience qui a été très créative pour eux, le robot devient un nouveau collaborateur, il prend forme (il y a un artiste qui travaille dessus) et à la fin, les collaborateurs réalisent que même s’il s’agit de la même technologie, le robot qu’ils ont éduqué est unique: il a bénéficié de leur expertise. Quand on se pose la question des talents que nous allons devoir recruter, c’est sans doute commencer à se dire qu’en interne on a beaucoup d’expertises. L’expertise est une valeur humaine très importante dans l’entreprise. L’IA ne peut se contenter que d’algorithmes et de données: les données, si vous ne leur donnez pas du sens, cela crée des biais. Il faut donner du sens aux données, savoir ce que l’on veut et aller chercher l’expertise dans l’entreprise. La force de l’Intelligence artificielle c’est la prédiction. Mais sans interaction avec l’expertise humaine, elle peut nous emmener dans le mur.

 

Dans quels domaines l’IA peut aider la banque à progresser, hors la relation client ? Vers où se dirige t’on dans les cinq prochaines années ?

@Nicolas Méric

Je pense que l’IA va aider l’ensemble des secteurs de la banque. Il n’y a rien de nouveau à ce que la banque utilise différents modèles d’IA. Dans un premier temps, il y a l’expérience client et ça concentre beaucoup d’efforts : on parle beaucoup des chatbot. Nous ce qu’on voit, c’est que les utilisateurs de notre solution le font dans un but de mieux vendre, mieux cibler les clients à qui ils vont faire des offres, travailler mieux leurs offres ; analyser les risques ; et tous les sujets réglementaires, à savoir la lutte contre la fraude et contre le blanchiment. Les grands acteurs de la banque et de l’assurance viennent vers nous pour ces sujets.

Ça c’est rapide, parce que c’est une approche pragmatique. Grâce à ça, ils sont capables de voir que, sans changer grand chose, ils ont du retour sur investissement, qu’ils deviennent plus efficace et que l’IA apporte de la valeur. Elle rend les collaborateurs plus efficaces en les aidant à prioriser leur travail, à aller chercher l’information plus facilement. Je pense qu’on va aussi pouvoir adresser des sujets de Ressources Humaines, mais ça sera peut-être plus tard. Les cas d’usages peuvent être de la recherche de CV, pour mieux recruter.

Il y aura aussi des sujets sur la construction d’offres qui vont exploiter de l’IA, puisqu’elles ont beaucoup de données : en les analysant, ça leur permet de comprendre les produits qui marchent, ce qu’elles doivent améliorer dans leurs produits, éventuellement des besoins non satisfaits de leurs clients.

Ces questions sur les offres, on les voit dans la lutte contre le churn. Le sujet du churn, c’est bien d’identifier les clients qui vont partir, mais si on veut les retenir il faut leur proposer quelque chose. En identifiant les drivers de la décision d’un client qui veut partir, elles sont capables d’identifier là où elles doivent s’améliorer, des plans d’actions pour les retenir. Ça peut être des actions commerciales à mettre en place, ça peut être des offres ou leurs services clients à améliorer. Ça va permettre in fine d’améliorer les processus.

L’ensemble de la banque est impactée, sauf que les banques y vont par étapes : dans un premier temps l’objectif de l’IA est effectivement de permettre de fournir des services 24h/24, 7j/7, de générer du ROI (Return On Investment) et d’être plus efficaces. Ce sont les premières étapes pour l’instant.

 

Qu’apporte concrètement le robot Violette élevé par 3 collaborateurs de 89c3, l’écosystème digital du Groupe BPCE ?

@Benoît Raphaël

Le robot a été élevé les Digital Champions du Groupe BPCE , une quarantaine de collaborateurs répartis dans l’ensemble des groupes Banques Populaires et Caisses d’Epargne régionaux. Trois collaborateurs ont entraîné de l’IA. Ça a été vécu comme une expérience : il y a toutes les questions qu’on se pose autour du rôle de l’humain dans un monde dans lequel l’IA va automatiser un certain nombre de choses. Ils ont donc entraîné leur robot sur la thématique de la “Transformation digitale”, pour essayer de comprendre et de trouver des exemples dans d’autres entreprises, d’autres secteurs, pas seulement la banque. Il s’agissait de voir comment les entreprises se réadaptent, se réorganisent dans un monde de transformation digitale.

D’ailleurs, cela a posé pleins de problèmes : la “transformation digitale” est devenue un mot-clé, un hashtag, et ça veut tout et rien dire. C’est ça qui était intéressant : ils ont trouvé pleins d’articles sur la transformation digitale de consultants ou de boîtes qui vendent des logiciels et qui vous expliquent “Les 6 choses qu’il faut faire pour la transformation digitale”. En fait, la transformation digitale ne veut pas dire grand chose, parce que le monde est digital. Ce qui est important, c’est la transformation des comportements dans un monde qui est digital : ce sont les relations à l’autre, les relations aux données et à la protection des données qui sont différentes. Dans l’entreprise, tout cela est complètement différent. Cela rejoint les RH, la technologie, les métiers des banques.

Il est essentiel de se poser la question de : “Qu’est-ce qui m’est vraiment utile comme information ?”, de ne plus rester passif (c’est-à-dire rentrer deux ou trois mots clés et voir à peu près ce qui passe). C’est important dans le monde dans lequel on vit, et notamment dans les banques qui évoluent très très vite sur le digital et sur l’IA, avec de plus en plus de concurrents. On s’est rendu compte qu’il fallait être beaucoup plus précis et chercher des choses qui correspondent à des besoins qu’on a. C’était un mot clé que l’on utilisait mais sans vraiment y faire attention, donc sans vraiment s’informer.

Violette, c’est le nom de leur robot-e, a donc eu comme mission d’éviter tout le bullshit des experts autoproclamés en transformation digitale. Dans l’univers de l’information autour de la transformation digitale, c’est bullshit à 200%.

 

Au final, ça a permis aux collaborateurs qui ont entraîné le robot Violette de prendre du recul et de se poser les bonnes questions…

@Benoît Raphaël

Oui, au début ils se posaient des questions : “Est-ce que c’est le robot qui ne marche pas bien?”, “Est-ce que c’est moi qui entraîne mal le robot ?” ou “Est-ce que c’est un thème qui est super compliqué?”. Finalement, on a eu beaucoup de déchets à enlever des recherches qu’on a faite. C’était assez passionnant pour ça. C’est un des principaux retours qu’on a eu.

Après, on se rend bien compte que Violette est un symbole : mais l’intérêt est pour chacun d’entraîner assez rapidement sa propre IA autour de différentes thématiques et éventuellement de le partager avec des collaborateurs qui n’ont pas envie ou le temps de le faire. C’est ce qui est fascinant aujourd’hui : dans la veille que l’on fait sur tous les domaines, il est essentiel de bien comprendre que l’IA n’a pas la vérité en soi. Les données ne sont pas objectives : elles sont comme les mathématiques, elles ne sont pas objectives. Il faut leur donner du sens et le sens se fait lorsque l’on sait ce que l’on envoie et sur quoi on entraîne. Il y a beaucoup de grandes boîtes qui me disent à propos de leur IA, que leurs réseaux de neurones sont entraînés sur les mêmes bases de données de tout le monde (des bases de données publiques). Il ne faut pas penser l’IA comme une technologie qui va remplacer l’humain et prendre les bonnes décisions à votre place parce que les données sont complètement objectives : c’est faux. L’enjeu aujourd’hui est de créer les bonnes interfaces qui permettent aux humains et à l’IA de travailler ensemble, de savoir ce qu’on envoie comme données. Il faut avoir une vraie transparence dans ces échanges-là.

L’IA doit-il pousser les collaborateurs à être plus productifs, collaboratifs ?

@Nicolas Méric  

Je pense qu’il ne faut pas être dans une approche où l’on met de la pression sur les collaborateurs parce que le changement ne se fera pas comme ça. Je pense plutôt que la banque elle-même doit changer et l’IA lui permet de changer dans ce sens-là. Lorsque l’on essaye d’imposer des choses trop violemment aux collaborateurs en leur disant : “Maintenant vous avez l’IA, vous avez des contraintes de productivité et d’efficacité !”, je pense que personne ne sera favorable au changement. Il vaut mieux le présenter comme un outil, qui leur permet d’être plus pertinent vis-à-vis de leurs clients, parce qu’ils fournissent une meilleure expérience client, parce qu’ils sont en mesure de vendre le bon produit au bon client et faire en sorte que le client soit content parce qu’on l’appelle moins pour de mauvaises raisons. Et surtout de dire à toutes les personnes en back-office qui passent du temps sur des tâches à faible valeur ajoutée, voire à zéro valeur ajoutée, que grâce à l’IA ils n’ont plus à les faire et qu’ils peuvent passer plus de temps sur des tâches qui ont du sens. Moi, mon point n’est pas de rendre les gens plus productifs ou plus collaboratifs, ou d’être dans un approche stakhanovitste. Redonner du sens et l’IA permet de mon point de vue de redonner du sens à beaucoup d’activités qui sont faites au sein des banques.

 

« La banque elle-même doit changer et l’IA lui permet de changer dans ce sens-là. Lorsque l’on essaye d’imposer des choses trop violemment aux collaborateurs en leur disant : “Maintenant vous avez l’IA, vous avez des contraintes de productivité et d’efficacité !”, je pense que personne ne sera favorable au changement. » Nicolas Méric

 

@Benoît Raphaël

Le problème de la performance et de la productivité est très compliqué avec l’IA. Parce que face aux robots, on ne va jamais gagner, il sera toujours plus performant. D’ailleurs, ce problème est un miroir des types de sociétés, des modèles d’entreprises que l’on a construit, et qui permet de nous rendre compte qu’on va vite être dépassé par l’IA. Si l’objectif est d’être le plus performant possible et d’aller de plus en plus vite, l’humain va être complètement dépassé. Ça nous interroge beaucoup sur le sens et la valeur de ce qu’on apporte dans la société et dans nos entreprises.

Il faut démystifier l’IA : ce sont des outils qui sont certes extrêmement efficaces, mais c’est bien l’interaction avec ces outils qui va nous permettre de trouver de la valeur ajoutée, du sens et de savoir ce qu’on veut faire avec ces outils. Ils vont nous permettre d’automatiser : donc qu’est-ce qu’on veut inventer avec ? Quelle histoire veut-on raconter avec nos produits, avec nos clients, à l’intérieur de notre entreprise ? Je pense que notre capacité à raconter une histoire pour travailler ensemble est l’une des principales valeurs de l’humain. On est vraiment rendu à un point où ces questions-là sont importantes.

 

Est-ce que l’intelligence artificielle doit plus bénéficier à l’entité de l’entreprise ou aux collaborateurs de cette entreprise ? L’usage de l’IA doit-il d’abord avoir une visée collective ou individuelle ?

@Nicolas Méric

Si on commence à mettre l’individu de côté ça n’ira pas. Mais il y a effectivement un gain collectif pour l’entreprise : grâce à l’IA, l’entreprise est plus conforme, elle peut fournir une meilleure expérience et gagner de nouveaux clients, de nouveaux revenus. Ça c’est le bénéfice pour l’entreprise. Pour le collaborateur, c’est lui mettre moins de pression et lui redonner un travail comme je disais qui a plus de sens. C’est lui donner plus de temps pour faire un travail de meilleur qualité. Il y a un gain à la fois pour la collectivité et à la fois pour l’individu à utiliser ces nouveaux outils.

@Benoît Raphaël

Lorsque l’on parle d’IA, on parle d’entraînement. On dit souvent qu’il faut beaucoup de données : on se rend compte aujourd’hui, que ce n’est pas forcément d’un grand nombre de données dont on a besoin. Parce qu’au jeu de “Qui a la base de données la plus grosse?” on sait qui va gagner… L’important est d’avoir des données intelligentes, qui soient utiles et qui permettent d’aller beaucoup plus vite.

La question est de savoir “Qui entraîne l’IA?”. Une fois qu’on a dit ça, on comprend bien que cela implique des comportements beaucoup plus collaboratifs avec l’entreprise, mais aussi avec les clients, on fait appel à une sorte de générosité des clients et des collaborateurs pour partager leurs expertises, en toute conscience et transparence. L’IA crée des outils qui vont s’alimenter des données de tout le monde, forcément ça implique d’avoir une approche collaborative dans les entreprises mais aussi dans les relations clients.

Selon vous, c’est donc plus à visée collective?

@Benoît Raphaël

Oui, parce que la question c’est les données, et la qualité de ces données-là. Soit on les prend en masse, on les redistribue et on risque de créer des biais et des problématiques de confiance. Soit on essaye justement de rendre ces données-là plus intelligentes : ça nécessite de la transparence et des mécaniques collaboratives qui peuvent être des interactions plus claires entre l’IA et les clients ou les collaborateurs, de façon à ce que les données soient envoyées de façon beaucoup plus intelligentes.

La clé sera plus la smart data que la big data.

« La question est de savoir “Qui entraîne l’IA?”. Une fois qu’on a dit ça, on comprend bien que cela implique des comportements beaucoup plus collaboratifs avec l’entreprise, mais aussi avec les clients, on fait appel à une sorte de générosité des clients et des collaborateurs pour partager leurs expertises, en toute conscience et transparence. […] La clé sera plus la smart data que la big data. » Benoît Raphaël 

 

Biographies

Nicolas Méric :

Nicolas Méric, CEO et fondateur de DreamQuark

Nicolas Méric est le fondateur et CEO de DreamQuark.

Nicolas a un doctorat en physique des particules (Paris-Diderot), est passé par le Magistère de Physique fondamentale d’Orsay, où il s’est intéressé au machine learning et particulièrement aux réseaux de neurones (Deep Learning). Via cette technologie, il souhaite révolutionner la façon dont les entreprises traitent leurs données au quotidien, pour sortir le machine learning du monde académique et la rendre accessible aux experts métiers dépourvus de formation en Data Science.

Il crée DreamQuark en 2014 avec pour objectif le développement de Brain, une plateforme qui automatise l’entrainement de modèles prédictifs basés sur le Deep Learning et qui permet le déploiement simple et rapide d’applications métier capables de répondre aux problématiques des entreprises, en particulier dans les secteurs financiers et dans la santé.

En 2016, Nicolas Méric crée DreamUp Vision, qui permet grâce au Deep Learning de diagnostiquer de manière précoce la rétinopathie diabétique, principale cause de cécité au sein de la population active.

DreamQuark compte aujourd’hui 28 salariés, a levé 3 millions d’euros, et est régulièrement primée pour son innovation. Nicolas Méric a été reconnue en 2017 comme l’un des « 10 cerveaux français qui fascinent » dans le domaine de l’Intelligence Artificielle (source : Alliancy).

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Benoît Raphaël :

Benoît Raphaël, expert innovation, fondateur de Flint

Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, journaliste, blogueur et entrepreneur. Il est aujourd’hui « éleveur de robots ».

Sa conviction : que tout le monde a droit à la parole, que tout le monde peut changer le monde.

Depuis 2010 Benoît accompagne de nombreux médias et marques dans leur stratégie d’innovation éditoriale et business et dans la réorganisation de leurs équipes, souvent de façon très opérationnelle (Le Nouvel Observateur, Le Parisien, L’Express, La Tribune, TF1, Eurosport France et UK, le groupe Moniteur, Arte, etc.). Il a notamment créé le service digital du journal Nice Matin et lancé leur offre abonnés, tournée vers le journalisme de solution : sa réussite se mesure au plus de 70% d’abonnés rapportés en un an.

Il a également été à l’origine de nombreux médias innovants & à succès sur Internet : Le Post.fr (groupe Le Monde), Le Plus de l’Obs, Le Lab d’Europe 1.

En 2017, il lance « Flint« , une expérience collaborative entre humains et robots. Flint est une newsletter personnalisée confectionnée par des robots grâce à l’intelligence artificielle.

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