Utiliser les technologies de la Blockchain pour réaliser les objectifs de l’Accord de Paris, est-ce possible ? Inconcevable et utopique pour certains, cette initiative a pourtant obtenu le soutien de l’ONU. Mais, pourquoi choisir la Blockchain plutôt qu’une autre technologie ? La réponse réside dans l’inviolabilité et la traçabilité sans faille de cette technologie. De même, elle peut compter sur un registre décentralisé.

Qui se cache derrière cette initiative ?

L’Institut Louis Bachelier est à l’origine de cette idée non moins singulière. Celle de faciliter la mise en œuvre des ambitions de l’Accord de Paris sur le climat grâce à la Blockchain. Elle s’inscrit d’ailleurs dans le cadre du projet The Climate Chain (Coalition de la chaine climatique, NDRL). L’ILB l’a présenté officiellement lors de la conférence Fin&Tech Community organisée par le pôle de compétitivité Finance Innovation.

La Blockchain au service de l’action pour le climat

La réalisation de l’Accord de Paris implique en général le renforcement des dispositifs de MRV — monitoring, reporting, vérification —. Et ce, aussi bien pour le suivi des actions étatiques que non gouvernementales. Parce que cet accord climatique se base sur le consensus, la Blockchain dispose de techniques qui répondent le mieux à cette exigence. Elle promet en effet traçabilité, transparence et fiabilité. Bref, de quoi consolider un consensus qui s’avère aujourd’hui difficile à tenir.

C’est comme le souligne si bien Stéphane Voisin, spécialiste finance verte et innovation digitale durable à l’ILB. « L’Accord de Paris deviendra effectif en 2020, nous nous situons donc dans une fenêtre d’opportunités pour rechercher des solutions qui permettront de créer une infrastructure digitale afin de porter ses ambitions. La blockchain nous est apparue comme la solution la plus pertinente pour créer des consensus et des standards, apporter de la transparence et créer un cadre de reporting. »

En plus, certains pays ne disposent pas de systèmes de MRV. Mettre au point un protocole commun constitue ainsi une solution pertinente. Comme en témoignent encore les propos du coordinateur de projet au sein de l’ILB. « La blockchain peut être une solution technologique assez low cost et facile d’accès avec une mise en œuvre rapide. »

Selon toujours Stéphane Voisin, il importe de créer à terme un système interopérable, responsable et durable. « Les initiatives blockchain au niveau des États et sur le terrain se démultiplient. L’idée est de créer une interconnexion entre ces initiatives pour créer une sorte de puzzle de blockchain qui permettrait de couvrir une part de l’économie suffisamment importante pour avoir un impact. »

Blockchain et Accord de Paris sur le climat : n’y a-t-il pas une certaine contradiction entre eux ?

Oui, la Blockchain est une technologie très énergivore. Tel est notamment le cas du Bitcoin dont l’empreinte énergétique pèse aussi lourdement que son cours. Néanmoins, il existe actuellement des blockchains moins énergivores qui utilisent le système proof of stake. C’est dans cette optique que la Coalition de la chaine climatique travaille sur l’élaboration de blockchains alternatives plus respectueuses de l’environnement.

La Blockchain pourrait ainsi représenter une des clés d’application de l’Accord de Paris. Mais, seul l’avenir nous le dira.