Le 13 janvier 2018, la 2ème version de la Directive sur les services de paiements (DSP2) est officiellement entrée en vigueur dans toute l’Union Européenne. Elle abroge ainsi la première Directive de 2007.

Nous avons demandé à l’entrepreneur et investisseur Damien Guermonprez de dresser un rapide bilan, un an après la DSP2 : quels enjeux ? quelles avancées pour les Fintech ? Et pour les établissements bancaires, d’abord frileux à la perspective d’ouvrir leurs données aux Fintech ?

Damien Guermonprez, qui êtes-vous et pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je préside Lemon Way, établissement de paiement qui a ouvert 5 millions de comptes de paiement en cinq ans sur 28 pays via 1 400 places de marché.

Diplômé de l’Essec et du MBA d’Harvard, j’ai créé et dirigé 15 établissements de crédit, sociétés de leasing ou compagnies d’assurance pour le compte de grands groupes, dont Oney Bank, la division bancaire du Groupe Auchan pendant une dizaine d’années. Désormais, j’investis pour mon compte dans l’ex Cetelem Belgique et une vingtaine de startups dont la moitié sont des Fintech (EdenPay, Evollis, Babyloan, Pumpkin, Tudigo, Wedoogift, Tiller Systems, Hoolders, TacoTax, Masuccession.fr, Seald, Trustpair, Julaya).

Quel bilan faites-vous 1 an après la mise en application de la 2ème version de la Directive européenne sur les services de paiement ?

En tant qu’établissement de paiement, nous avons essentiellement tiré parti de la 1ère réglementation, qui a menée à la création de Lemon Way.

La DSP2 bénéficie surtout à deux types de Fintech. Les agrégateurs bancaires, comme Bankin ou Linxo, qui permettent à leurs clients d’agréger au sein d’une interface unique l’ensemble de leurs comptes bancaires, de paiement comme d’épargne afin de faciliter la gestion de ces comptes au quotidien. Grace à la DSP2 les agrégateurs peuvent ainsi récupérer les données auprès des sites web des banques grâce aux identifiants de leurs clients.

La DSP2 favorise également les initiateurs de paiement comme Lydia ou Pumpkin, qui permettent d’exécuter des opérations de paiements, virements, en leur nom auprès de leur banque depuis leurs smartphones. Un service qui simplifie considérablement les émissions d’ordre de paiement et qui facilite les transactions, en réduisant les délais de paiement.

Il est un peu tôt pour tirer un bilan, toutefois, cette 2nd directive présente de nombreux aspects intéressants. Elle va permettre une harmonisation de la réglementation à l’échelle européenne et va contribuer à renforcer la connaissance des utilisateurs, ce qui va permettre une amélioration des process dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Est-ce que la directive a été suffisamment loin selon vous ? 

Je pense qu’elle a été suffisamment loin, car son objectif est non seulement de faciliter davantage l’émergence de nouveaux acteurs mais également de renforcer la sécurité des paiements.

Une évolution majeure pour l’industrie permettant ainsi aux Fintech de s’affranchir d’un adossement à un groupe bancaire voire à un GAFA, et ainsi de garantir leur indépendance. Un texte qui permet donc aux Fintech de devenir des acteurs financiers à part entière, évoluant dans un environnement fortement réglementé.

La Directive est également une belle aubaine pour les banques de se rapprocher de certaines d’entre elles qui agissent en marque blanche afin de créer des applications performantes et innovantes. En plus des solutions qu’elle apporte, la DSP2 aura réussi le pari de renforcer les liens entre les Fintech et les banques. Cette nouvelle directive est également très complète du point de vue réglementaire.

Selon vous, est-ce que toutes les grands établissements bancaires ont “joué le jeu” (accès des données aux PSP, communication client, etc.) ?

Les banques ont toujours joué le jeu, et ce depuis la DSP1 en 2007 (qui a mené à la création des établissements de paiement). Elles sont dans une logique de collaboration avec les Fintech, ce qui est encourageant pour l’ensemble de l’écosystème !

Pouvez-vous nous parler du partenariat entre Lemon Way et la Fédération Française de Football ?

La DSP2 impose à la Fédération Française de Football ainsi que toutes les places de marché en Europe de faire appel à un tiers de confiance (établissement de paiement ou banque) pour collecter en ligne les paiements de leurs clients et payer leurs fournisseurs. Le plus souvent les associations comme la FFF ne sont pas conscientes d’être des places de marché : notre objectif est donc de les accompagner dans leur mise en conformité.

Lemon Way accompagne ainsi la FFF pour faciliter le paiement et la facturation des cotisations des licenciés. Les 15 000 clubs de football français peuvent ainsi proposer à leurs 2 millions de licenciés de régler leur adhésion en ligne par carte bancaire.