A force de parler des nouveaux services et produits Fintech, on en viendrait presque à oublier que la seule ouverture d’un compte ou d’une assurance n’est pas donnée à tout le monde. L’accès aux services financiers n’est plus tellement un sujet en France, car nous sommes l’un des pays les plus bancarisés sur le continent européen. 99% des français ont un compte auprès d’une banque, et certains établissements proposent depuis quelques années des offres à des tarifs aménagés : Orange Bank, C-Zam (Carrefour), Hello Bank, etc. Un rapport de la Banque de France de juin 2017 annonce qu’environ 500 000 personnes ne disposent pas de compte bancaire.

Quant aux assurances, même si la France reste un pays envié pour ses services, ce serait mentir que de dire que nous sommes tous assurés selon nos souhaits. L’information à tous nos droits est souvent peu accessible ou mal lisible.

Certains en ont fait leur cheval de bataille : nous avons le plaisir d’accueillir Eric Mignot, le fondateur et CEO de Plus Simple et Hugues Le Bret, cofondateur et CEO de Nickel pour échanger autour de ces questions.

Retrouvez la dernière conversation croisée sur l’accessibilité aux services Fintech aux seniors par ici.

Eric Mignot, pouvez-vous vous présenter et nous parler des derniers KPIs de +Simple ?

@Eric Mignot

Bonjour, je suis le cofondateur et Président de +Simple. Après avoir dirigé l’assureur britannique Hiscox pendant 5 ans et avoir été Directeur France de Boursorama lors du lancement de la banque en ligne, j’ai créé en 2015 +Simple, le 1er courtier digital dédié aux professionnels, indépendants et TPE. Nous finissons l’année avec près de 10 000 clients professionnels, essentiellement indépendants.

 

Hugues Le Bret, quels sont les derniers KPIs de Nickel ?

@Hugues Le Bret

Nous ouvrons un point de vente toutes les heures – soit 200 de plus par mois pour un total de 4500 buralistes Nickel fin décembre 2018 – et un nouveau compte toutes les vingt secondes, soit 33.000 nouveaux clients par mois. Depuis février 2014, 1.100.000 comptes Nickel ont été ouverts.

Eric Mignot, vous avez choisi d’appeler votre service “+Simple” : pourquoi ? Quels étaient vos constats de départs sur l’offre assurantielle aux petites entreprises ?

@Eric Mignot

Notre constat était que pour couvrir l’ensemble de leurs besoins, les professionnels sont obligés de répondre à 300 questions, signer entre 5 à 10 polices d’assurances et recevoir 1000 pages de papier ! Avec +Simple nous recentrons le secteur de l’assurance sur le client. Grâce à notre robot courtier, le client donne le nom de son entreprise, répond à une dizaine de questions, reçoit des propositions sur-mesure qu’il signe et paie en ligne. Il retrouve instantanément ses attestations, factures et documents dans son coffre fort électronique personnel.

 

Hugues Le Bret, s’appuyer sur un réseau de commerçants de proximité pour proposer des services bancaires à bas coût, cela peut paraître évident. Comment l’idée vous est venue ?

@Hugues Le Bret

L’idée d’origine vient de l’expérience des buralistes dans la téléphonie, les cartes prépayées et le transfert d’argent. Pour ouvrir un compte en cinq minutes en respectant les procédures de conformité dont la vérification physique de l’identité, il fallait un point de vente physique avec des dirigeants responsables, propriétaires de leur fond de commerce et chacun agréé par l’ACPR. Le facteur clé de succès a été l’accord avec la Confédération des buralistes en octobre 2013, toujours actionnaire de Nickel à hauteur de 5%.

La France est un pays où l’accès aux services financiers est relativement facile : doit-on encore en faire un sujet et en parler ?

@Eric Mignot

L’assurance est un secteur structurellement orienté produit et très peu client. C’est encore pire pour les “petits pros” qui représentent un certain niveau de complexité mais sont trop peu rentables pour justifier d’y consacrer le temps de conseillers de clientèles. Du coup l’expérience client ressentie par ces professionnels est peu satisfaisante.

De plus, si vous ne savez pas que vous avez besoin d’une responsabilité civile professionnelle en plus d’une responsabilité civile exploitation – 😉 – vous pouvez avoir de graves trous de garanties.  Donc oui, il est indispensable de faciliter l’accès à l’assurance pour les professionnels et indépendants.

@Hugues Le Bret

Les solutions d’accessibilité et, plus largement, d’inclusion bancaire étaient humiliantes, fastidieuses et marginales avant Nickel, où quelques dizaines de milliers de personnes chaque année seulement bénéficiaient du droit au compte. Selon Panorabanque, plus de 40% des Français sont en dépassement d’autorisation de découvert au moins une fois par trimestre et subissent les frais d’incident induits, souvent de plusieurs centaines d’euros par an. Il n’existait pas d’offre de compte sans découvert et sans frais punitifs, sans exclusion.

Depuis Nickel tout le monde peut ouvrir un compte sans conditions de revenus, y compris les interdits bancaires. Une enquête de la Banque de France publiée en septembre 2018 montre que 36% des ouvertures de comptes sont réalisées dans les nouveaux modèles. Nickel représente le quart des ouvertures de ce segment, soit 9% des ouvertures de comptes en France.

Pour accompagner plus loin encore les personnes en difficulté, Nickel multiplie les partenariats avec des associations. En 2018, nous nous sommes rapproché d’acteurs comme l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Économique), le Crédit Municipal de Bordeaux, Fraveillance, la Fondation K d’urgences ou encore Place Aux Métiers dans une logique d’accompagnement des personnes en situation de fragilité économique.

Il arrive que l’on résume “accessibilité” à “prix bas” (voire gratuité) : qu’en pensez-vous ?

@Eric Mignot

Ce qui est déconcertant dans l’assurance est que prix bas rime très souvent avec contrats vides de garanties ou assureurs exotiques qui, comme on le voit actuellement dans l’assurance construction, peuvent faire faillite et vous laisser gravement exposés. C’est donc tout l’enjeu que de pouvoir donner à un conseil de qualité de manière économiquement efficace. Seule la technologie permet de résoudre cette équation.

@Hugues Le Bret

Il n’y a pas de repas gratuits. Si l’on ne paye pas up front, on sera rattrapé par d’autres frais in fine. Nous avons choisi une tarification simple, transparente, à l’acte, avec des prix bas. Nos clients payent en moyenne 41€ par an, à comparer aux frais qu’ils payaient auparavant, pour une prestation plus simple dont ils comprennent tout et où ils reprennent un contrôle total.

Il y a un paradoxe : quasiment tous les français consomment des services financiers (banque et assurance), mais très peu les comprennent et se sentent rassurés.

Très concrètement, comment faire pour aller vers plus de compréhension et de sécurité pour le grand public, dans les services que vous leur proposez ?

Qu’est-ce qui dans l’imaginaire collectif doit-être rectifié pour mieux aborder la finance en France ?

@Eric Mignot

Je pense que le recentrage sur le client est une tendance lourde qui va violemment percuter le secteur de l’assurance sous l’impulsion des nouveaux acteurs (eCommerce, Insurtech, réseaux sociaux, …). On devra alors parler le même langage que nos clients : coiffeur avec les coiffeurs, garagiste avec les garagistes, agent immobilier avec les agents immobiliers. C’est ce que déclare Jeff Bezos en disant que le jour où Amazon aura perdu le contact avec le client final l’entreprise fera faillite. Ce recentrage sur le client est rendu possible par la technologie, il est en cours et +Simple est l’un des catalyseurs de ce mouvement.

@Hugues Le Bret

Notre offre est simple, transparente, le client paye un abonnement annuel de 20€ pour tous les paiements électroniques plus quelques commissions à l’acte lorsque nous avons un coût supplémentaire, par exemple pour un dépôt ou un retrait d’espèces : nos douze tarifs sont affichés au premier plan sur nos sites, avec chaque fois la part de rémunération que nous reversons aux buralistes, par exemple 3€ à l’ouverture de compte et 1€ par an par compte actif. Transparence et simplicité sont les deux grands vecteurs de la confiance.

Eric Mignot - Accès aux services financiers

Eric Mignot, quarante-neuf ans, diplômé de l’ESC Reims et du MBA de l’INSEAD, rejoint en 1994 le groupe Suez en tant que contrôleur de gestion et devient directeur financier de Lyonnaise des Eaux Amérique latine. Après avoir fondé Certant, société de conseil dans les nouvelles technologies basée en Argentine, il intègre en 2001 Caixabank où il prend d’abord la responsabilité du développement des partenariats, puis la direction commerciale avant d’être promu directeur France de Boursorama lors de la fusion des deux entités. Il est notamment en charge du lancement de l’activité de banque en ligne en France à partir de 2005. Il prend ensuite en 2010 la direction générale de l’assureur britannique Hiscox en France qu’il quitte début 2015 et lance +Simple, premier courtier digital en assurances dédié aux professionnels et aux TPE.

Hugues Le Bret - Accès aux services financiers

Hugues Le Bretn est Fondateur et Président du Comité de Surveillance du Compte-Nickel depuis 2012. Il était auparavant PDG de Boursorama, après avoir été directeur de la communication et membre du Comité Exécutif de Société Générale de 1999 à 2009. Il avait débuté comme journaliste économique en 1987, puis avait travaillé chez Publicis 3 ans. Il avait créé ABW société de communication financière en 1993, vendue à Havas en 1996 où il est resté jusqu’en 1999.