Les derniers mois ont été témoin d’une vague d’acquisition dans le secteur des Fintechs, interrogeant sur leur capacité à croître indépendamment. Si les acteurs du B to B sont préservés, la transformation progressive des banques pourrait changer la donne dans les prochaines années. Analyse avec Côme Trémeau de GoCardless !

 

Les entrepreneurs Français peinent à faire émerger des champions européens

Officiellement, les Fintechs françaises souhaitaient créer des alternatives aux offres des grands groupes. La réalité est plus subtile puisque la plupart d’entre elles travaillent déjà avec des institutions financières. Leur pari de venir “disrupter” les banques et les envoyer au tapis semble à première vue compromis comme l’illustrent diverses acquisitions d’envergure comme celle du Compte-Nickel par BNP Paribas ou de Morning par la Banque Edel. Prêt d’Union, désormais Younited Credit, est contrôlé en partie par Crédit Mutuel Arkea qui a par ailleurs racheté Leetchi. Toutes ces opérations interrogent quant à la capacité des FinTech à rester indépendantes ou de leurs fondateurs à céder à la tentation de la cession. Car dans ce secteur comme d’autres, le constat est le même : les entrepreneurs Français, aussi talentueux qu’ils soient, peinent à faire émerger des champions européens. Ce ne sont pas les exemples qui manquent : Fidor est désormais intégré au groupe BPCE, Simple appartient à BBVA etc. Finalement, seuls les acteurs B to B du secteur des Fintech semblent conserver leur indépendance. Mais pour combien de temps ?

Au cours des deux dernières années, le montant des fusions et acquisition, bien qu’important, a toutefois laissé présager un ralentissement, selon les études des experts de KPMG dans leur rapport The Pulse of Fintech Q1 2017. Comme le graphique peut l’indiquer, si le nombre d’introduction en Bourse tend à se rapprocher du néant, la part d’acquisitions stratégiques est prédominante en volume et est devenue au premier trimestre largement dominante en valeur. Une tendance qui illustre la volonté des investisseurs dits “corporate” de miser sur le long terme par des opérations de croissance externe. En Europe les investissements en capital-risque dans les Fintech ont atteint un nouveau sommet qui permet de se demander si les opportunités ne sont pas plus nombreuses qu’aux Etats-Unis. En Europe toujours, la participation des acteurs “corporate” continue par ailleurs sa lancée.

 

Les Fintechs sont des start-up comme les autres

L’hypothèse que les premières prises de participation dans une Fintech anticipant des prises de participations plus importantes voire des acquisitions n’a rien d’étonnant : les Fintech sont des start-up comme les autres. Cependant, l’approche opportuniste des institutions financières les a poussées à étendre leurs outils de compréhension de l’écosystème, d’où la naissance de nombreux incubateurs, accélérateurs et partenariats en tout genre.

Comme l’ont souligné les dernières opérations s’étant déroulées en France, il est intéressant de noter que la grande majorité des opérations de M&A (Merger & Acquisition) sont dans le B to C et non dans les services aux entreprises (B to B). Cette tendance s’explique pour plusieurs raisons. D’une part parce que pour les institutions financières, les Fintechs restent un nouveau terrain de jeu et elles décident de débuter leur partie en se penchant sur la face visible de l’iceberg et parce que les acteurs du B to C se sont vite rendu compte de leurs limites, ayant des difficultés à obtenir les données des banques. A la différence, les Fintechs B to B travaillent déjà en collaboration avec les banques avec qui elles nouent des relations de confiance sur la durée. L’idée d’une vague d’acquisition les concernant reste plausible mais ne se fera certainement que quand elles incarneront un réel enjeu compétitif.

La directive sur les systèmes de paiement PSD2 qui oblige les banques européennes à ouvrir leurs API à des éditeurs tiers pose cependant la question de savoir si les acteurs des Fintechs B to B ne seront pas plus aptes à se développer de manière autonome plutôt que d’être la cible d’acquisition de la part de grandes institutions. De fait ces dernières peuvent faire le choix de s’ouvrir aux acteurs tiers via leurs interfaces de programmation et gagner ainsi en flexibilité, à moins qu’elles décident de se moderniser en interne.

Il semble évident que la valeur économique à court terme réside dans l’intégration de service tiers ou de services en marque blanche mais sur le long terme, les dés ne sont pas encore jetés. Si certaines fonctions comme la cybersécurité ou la modernisation des infrastructures ont davantage vocation à être internalisées, par exemple lors d’opérations de croissance externe, d’autres ont plus de chance de rester externalisées.

Car le risque serait de commettre la même erreur que par le passé : à trop vouloir internaliser, les banques deviendront à nouveau inflexibles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *