Le 22 janvier prochain se tiendra à l’Assemblée nationale une matinée consacrée à l’investissement productif. Après avoir fait évoluer la fiscalité de l’épargne, les députés LREM y invitent tous les acteurs concernés – banquiers, assureurs, courtiers, conseillers en gestion de patrimoine, gestionnaires d’actifs, épargnant et entrepreneurs – à prendre le relais du législateur. Avec un enjeu : favoriser l’investissement de la formidable épargne des Français, aujourd’hui investie sur des supports non productifs – livrets, fonds en euros, immobilier, produits monétaires, vers l’économie productive, directement dans l’entreprise ou par l’intermédiaire des marchés financiers ou de nouvelles solutions de placements. Un pari ambitieux qui ne pourra pas être relevé sans la participation active des Fintechs. Cela tombe bien : elle sont aussi là pour cela !

L’épargne des français : la rente et l’esprit de fourmi…

Avec une épargne représentant plus de 14% de leur revenu disponible, les Français sont parmi les champions du monde de l’épargne (2ème en Europe derrière l’Allemagne), mais pas des épargnants bien productifs, comme le confirment la dernière étude trimestrielle de la Banque de France du 07/11/2017 et le sondage réalisé par l’Institut Odoxa pour Les Echos et le courtier en ligne Linxea en septembre 2017. Si les Français mettent beaucoup d’argent de côté, et de plus en plus, c’est par peur : de l’avenir, du chômage, des faibles pensions de retraite. Le tout sans prendre de risque. Sans prendre de risque ? Oui, si l’on considère que l’investissement dans la pierre l’est, sans risque, en se basant plus sur les articles qui vantent les dernières promotions, la montée « irrésistible » des prix ou la bonne affaire des taux bas que l’histoire des crises immobilières et les coûts individuel et collectif de l’effet d’éviction de l’épargne vers l’immobilisation non productive…

Conséquences : les entreprises françaises – en particulier les plus petites – manquent structurellement de fonds propres pour investir, recruter et se développer ; l’immobilier représente 55% du patrimoine des ménages devant des placements financiers (38%) dont la quasi-totalité sont en réalité des placements de rente sur des fonds en euros en assurance vie ou des livrets. Une dynamique économique endiguée, incapable de développer l’emploi, et des rentes bien insuffisantes quand on ne possède pas une grosse fortune, avec des rendements de l’ordre de 1,5% pour 2017 en moyenne sur les fonds en euros et de 0,75% pour le livret A. Un environnement financier rendant illusoire pour les ménages une valorisation de leurs actifs financiers leur permettant de disposer à l’échéance de la retraite du complément de revenu indispensable et, en fin de vie, des moyens d’assumer leur propre dépendance et/ou celle de leurs parents !

Les Français ont la rente à l’esprit mais pas les moyens d’en obtenir les fruits à la hauteur de leurs besoins. Ils ont l’esprit de la fourmi de la fable, mais la morale est inversée : cette fourmi risque bientôt de déchanter, « lorsque la bise sera venue »…

L’investissement productif et le risque du contre-sens

C’est pour éviter les catastrophes financières et sociales annoncées et contribuer au décollage de notre économie que les députés LREM à l’Assemblée nationale ont lancé une vaste consultation-mobilisation des acteurs de la finance. Après avoir voté les lois d’un environnement fiscal plus favorable à l’investissement, le pouvoir politique cherche à enclencher une dynamique de placements productifs. Chacun est invité à proposer ses solutions…

A ce jeu, on peut tout craindre et tout espérer. Tout espérer quand on connaît la propension de l’industrie financière à imaginer et concevoir des solutions attractives. Tout craindre quand on connaît le risque de malentendu et de contre-sens dans ce dossier. J’ai déjà eu l’occasion d’aborder le sujet dans un article intitulé : « Réconcilier l’épargnant avec les marchés financiers par la maîtrise du risque ». Le malentendu, c’est de croire que les épargnants désertent les places financières « par manque de culture » et par défaut de pédagogie. Ce constat n’a pas seul intérêt que de déresponsabiliser les acteurs du marché de leurs responsabilités passées. Comment continuer à faire croire à l’épargnant que la « culture financière » implique de porter « sereinement » son investissement productif dans la durée, de traverser les crises cataclysmique placidement, en toute confiance, pour finalement réaliser sa plus-value, comme par magie, au moment opportun, pour répondre à sa problématique patrimoniale… Alors que la réalité est si différente :

  • Si la plupart des épargnants français ne sont pas investis sur les marchés, c’est que la maîtrise du risque y est insuffisante et que la confiance dans la durée est au mieux un argument marketing et au pire une chimère…
  • Si les épargnants qui y étaient n’y sont plus, c’est justement parce que ce manque de maîtrise de risque leur a coûté très cher en capacité financière, à un moment malencontreusement inopportun…

Les pouvoirs publics et l’industrie financière risquent ainsi le contre-sens dans l’opération de séduction : celui qui consisterait à imaginer des solutions répondant aux problématiques de ceux qui sont déjà des investisseurs productifs et en acceptent les conditions actuelles, et non aux besoins de ceux qui doivent le (re)devenir pour transformer notre économie, et ne le seront jamais sans voir changer les conditions effectives de l’investissement. Pour empêcher ce contre-sens, il faut aborder différemment le risque des marchés financiers. Sur ce terrain, les Fintechs pourraient rapidement apparaître incontournables…

Les Fintechs, clés pour ouvrir les portes de l’investissement productif au plus grand nombre

Les marchés financiers ont bien changé depuis 30 ans : les flux y pèsent plus que les valeurs. Les épargnants français ont également bien changé pendant cette période : ils ont acquis l’expérience de ces marchés, directement, ou par incidence économique et sociale, à chaque krach. Ils en savent la dangerosité et doutent des promesses commerciales colorées et des réglementations de fascicules – de moins en moins lisibles. Dans cet environnement contraignant pour les opérateurs et anxiogène pour l’épargnant, l’industrie financière française manque de créativité : les innovations y sont rares, la différenciation coûteuse et dangereuse – le conformisme de place n’est pas une invention. Alors l’innovation arrive par la fenêtre…

Les Fintechs ne sont pas souvent nées sur les marchés financiers, mais elles s’inscrivent par nature dans les sociétés, telles qu’elles sont devenues. Les Fintechs proposent des solutions technologiques permettant de préciser la connaissance de l’épargnant, de concevoir des solutions de placement moins formatées, plus individualisées, d’apporter des outils de maîtrise de risque adaptés aux conditions de marchés, tels qu’ils sont devenus. Les Fintechs permettent de mieux satisfaire les besoins réels de l’épargnant, de tenir compte de ses contraintes. Chacune, avec sa propre expertise, ces Fintechs ont la possibilité de contribuer au maillage des compétences capable de résoudre le dilemme de l’épargnant engagé sur les marchés financiers entre temps long et temps court, de rétablir sa confiance en apportant, l’une un profilage, l’autre une allocation, une autre encore une surveillance de risque, une autre enfin la flexibilité indispensable à la gestion dès lors qu’elle vise à la performance en maîtrise de risque.

A condition, bien entendu, que ces Fintechs ne finissent pas au cou de quelques entreprises bancaires ou financières, en simple décoration de prestige ou en guirlande clignotante dans la vitrine. Les Fintechs peuvent être au rendez-vous de l’investissement productif, mais pas en  simples faire-valoir : au cœur du dispositif…