Près d’un Français sur deux déclare accorder une place importante aux impacts environnementaux et sociaux dans ses décisions de placement, mais seuls 3% des investisseurs particuliers déclarent avoir déjà investi dans un fonds ISR ! Devenue grande cause mondiale, la Finance Responsable pourrait incarner un changement majeur de paradigme sur les marchés. A condition de mobiliser les investisseurs particuliers, tout particulièrement en France. Pour y parvenir, la FinResp peut et doit compter sur la FinTech…

La Finance Responsable, grande cause mondiale

ESG, ISR, ODD, TEE : quatre acronymes pour répondre à l’urgence d’un monde en mutation…

ESG pour prendre en compte dans l’analyse financière les risques de nature Environnementale, Sociale et en matière de Gouvernance. ISR (Investissement Socialement Responsable) pour caractériser des placements conciliant la performance et un impact social positif. ODD pour définir les 17 Objectifs de Développement Durable adoptés le 2 août 2015 par 193 pays, dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies. TEE pour instaurer en France à la fin de cette année, avec l’article 173 de la loi Transition Ecologique et Energétique du 17 août 2015, des obligations d’information pour les investisseurs institutionnels sur leur gestion des risques liés au climat et l’intégration de critères environnementaux et sociaux dans leur politique d’investissement.

Derrière ces acronymes, c’est l’extraordinaire capacité de mobilisation des marchés qui est visée : l’ingénierie financière se met en branle pour compléter les expertises, élargir les méthodes d’évaluations, introduire de nouveaux benchmarks, concevoir de nouvelles comptabilités, proposer des produits de placement à partir de ces critères extra-financiers… Avec des résultats : l’émission d’obligations vertes (« Green Bonds », destinées à financer les projets environnementaux d’une entreprise, d’une organisation internationale ou d’une collectivité locale) dépassera en 2017 les 100 milliards de dollars, en hausse de près de 30%. Les encours ISR, lesquels représentaient 8,8 milliards d’euros en 2005 sur le marché français (Institutionnels et particuliers) selon NOVETHIC atteignaient 746 Milliards d’euros en 2015. En 2017, le label ISR, dont l’objectif est de rendre plus visibles les produits de placement ISR par les épargnants, a labellisé 22 sociétés de gestion, 119 OPCVM, pour un encours de plus de 20 milliards d’euros…

La Finance Responsable est devenue une grande cause mondiale. Il était plus que temps…

Vers un nouveau paradigme ?

Ne nous berçons toutefois pas d’illusions. Aussi significatifs qu’ils soient, ces montants restent minimes au regard du poids des marchés de capitaux. Reste que leur évolution est spectaculaire et que l’enjeu, considérable, s’inscrit dans un timing favorable après des décennies d’innovations financières dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles n’ont pas toujours servi le monde réel et l’intérêt général. Aujourd’hui, la finance a la possibilité de retrouver une utilité sociétale en s’appuyant sur ces nouveaux enjeux pour, par exemple :

  • Apprendre à maîtriser ces nouveaux critères (extra-financiers), alors que les marchés n’ont pas cessé de subir l’influence de facteurs exogènes, hétérogènes, sans toujours en maîtriser les effets…
  • Rétablir la hiérarchie des temps – court et long, comme des intérêts – particulier et général, en prenant mieux en compte les incidences des uns sur les autres…
  • Réconcilier les marchés de l’épargne et des capitaux, des particuliers et des Institutions, de l’investissement et de la spéculation – aujourd’hui confusément entremêlés…

En contribuant à la lutte contre les conséquences du dérèglement climatique dans une situation d’urgence de plus en plus avérée, la finance a l’opportunité de sortir enfin de sa zone de confort, de sa bulle, pour servir des causes d’intérêt général. Une occasion historique pour elle et pour le monde… A condition de savoir mobiliser les investisseurs particuliers !

Les FinTech, au cœur de l’enjeu de mobilisation de l’épargne

Contribuant déjà à doter les acteurs de la finance ISR d’outils d’évaluation, d’agrégation et de gestion de datas en inputs ou outputs, d’élaboration de benchmarks crédibles ou d’informations, les FinTech sont au cœur de la finance de marchés pour aborder les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance des entreprises cotées. Pourtant, les FinTech peuvent faire plus encore, en aidant les acteurs de la finance à mobiliser des investisseurs particuliers, aujourd’hui plus demandeurs qu’acteurs. La révolution FinResp passera par la révolution FinTech de profilage de clients et de surveillance des marchés et OPCVM, et c’est encore plus vrai en France, pays où l’épargne, la plus élevée du monde, est parmi les plus allergiques aux marchés financiers…

L’enquête IPSOS pour VIGEO EIRIS et le FIR de septembre 2017 le montre : près d’un Français sur deux déclare accorder une place importante aux impacts environnementaux et sociaux dans ses décisions de placements, et 72% d’entre eux souhaitent que les enjeux de développement durable soient inclus obligatoirement dans les produits d’épargne. Pourtant, seulement 3% déclarent avoir déjà investi dans un fonds ISR… Pourquoi cet écart ? La méconnaissance des dispositifs est déterminante, mais pas suffisante. Qui peut penser que les Français, informés, investiraient massivement pour l’avenir de la planète, quitte à risquer leur avenir patrimonial, sans s’assurer de la performance en maîtrise de risque des solutions ISR, alors qu’ils fuient les marchés en raison de cette défaillance de gestion sur les supports plus habituels ?

Réconcilier les épargnants français à la finance de marché par la Finance Responsable et répondre tout à la fois à l’objectif individuel d’une performance en maîtrise de risque et aux objectifs collectifs de développement durable. Et si c’était cela, la révolution en marche ?