Les banques traditionnelles ont tout à fait compris l’intérêt qu’elles ont à créer de véritables partenariats avec les RegTech, ces startups qui fournissent des technologies capables de répondre plus efficacement et rapidement aux exigences de conformité réglementaires. Elles restent cependant assez frileuses en ce qui concerne la communication autour de ces partenariats, la preuve étant les très rares informations divulguées et le manque de résultats chiffrés, malgré le recul de certains projets datant de 2016.

Focus sur 3 partenariats entre les RegTechs et banques internationales.

 

#1 Ayasdi & HSBC : Lutter contre le blanchiment d’argent

 

Le problème

La très grande majorité des opérations de lutte contre le blanchiment d’argent dans les banques sont réalisées tous les jours par plusieurs milliers d’employés, qui n’arrivent pas toujours à détecter les activités suspectes. Cela engendre une grande perte des ressources financières et humaines, qui pourraient être allouées à d’autres projets. Le nombre gigantesque de données à traiter pour une institution financière (en moyenne : 100 pétaoctets de données, 1 pétaoctet = 1 million de milliard d’octets) ne lui permet de n’en traiter qu’1% (Source : Scaled Risk). Et les règles généralement fixées par les banques pour détecter des fraudes sont très peu souples et rarement mises à jour.

La solution

En juin 2017, HSBC a fait appel à la technologie d’Ayasdi utilisant l’intelligence artificielle et l’automatisation (notamment grâce à la création de groupes segmentés, de scénarios et de prédictions) : selon Ayasdi, cela leur a permis de réduire de 20% le nombre de faux résultats positifs (cas où les règles HSBC auraient détectées un risque de blanchiment, alors qu’il n’y en a pas), sans que le nombre de cas visés pour surveillance ne baisse. Le machine learning excelle dans la détection de comportements et d’anomalie. Ce pourquoi les problématiques de détection de fraudes comme le blanchiment d’argent peuvent largement bénéficier de l’intelligence artificielle et du machine learning.

Ce qu’on en pense?

Le volume de données traitées ne va cesser d’être valorisé et réglementé pour les institutions financières. L’apprentissage automatique devrait alors pouvoir être capable d’aider les banques à contrôler les fraudes plus fréquentes comme les fausses transactions bancaires ou les vols de cartes bancaires et codes.

 

#2 Fortia & BNP Paris : Gérer la conformité des placements

 

Le problème

Les banques et autres institutions financières ne cessent de proposer de nouveaux fonds et produits à leurs clients et sont souvent rattrapées par les exigences réglementaires, à la fois locales et internationales. Et les audits réalisés sur plusieurs mois ne sont plus envisageables pour les industries financières, attendues au tournant. Le défi est double : répondre à la croissance des obligations réglementaires et des volumes de données traités ; et utiliser des technologies adaptables dans le temps et aux procédures internes de l’entreprise.

La solution

En janvier 2017, BNP Paribas Securities Services a pris une participation minoritaire dans la startup Fortia qui, entre autres, propose une offre d’Investment Compliance. Créée après 3 ans de R&D, cette offre permet d’automatiser en quelques secondes “des process qui nécessitent entre 20 et 50 jours hommes” selon le CEO Reda Bouakel. La plateforme regtech permet de gérer automatiquement la conformité des investissements : des algorithmes d’IA analysent et détectent les réglementations dans les documents de l’entreprise (fiches produits, supports commerciaux, etc.) ; des moteurs de calculs génèrent à la suite des ratios, des workflows et scénarios détaillés en cas d’incidents. Les procédures de vérification et conformité internes sont aujourd’hui automatisés dans 15 pays et a permis une “réduction importe des coûts”. Visiblement satisfaite, la BNP Paribas Securities Services a déjà vendu la solution à trois de ses propres clients et assure que la liste de potentiel intéressés est longue.

Ce qu’on en pense?

L’avantage que présente une telle solution est sa complète intégration en interne et appropriation par les équipes : la procédure est plus flexible que celle proposée par des cabinets extérieurs. Par ailleurs, si l’offre à destination des banques dépositaires comme la filiale de BNP Paribas apporte un vrai gain de temps, elle promet de réelles avancées également pour des banques commerciales destinées aux particuliers ou aux entreprises.

 

3# Red Marker & Westpac : Assurer une communication conforme sur les produits financiers

 

Le problème

Les experts financiers et les responsables marketing qui vendent les multiples produits et services financiers du marché sont quotidiennement confrontés au risque de commettre des impaires en matière de réglementations. La question de la légalité des contenus et conseils donnés est essentielle, mettant directement en cause la légitimité de l’entreprise financière et sa capacité à apporter une expertise à jour dans ses publications (web, print, etc.). Le Ministre des finances australien, Scott Morrison rappelait déjà en 2016 que les institutions financières dans le monde dépensent plus de 70 milliards de dollars par an pour des problématiques de conformité et que cela pourrait monter à 120 milliards d’ici 2020.

La solution

La 8ème meilleure banque mobile mondiale selon Forrester, Westpac, a fait appel à la startup australienne Red Marker pour réduire ses coûts de conformité et les risques de conseils erronés. L’intelligence artificielle de la solution Red Marker combine des capacités d’inspection approfondie du contenu et un langage de programmation avancée pour contrôler en temps réel le contenu produit et vérifier si celui-ci est conforme aux réglementations. Ainsi, le contenu créé sur le site, mais aussi sur Twitter, Linkedin, Facebook, Youtube, etc., est entièrement conforme et réduit les procédures internes de questionnement et de vérification.

Ce qu’on en pense?

La communication externe des entreprises, dont celles financières, ne se limitant pas aux canaux des services marketing ou communication, cette solution aurait un intérêt encore plus fort à être appliqué à d’autres outils de communication externe utilisés au quotidien, comme les emails : pour assurer une conformité globale à tous les publics et non uniquement les clients en quête de solutions.

 

Sources et pour aller plus loin

Reuters « HSBC partners with AI startup to combat money laundering »

Journal du Net « Les regtech séduisent les banques noyées par la législation »

Ayasdi « Anti-money laundering. Don’t change rules, change the game »

Mind Fintech « Comment Fortia aide les banques dépositaires à automatiser leurs process »

AFR « Red Marker shows banks the regtech way »