Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir pourquoi personne n’avait pensé aux solutions bancaires de la fintech avant ? Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps avant qu’un entrepreneur ait l’idée de contourner les banques classiques et exploiter leurs faiblesses ?

Rendre la connectivité totale, voire universelle

Il y a essentiellement deux réponses à ces questions. La première est d’ordre à la fois technologique et la deuxième plutôt d’ordre légal. Le développement exponentiel des technologies de l’information et de la communication depuis les années 1990 a abouti à la généralisation des smartphones. Les smartphones ont progressivement permis à un nombre important de personnes de rester connectés d’abord par voie téléphonique, puis par le biais d’internet, 24h/24h et 7 jours sur 7. Le développement d’amplificateur de signal gsm pour la téléphonie, puis d’amplificateur gsm 4G pour la connexion web a finalement achevé de rendre la connectivité totale, voire universelle. Cela a évidemment été crucial pour nombre d’applications de la fintech, comme Lydia ou Pumpkin. Celles-ci reposent sur la spontanéité, voire sur l’urgence  de devoir rembourser un ami lorsqu’on est à court de liquide. Sans smartphones hyperconnectés, seuls ou grâce à des amplificateurs de signal gsm, impossible pour le consommateur d’avoir confiance en l’application et sa valeur ajoutée par rapport à une carte bancaire est fortement réduite.

Sortir des zones grises

Deuxièmement, la multiplication des boîtes de fintech est due à un recul du monopole légal des banques (commerciales et centrales) sur la création de monnaie. La Commission européenne adopte en 2007 la directive européenne sur les services de paiement (DSP1) qui a permis une libéralisation relative du secteur. De nombreuses applications Fintech ont profité de cette ouverture pour gagner en légitimité et en sécurité. Auparavant, les entreprises Fintech évoluaient pour la plupart dans une zone légale grise. Cela pouvait, pour des raisons évidentes, décourager d’éventuels investisseurs, mais aussi les consommateurs les plus frileux, notamment après la crise Internet de 2000-2001. Ayant reçu l’aval légal, du moins en Europe, l’industrie a pu prendre son envol.

Les compagnies Fintech ont ainsi marché sur deux jambes : la démocratisation des smartphones qui a abouti à une hyperconnectivité permanente des consommateurs et une évolution juridique favorable. On pourrait ajouter le contexte fortement défavorable aux banques traditionnelles. Entre les malversations qui ont mené au krach financier de 2007-08 qui ne les ont pas empêché de recevoir des milliards d’argent public, les scandales liés à l’évasion fiscale à grande échelle (Panama Papers, Paradise Papers…), les abus liés aux frais de traitement et autres agios excessifs et l’affaire Jérôme Kerviel, les banques commerciales n’ont pas bénéficié de la meilleure des images depuis 2007, c’est un euphémisme que de le dire. D’ailleurs, certaines applications de Fintech ont directement profité de cette image dégradée et des insuffisances des banques, comme Linxo et Bankin’ qui proposent au client une vue d’ensemble de tous ses comptes, une manière efficace d’éviter les frais bancaires supplémentaires et surtout un service que ne propose aucune banque traditionnelle.