La hausse des ventes de produits connectés additionnée à la massification du paiement sans contact, ça donne quoi ? Des objets connectés proposant le paiement !

On est à moitié séduit, à moitié sceptique devant les montres et bracelets connectés (Fitbit Pay en est un exemple en France) : intégrer la fonctionnalité du paiement sur n’importe quel objet de notre quotidien pour faciliter l’achat est riche en promesses. Peuvent-elles être toutes tenues pour les professionnels du secteur ? Le marché n’est pas à son apogée en France et beaucoup attendent de voir où ce marché va aboutir.

Alors doit-on voir les objets de paiement connectés comme un secteur à haut potentiel pouvant s’imposer ? Ou comme un succès de passage, pouvant difficilement rivaliser son aînée la carte bancaire ? Finalement, quel positionnement les professionnels du paiement doivent-ils avoir sur ce secteur ?

Le géant du paiement Mastercard avec Olivier Gabrielli et la Fintech française Izypay, agrégateur cashless, avec Frédéric Dubois échangent leurs vision sur les promesses des objets connectés.

Pouvez-vous vous présenter et nous dire en quoi consiste votre poste ?

@Olivier Gabrielli

Je suis responsable de l’innovation et des paiements digitaux chez Mastercard France. Par paiements digitaux, nous entendons tous les paiements qui ne sont pas faits avec une carte physique. La carte peut être dématérialisée dans un mobile, dans un objet connecté ou dans un site ecommerce. La plupart de ces sujets sont encore nouveaux et s’appuient sur des innovations techniques. On parle aussi d’innovations dans l’approche des marchés et dans l’approche des consommateurs.

Auparavant, j’ai passé dix ans à la banque BNP Paribas, où j’étais responsable des cartes entreprises. Cela fait dix ans que je suis chez Mastercard, où j’ai occupé plusieurs fonctions toujours en lien avec l’innovation. Aujourd’hui en tant que responsable innovation et paiements digitaux, j’ai une équipe de deux personnes. Chez Mastercard, l’organisation est assez plate, horizontale. Je rapporte directement au responsable du digital qui couvre tout le territoire Europe de l’ouest (Benelux, France, Espagne, Portugal, Italie), avec en ce qui me concerne la responsabilité de la France. J’ai des homologues en charge des mêmes sujets que moi dans tous les pays, avec des équipes sont plus ou moins grandes.

 

Frédéric Dubois, pouvez-vous vous présenter et nous parler des dernières actualités de Izypay ?

@Frédéric Dubois

Izypay est une startup qui a été créée il y a 18 mois et qui a pour ambition de simplifier l’expérience utilisateur dans l’événementiel. Depuis 2010, on a vu apparaître des solutions de cashless privatives, solutions innovantes à l’époque où les cartes sans contact n’existaient pas. Les paiements se faisaient soit en espèces, soit en cartes bancaire . Ce qui, pour des volumétries significatives comme sur des festivals par exemple, restait très compliqué. Depuis 2012, les cartes sans contact ont été déployées par l’ensemble des banques, et une très grande majorité de personnes utilisent des cartes sans contact (près de 2 milliards de transactions attendue pour 2018). Depuis 2016 sont apparues les solutions complémentaires sur smartphone : Apple Pay, PayLib, Samsung Pay, Android Pay, etc. Et en parallèle sont arrivés les objets connectés. Nous avons fait le pari il y a 18 mois chez Izypay de proposer une solution qui permet de payer sur son lieu de villégiature, ses lieux de concert, d’exposition, les jeux olympiques, etc. directement avec sa carte bancaire, sans ou avec contact, mais aussi son smartphone que ce soit sans contact ou via les wallets QR code. Le déplafonnement à 20 ou 30 euros et l’évolution possible vers les 40 ou 50 euros, montrent qu’une majorité de transactions peuvent être faits en moins de deux secondes. On a longtemps cherché une technologie qui permette de faire ça. Nous avons le seul appareil agréé carte bancaire all in one, qui fusionne terminal de point de vente et terminal de point de vente électronique (le SmartPos).

 

Izypay a également déployé pour Mastercard une opération avec le “don sans contact”. Un de nos objectifs en 2019 est de proposer aux associations caritatives d’aller chercher des dons dans tous les lieux de trafic (comme les aéroports, les gares, etc.) pour permettre aux gens de faire un don, non pas en espèces mais grâce au sans contact. Cela permet de récolter un très grand nombre de petites sommes. Nous avons déployé cette technologie en juin 2018. Et avons eu l’opportunité de déployer 125 terminaux sur un grand festival français, le Festival de Poupet : on a réussi à montrer qu’avec une solution simple et accessible, il y avait un développement significatif du chiffre d’affaire. Notre technologie veut permettre à l’ensemble des acteurs de l’événementiel et du sport de simplifier l’acte d’achat du visiteur.

Quels sont les usages du paiement via objets connectés que vous visez dans vos entreprises respectives ?

@Frédéric Dubois

Il y a certes le développement du paiement par smartphone, mais il reste marginal sur les points de vente. Nous pensons chez Izypay que les objets connectés pourront offrir de nouveaux usages. Nous réfléchissons notamment à des offres autour de portes-clés que pourraient proposer des clubs de sport pour que les adhérents puissent payer. Il y a également des professionnels qui travaillent sur des bagues qui proposent une multitude de services dont le paiement. Chez Izypay, nous attendons de voir l’évolution de ce marché : je pense qu’il va y avoir pleins de nouvelles offres et que chacun va trouver, ou pas, l’objet connecté qui lui correspond. Pour nous, ce qui est important, c’est que peu importe l’objet connecté, nous puissions accepter le paiement de manière aussi intuitive que par le smartphone ou la carte bancaire.

@Olivier Gabrielli

Chez Mastercard, nous visons tous les usages. Pour nous, il n’y a pas de limites au paiement par objet connecté, que ce soit un téléphone, une montre ou un bracelet connecté. A partir du moment où l’on a sa carte bancaire associée à une montre ou à un téléphone (car nous payons bien avec notre carte au final !), il est possible de payer chez tous les marchands qui acceptent le paiement sans contact de Mastercard. Nous visons donc bien tous les types de paiement.

Avec le paiement via mobile ou bracelet connecté par exemple, il n’y a pas de plafond à 30 euros qui s’applique : avec un téléphone vous avez la possibilité de taper un code ou de vous authentifier par une empreinte biométrique. Avec les objets connectés actifs, qui sont dotés d’un écran, vous pouvez taper un code. Les limites qui s’appliquent sont les limites de votre carte.

Comme Frédéric le disait, nous considérons que nous utiliserons les objets connectés qui conviendront le mieux en fonction des circonstances. Si j’ai une montre de sport Garmin ou Fitbit, c’est probablement avec elle que je vais payer si j’ai quelques courses à faire après mon sport. La logique est la même avec une bague ou un porte-clé connecté. Les cas d’usages sont variés. L’idée est d’avoir l’objet avec moi et de payer avec cet objet.

Aujourd’hui, il n’y a pas encore suffisamment de volumes pour savoir s’il y a des usages qui prennent plus que d’autres. Si je prends mon exemple, j’ai une montre connectée dotée d’une capacité de paiement : hier lorsque j’étais au restaurant, j’ai payé avec ma montre parce que c’était plus simple que de sortir mon téléphone. Dans le domaine du paiement, il n’y a pas de limitation. Sous réserve que le terminal soit sans contact avec Mastercard (80% des terminaux en France). Tous les cas d’usages peuvent se développer avec cette condition-là.

 

Quels sont les investissements de Mastercard dans les objets connectés par rapport à ceux sur la carte bancaire ?

@Olivier Gabrielli

Je voudrais juste rappeler que, peu importe si on paye avec un objet connecté comme un bracelet ou une bague, on paye en fait avec sa carte. Je paye avec ma carte Mastercard qui va être associée à mon téléphone et à tous mes objets connectés. Toute l’infrastructure de paiement, toutes les règles qui s’appliquent sont celles de la carte Mastercard associée à la capacité sans contact des terminaux de paiement. C’est un terminal de paiement standard sans contact qui permettra de recevoir le paiement de mon objet connecté.

Aujourd’hui, notre vision chez Mastercard revient à se dire : “J’ai une carte plastique dans mon portefeuille. Et maintenant je peux dupliquer cette carte dans plein d’environnements.” Cette même carte peut se retrouver dans mon téléphone, dans ma montre, dans mon bracelet ou ma bague… Concrètement, nous devons par contre créer une “autre carte” spécifique, un alias de la carte, pour chaque objet connecté, pour des raisons de sécurité.

Pour répondre plus précisément à la question, les deux services chez Mastercard ne sont pas antinomiques. Nous continuerons à proposer des cartes bancaires et il y aura également des extensions. On promeut l’usage de la carte plastique comme on l’a toujours fait. Et nous ajoutons qu’il est désormais possible d’étendre cette carte à d’autres objets. En investissant dans ces domaines, nous avons permis d’étendre le plafond du paiement sans contact (Mastercard est à l’origine du passage du plafond de 20 à 30 euros en France).

Nos investissements se sont essentiellement portés sur les tokens (Ndlr : système de jetons virtuels utilisé dans les paiements sans contact). Ces plateformes de tokens sont extrêmement importantes : elles font le lien entre les banques et les objets connectés. Par exemple, Crédit Mutuel Arkéa est connecté à notre plateforme de tokenisation MDES et cette plateforme de tokenisation est connectée à Apple Pay, Samsung Pay, Garmin Pay, Fitbit Pay, etc. C’est via cette infrastructure que la carte bancaire du Crédit Mutuel Arkéa peut être digitalisée, envoyée dans un Iphone, ou un objet connecté. Et pour plus de sécurité, dans chacun de ces objets connectés (smartphone, bracelet, etc.), il y a une carte alias spécifique.

 

Frédéric Dubois, selon vous quels typologies d’acteurs B2B vont s’emparer du secteur du paiement par objet connecté ? Est-ce que cela va se cantonner aux GAFA ?

On a vu par exemple des professionnels sans rapport premier avec le paiement s’y mettre (Olivier Gabrielli citait dans son article Levi’s et Jacquard by Google qui développent la veste “Commuter Trucker Jacket”).

@Frédéric Dubois

Il me semble aujourd’hui que le secteur du paiement attise toutes les convoitises. On peut comprendre que les fabricants de montres, d’objets connectés veulent rendre leurs produits encore plus simples dans leur utilisation et davantage mutli-fonctions. Quels sont les acteurs à venir dans le paiement ? Ils sont illimités ! Grâce à la tokenisation des sociétés comme Mastercard, on apporte une brique de sécurité qui permet à n’importe quel industriel de proposer une fonction qui était alors réservée aux établissements bancaires. L’ouverture du secteur peut donc être très large.

 

Aujourd’hui, il y a des acteurs qui se lancent dans le paiement  : des fabricants de bagues capables de payer, mais aussi d’ouvrir sa voiture, son bureau ou son PC. Il y a de nouveaux usages qui vont se créer. Demain, peut-être pourra t’on payer avec son vélo, que sais-je ? Qu’il y ait des professionnels qui font des montres ou des bagues me semble normal, mais après, je n’ai eu encore aucune grande surprise sur un nouveau type d’acteur souhaitant se lancer sur le paiement.

Ce sont les usages qui comptent : il y aura autant d’objets connectés que d’usages et donc tout autant d’acteurs professionnels potentiellement à venir dans le secteur du paiement connecté. Forcément, cela offre la possibilité aux GAFA d’intervenir dans ce marché colossal.

Mais je n’ai pas de réelle vision à 5 ans sur les usages des français et des européens sur le paiement. J’aurai tendance à dire qu’ils vont certainement devenir multi-supports de paiement : ils auront leur carte bancaire, leur smartphone et pour certains leurs objets connectés. Et ils utiliseront l’un ou l’autre en fonction des circonstances.

Olivier Gabrielli, pensez-vous aussi que d’autres acteurs vont intégrer le secteur du paiement ?

@Olivier Gabrielli

Je partage tout à fait l’avis de Frédéric ! Une chose est sûre : cela dépasse largement le champ des GAFA. Il y a beaucoup d’acteurs qui sont en mesure de fabriquer des objets connectés. Prenons l’exemple d’un fabricant de porte-clé : sous réserve qu’il y ait un peu de technologie dedans, on est tout à fait capable d’associer une capacité de paiement. Selon moi, ce secteur va intéresser beaucoup de monde et dépassera largement les GAFA. Et cela va dépendre de la capacité de ces acteurs à répondre aux demandes des consommateurs.

Encore une fois, le paiement vient en complément d’un panel de fonctionnalités. Par exemple, le but principal des montres Garmin est de mesurer ses performances durant ses séances de sport, son rythme cardiaque… Ces montres se sont enrichies progressivement, en intègrant de la musique puis le paiement, mais cela reste une fonctionnalité secondaire. On n’achète pas une montre parce qu’elle paie ! Un autre acteur plus sophistiqué, Montblanc, réfléchit à ce type de nouveautés : ils ont mis la technologie de paiement dans le bracelet de la montre (pour ne pas avoir à modifier l’horlogerie).

@Frédéric Dubois

Nous pourrions synthétiser l’évolution de la manière suivante : hier, nous avions une carte qui nous permettait de faire du paiement et nous avions un téléphone qui nous permettait de téléphoner. Aujourd’hui, nous avons un smartphone qui nous permet de téléphoner, d’avoir ses emails, ses photos, d’écouter sa musique, etc. Les objets connectés ne sont pour moi que des déclinaisons.

 

Quel exemple d’objet connecté aimeriez vous potentiellement développer chez Mastercard et Izypay ?

@Olivier Gabrielli

Il y a énormément de possibles ! On peut imaginer un scénario qui ferait certes peur : une puce implémentée dans le doigt. Pourquoi un objet connecté fonctionne ? Parce qu’on l’a toujours sur soi, ou assez souvent ou de manière naturelle. Ce n’est pas pour rien que l’on parle de montre ou de bague. On peut imaginer à l’extrême qu’on ait un bout de doigt connecté qui intègre une capacité de paiement.

@Frédéric Dubois

Aujourd’hui, grâce aux lecteurs d’empreintes que l’on a aujourd’hui, on peut déplafonner et payer jusqu’à 500 euros en prenant son smartphone et en posant son doigt. Il est normal que les banquiers amènent la même expérience sur la carte ! C’est pour ça qu’aujourd’hui se lancent des cartes bancaires où le paiement est déclenché par empreinte digitale. J’ai l’impression que le code PIN ne va pas perdurer et que demain on pourra tout payer (et sans plafond) avec son iris ou son doigt.

Chez Izypay, nous n’avons pas d’objet connecté idéal. Nous réfléchissons à des solutions comme par exemple des verres connectés sur un festival. Je pense que pour que cela fonctionne, il faut à la fois qu’il y ait un usage quotidien de cet objet, mais aussi qu’il remplisse plusieurs fonctions. Les objets connectés sont semblables à l’évolution du téléphone en smartphone.

Pour finir, vers quoi s’oriente demain le paiement via les objets selon vous ?

@Olivier Gabrielli

Depuis le début de nos échanges, nous parlons des objets connectés comme des plateformes physiques telles les bagues ou téléphones que nous approchons d’un terminal de paiement. Mais il existe également d’autres types d’objets comme les voitures connectées. J’associe à ma voiture ou même à mon vélo une carte qui permettra de faire du paiement à distance. Concrètement, je me rends avec ma voiture au Drive du McDonald’s : j’ai l’application McDonald’s sur l’écran de ma voiture et je paye avec la carte de paiement associée à ma voiture. Tous les constructeurs automobiles travaillent sur la voiture connectée, avec des degrés de connectivité très sophistiqués pour la conduite : en complément, intégrer une fonctionnalité de paiement reste assez simple.

@Frédéric Dubois

C’est Shell aux Etats-Unis qui a fait l’expérience de la voiture connectée : c’est la plaque d’immatriculation de la voiture qui est directement détectée. Comme votre carte bancaire est directement associée à votre voiture, on vous envoie juste un sms pour vous demander de confirmer si c’est bien vous qui voulez prendre de l’essence, avant de vous débiter.

Demain, il n’y aura pas un mais plusieurs objets connectés : une montre, une voiture ou votre smartphone pour payer selon le moment et le contexte.

La conclusion s’impose : l’objet connecté peut être dématérialisé. Jusqu’ici nous avons parlé d’objet physique mais demain, cela peut aussi être dématérialisé : comme pour les plaques d’immatriculation par exemple ou un code d’identification. On peut dématérialiser le paiement sur une foule de choses.

@Olivier Gabrielli

Le but fondamental c’est de remplacer le cash.

Olivier_Gabrielli_Mastercard_objets connectés

Olivier Gabrielli, en charge de l’innovation et des paiements digitaux chez Mastercard France : sans contact, paiement mobile et portefeuille numérique au sein de l’équipe produits digitaux pour l’Europe occidentale.

Avant de rejoindre Mastercard, il a occupé différent postes chez BNP Paribas dans les secteurs du Corporate & Retail Banking et du paiement par carte, où il était responsable des cartes commerciales.

Frédéric Dubois, Izypay

Après une carrière principalement dans le monde des établissements financiers, Frédéric DUBOIS a créé en 2006 une start-up dans la dématérialisation de la billetterie et des invitations VIP : L’ASVEL, Le LOU Rugby, Le grand Prix de tennis de Lyon, Chambéry Hand Ball sont autant de clients qui ont utilisé cette solution.

Puis, c’est en 2011 qu’est créé TiCKACCESS, développe en partenariat avec de grands organisateurs comme les Francofolies de la Rochelle, Le Printemps de Bourges, Les Nuits Sonores, une nouvelle solution de dématérialisation de l’ensemble des droits d’accès, autre que la billetterie ainsi que les solutions de contrôle d’accès.

En 2017 il créé d’IZYPAY, premier agrégateur de paiement pour l’événementiel, le sport, le tourisme et le loisir permettant au visiteur de payer avec son moyen de paiement usuel : mise sur le marché grâce au Smartpos, premier appareil regroupant les fonctions de Point de Vente et de paiement.