En proposant un tour d’horizon des monnaies alternatives on s’aperçoit que celles-ci ont souvent une cause commune mais des applications et finalités bien différentes. Le spectre est assez large car il couvre la crypto-monnaie dont la plus emblématique est le Bitcoin créée par une poignée de geeks et développée par une communauté à l’international, juqu’à des monnaies locales aussi appelées Monnaies Locales Complémentaires ou Monnaies Citoyennes à l’échelle d’une ville.

Quand l’insatisfaction nourrit l’innovation

Le point de départ repose sur une insatisfaction des systèmes monétaires et financiers couplée à une farouche envie de les révolutionner. L’enjeu poursuivi dès lors est d’établir des monnaies désintermédiées, décentralisées et dénationalisées afin d’en avoir un meilleur contrôle et une plus grande utilité, une position somme toute radicale et anti-capitaliste.

C’est sur la question de l’utilité que les courants peuvent en quelque sorte se séparer.

Pour qu’une nouvelle monnaie fonctionne et puisse réunir des conditions de développement, l’une des composantes majeures doit être la confiance et celle-ci est véhiculée par sa communauté

Sur la question d’utilité, les monnaies numériques vont plus axer leur action sur le contrôle et la sécurité en développant une communauté autour de la technique (algorithme, minage,  puissance de calcul, spéculation…) aux antipodes de cela les Monnaies locales vont chercher un rôle transactionnel pour une communauté qui partage les valeurs prônées (développement durable, commerce de proximité…)

Ces deux modèles, ces deux systèmes paraissent tous deux présenter un biais majeur dans leur utilisation car il leur manque à chacun une fonction.

Pour rappel une monnaie pour être « complète » (selon Socrate) doit répondre cumulativement à trois fonctions : une unité de compte, un moyen de paiement et une réserve de valeur

Les cryptomonnaies et surtout le bitcoin, en partant de rien ont réalisé un véritable tour de force médiatisé à juste titre en positionnant cette monnaie comme une réserve de valeur (au même titre que l’or !). Cela a été possible principalement en limitant son émission et donc en créant sa rareté. Mais le revers de la pièce est que de ce fait les cours des cryptomonnaies semblent voués à être d’une grande instabilité, d’une grande volatilité, ce qui rend impossible la fonction ‘moyen de paiement’. Elles ne permettent pas aux acteurs économiques de payer et donc pas de créer un marché résilient laissant par conséquent un seul usage : le spéculatif. Difficile donc d’avoir un réel impact économique partagé.

Concernant les Monnaies Locales complémentaires elles revêtent bien les fonctions d’unité de compte et de moyen de paiement car une fois que les citoyens utilisateurs ont converti leurs monnaies en monnaie locale ils peuvent les utiliser pour réaliser des achats auprès des commerçants, des producteurs locaux et parfois certains artisans. Ainsi bien ancrées dans l’économie réelle, ces Monnaies Citoyennes permettent de contribuer à un dynamisme économique local. Mais leur utilisation reste limitée à ce stade du fait de leur convertibilité ; car si les particuliers se plaisent à les utiliser, les commerçants et professionnels eux convertissent systématiquement leurs monnaies locales ce qui fait que la masse émise a du mal de proliférer. Avec une masse monétaire souvent fondante, on peut dire donc que les Monnaies Locales n’ont pas une fonction de réserve.

Ouvrir la voie à des nouveaux modes de gouvernance

Au même titre que la Fintech apporte une diversification des modes de financement, l’idée d’une diversification des monnaies est intéressante à suivre et trouve un terreau fertile dans cette mutation économique que nous connaissons notamment avec l’économie émergente des plateformes. Plusieurs mouvements, comme par exemple le Think Tank « Monnaies en Transition » créé en 2017 arguent qu’il peut y avoir plusieurs monnaies qui coexistent chacune avec des fonctions différentes. En créant ainsi de nouveaux paradigmes par le levier des monnaies et en fédérant des communautés locales comme digitales, demain peut-être des communautés industrielles (dans l’énergie ou le transport par exemple …) avec des Tokens, des coins, des credits ou des billets imprimés ces nouvelles monnaies parviennent par l’action à ouvrir la voie à des nouveaux modes de gouvernance, une nouvelle perception ou reflexion sur la valeur d’argent et une meilleure répartition des rôles économiques.