Près de 7 millenials américains et chinois sur 10 n’utilisent quasiment plus de cash. Et 76% d’entre eux souhaiterait avoir des produits financiers plus adaptés à leurs modes de vie et leurs besoins. C’est ce que révèle l’étude The Future of Money du Groupe d’Innovation de J. Walter Thompson Intelligence, paru fin avril 2018.

La question de la durée de vie restante du cash est celle de beaucoup de prospectives Fintech. Il suffit de taper « fin du cash » sur Google pour s’en rendre compte… Si elle semble particulièrement liée aux nouveaux usages, les industries ont-t’elles encore le choix ?  Quelles solutions de paiement et plus largement quelles logiques adoptent les entreprises financières à l’étranger ?

Focus sur 3 cas d’usage à l’international

 

#1 KFC et Ant Financial 

 

Cas d’usage

En septembre 2017, Ant Financial – la filiale financière du géant asiatique Alibaba, qui gère notamment le service Alipay – s’est associé à la chaîne de restauration rapide KFC. Dans un de ses restaurants à Hangzhou (où se trouve également le siège social d’Alibaba), un nouveau service de paiement par reconnaissance faciale baptisé Smile to pay a été déployé. Le consommateur n’a qu’à se présenter à une borne pour passer sa commande : une caméra 3D vérifie alors son identité en scannant son visage. Si le consommateur a au préalable activé la fonctionnalité de reconnaissance faciale sur l’application Alipay, il n’a même plus besoin de rentrer son numéro de téléphone pour confirmer son identité. La technologie de reconnaissance faciale Face++ est déjà utilisée par Alibaba pour identifier et gérer les horaires de ses employés.

 

Résultats

Aucun résultat concret n’a encore été publié par la firme chinoise sur le service de paiement Smile to pay, afin de savoir si les ventes dans le restaurant ont été multipliées ou si les utilisateurs ont apprécié le concept. Toutefois, le bilan du dernier trimestre 2017 du Groupe Alibaba fait mention d’une baisse des bénéfices de leur filiale Ant Financial, due au « plan de croissance agressif », qui a favorisé l’engagement des utilisateurs Dans ce plan, de très importantes dépenses ont été consacrées au porte-monnaie électronique de la marque, Alipay Wallet, dont dépend le service de paiement : le bilan stipule qu’en décembre 2017, le nombre d’utilisateurs actifs a doublé par rapport à l’année précédente.

 

On en pense quoi ?

L’expérience que propose Ant Financial est profondément liée aux données utilisateurs. Si la banque dite traditionnelle n’était jusqu’ici en possession que des données de consommation de son client (comme l’achat d’un menu au KFC) on peut se demander si les nouveaux paiements par reconnaissance faciale ne permettent pas aux acteurs aux commandes de franchir le pas vers l’accès aux données personnelles. Ces données ne sont plus celles factuelles, enregistrées par les mouvements bancaires (retraits, paiements carte bleu…), mais celles plus personnelles, changeantes, que nous portons et maîtrisons forcément moins (comme les expressions faciales).

 

#2 Le marché suédois et Swish

 

Cas d’usage

Avec le succès de l’application Swish, la Suède fait office de précurseur sur le marché du paiement mobile, même si aujourd’hui il ne s’agit plus d’une réelle innovation. En 2012, un consortium de 6 banques nationales décide de lancer une solution de paiement peer to peer. (A titre de comparaison, en France, l’année 2012 voyait encore apparaître les applications Ipad des différentes banques traditionnelles, qui avaient lancé leurs app mobiles en 2010-2011). La solution Swish permet plus originellement à ses utilisateurs de réaliser des transferts en temps réel depuis leur téléphone mobile (B2C). Depuis, elle sert également à régler certains commerces physiques, en ligne ou sur app (C2B). Depuis mai 2017, Swish utilise une solution de paiement par QR codes, à la fois pour les consommateurs et les vendeurs.

 

Résultats

Swish est aujourd’hui utilisée pour des transactions commerciales par 5 millions de Suédois, soit la moitié de la population. En Europe, le nombre d’utilisateurs monte à 6,2 millions. L’expression « Just Swish it to me » est même langage courant en Suède. Et ce sont plus de 890 millions de dollars qui ont été échangés via l’application depuis son lancement fin 2012. L’usage du paiement mobile est tellement intégré dans le pays que les autorités suédoises s’inquiètent de la disparition des liquidités, qui pourrait avoir lieu en 2030.Les affiches « No cash accepted » dans de nombreux magasins et restaurants suédois témoignent elles aussi de la volonté du pays.

 

On en pense quoi ?

Les chiffres et les prévisions du marché bancaire suédois peuvent faire office de preview pour la France ou d’autres pays du globe. Nous en sommes pourtant encore à nous poser la question de l’utilité du chèque… reste à savoir si la politique de fin du cash sera européenne ou non. Toutefois l’internationalisation de Swish semble compliquée dans la mesure où l’app est construite sur une unique infrastructure et devise (SEK). Le modèle pourrait être réplicable à l’échelle de chaque pays (ou en Europe avec l’euro), si un ensemble suffisamment grand de banques acceptait de collaborer.

 

#3 Google et Tez

 

Cas d’usage

Si les deux premiers cas sont portés par des acteurs du secteur bancaire, il est maintenant courant de voir des industries hors finance proposer des solutions de paiement : comme les télécoms, avec Orange en France (et bientôt en Espagne et en Belgique). Google a lancé son service de paiement Tez, en septembre 2017, à destination des utilisateurs indiens. L’interface a été développée par la National Payments Corporation en Inde et fonctionne sur la grande majorité des mobiles du pays, dans la plupart des langues. L’appli permet le transfert d’argent et le paiement en boutique pour les consommateurs, qui ne paient aucun frais. La source de revenus pour Tez provient des programmes dédiés aux entreprises et aux commerçants en ligne : PVR Cinemas, Jet Airways ou encore Domino’s Pizza ont été parmi les premiers à s’associer au service.

 

Résultats

En un peu plus d’un mois, l’application comptait déjà 7,5 millions d’installations et 30 millions de transactions. Et en à peine trois mois d’existence (décembre 2017), plus de 12 millions d’installations et 140 millions de transactions. Début mai 2018, ils sont 16 millions d’utilisateurs actifs tous les mois Des chiffres vertigineux dans un pays qui compte toutefois 1,3 milliard d’habitants. Autre signe de son succès, début avril 2018, Google a annoncé vouloir étendre le service à 3 autres pays asiatiques et 1 autre pays émergent.

 

On en pense quoi ?

D’un point de vue business, Google se positionne surtout comme un maillon supplémentaire dans la chaîne habituelle de paiement (qui compte déjà le client final et sa banque mais aussi les réseaux tels que Visa ou Mastercard). Et rien qu’au niveau des données, Google réussit à allier avec cette solution la récolte des données de consommation, en plus de celles de navigations et de vie courante de ses consommateurs, via les autres apps reliées à Google. Bien que la sécurité soit une des raisons évoquées par la Vice-Présidente en charge de Tez, Diana Layfield (sur la photo ci-dessus), il semble surtout que le consommateur doit aussi accepter la totale transparence.

 

Pour aller plus loin

J.Walter Thompson Intelligence « New trend report : The Future of Money »

Alibaba « Alibaba Group Announces December Quarter 2017 Results »

Medium, Etienne Brunet « Swish, the secret Swedish Fintech paiement company created by Nordic banks and used by 50% of Swedes is challenging Swedish unicorns »

Les Echos « La disparition d’argent liquide inquiète la Suède »

Slate « En Suède, il est de plus en plus difficile de payer un café en liquide »

Gadget NDTV « Google Tez now has 16 million monthly active users in India »

Your Story, Interview with Diana Layfield « Tez is an incredibly critical part of what we do : Google«