Au départ spécialisé dans le trading des devises, Saxo Bank est désormais un courtier en ligne proposant un accès à toutes les classes d’actifs du marché et à toutes les places financières du globe. Mais la force de son modèle repose également sur sa capacité à fournir des outils technologiques qui simplifient la vie des utilisateurs. Fintech, fournisseur de technologies, conseil en investissement, banque… Saxo Bank a plusieurs cordes à son arc. Interview de Pierre Antoine Dusoulier, Président de Saxo Banque France.

Pierre Antoine Dusoulier interviewé lors de Boirdeaux Fintech

Fintech Mag : Bonjour Pierre Antoine Dusoulier. Pouvez-vous tout d’abord nous présenter Saxo Banque France ?

Pierre Antoine Dusoulier : Bonjour Fintech Mag ! Saxo Bank a été créé au Danemark en 1992, par des entrepreneurs qui sont toujours actionnaires majoritaires de l’entreprise. Spécialiste de l’investissement et du trading en ligne, elle permet aux particuliers, banques et courtiers de négocier des devises, des CFD, des actions, des futures, des options et autres dérivés à travers ses plates-formes de trading en ligne. La filiale française est également issue d’une aventure entrepreneuriale, avec la reprise en 2008 du site cambiste.com que j’avais créé deux ans auparavant.

Si Saxo Bank offre des services financiers traditionnels, elle s’est développée rapidement grâce à sa maîtrise des technologies. A ce titre, nous nous considérons comme la première Fintech créée dans le monde et également en France. La société réalise un PNB d’environ 450 M€ par an et les activités dont j’ai la responsabilité (France, Benelux et Italie) comptent pour 13% du CA global. Nous nous appuyons sur 1500 collaborateurs dans 26 pays, dont une quarantaine en France. 50% de notre personnel est dédié aux technologies de l’information. Par ailleurs, la moitié de notre chiffre d’affaires provient de partenariats avec d’autres Institutions financières qui utilisent nos technologies. En tout, Saxo Banque France collabore avec environ 10 000 clients.

Fintech Mag : L’avenir de Saxo Bank passe-t-il nécessairement par une collaboration avec des Fintech ? Pourquoi ? Comment ?

Pierre Antoine Dusoulier : Oui, notre avenir passe bien sûr par la collaboration avec d’autres Fintech ou institutions financières. Notre dernière offre – SaxoTraderGO – repose sur une architecture ouverte permettant à toute entreprise ou tout particulier d’utiliser notre système pour gérer ses positions. Elle tire en réalité parti d’API qui s’intègre facilement et en toute transparence dans tous types de système – robo-advisors, plates-formes de trading, etc. Le client au final crée sa propre plate-forme personnalisée et utilise les données de Saxo Bank. Nous sommes un peu l’Apple-store du monde bancaire. En ce sens, nous nous positionnons comme un véritable fournisseur technologique.

Historiquement, Saxo Bank est la première banque qui a publié les cours des devises en temps réel sur Internet (en 1997), contre l’avis des banques. Puis, nous avons été les premiers à proposer une plate-forme Internet pour le trading de devises, toujours à contrecourant de la stratégie des grandes banques. Peu à peu, nous avons étendu notre périmètre pour devenir un courtier en ligne, proposant des produits dérivés, des actions, des obligations, etc. c’est à dire toutes les classes d’actifs du marché. Si notre métier de base consistait à faire du trading de devises, moins de 50% de notre chiffre d’affaires en est aujourd’hui issu. Nous continuons à étendre notre périmètre – par exemple vers d’autres marchés locaux comme la Scandinavie, mais également vers les marchés du crédit immobilier ou du paiement – tout en conservant notre position de fournisseur de technologies financières.

Fintech Mag : Quels sont les avantages pour un client de collaborer avec Saxo Bank ?

Pierre Antoine Dusoulier : Pour un client particulier, l’avantage est lié à notre présence dans le monde entier, où nous nous développons avec le même produit. Le client a accès à toutes les classes d’actifs et toutes les places financières du globe, via un compte unique. Saxo Bank est le seul acteur du marché à proposer ce type de services.

Pour une Fintech ou un investisseur averti, je dirai qu’au fond, ils n’ont pas le choix ! Saxo Bank est la seule banque orientée technologies. Nous avons l’habitude de collaborer avec des entrepreneurs et étant entrepreneurs nous-mêmes, nous parlons le même langage et connaissons parfaitement leurs contraintes et leurs attentes. Les banques de taille plus importante ou les banques privées ont plus de mal à répondre aussi efficacement à notre cible, car elles sont plus habituées à travailler avec des institutionnels ou parce que leurs tarifs sont beaucoup plus élevés. Enfin, certains de nos concurrents ne proposent qu’un accès à un marché unique ou à un seul produit d’investissement, ce qui oblige les clients à multiplier les contrats. Saxo Bank leur permet de multiplier les investissements, à moindre coût.

Fintech Mag : Considérez-vous la France comme un terreau favorable aux Fintech ? Pourquoi ?

Pierre Antoine Dusoulier : Oui et non ! La France dispose de l’environnement réglementaire le plus lourd d’Europe. Il est plutôt compliqué d’obtenir un agrément, surtout lorsqu’on compare avec la situation en Grande-Bretagne, premier marché européen des Fintech. En revanche, cette difficulté peut se transformer en atout : lorsqu’on fait l’effort de se conformer à l’ensemble des règlementations, on est au final mieux structuré et donc plus compétitifs. La philosophie des Fintech consiste à commencer sur un périmètre restreint et d’élargir peu à peu ses cibles, et donc de devenir finalement plus ou moins une banque. Il est impossible d’y parvenir sans garantir la conformité réglementaire.

J’y vois un autre avantage : vu la difficulté de lancer des activités, la concurrence est moins nombreuse. En Grande-Bretagne le marché n’est pas loin d’être saturé. En France, l’exemple de Prêt d’Union est emblématique. Si la société a eu du mal à obtenir son agrément, elle détient aujourd’hui une longueur d’avance et sera donc difficile à rattraper rapidement. Sinon, la taille du marché intérieur français est également un atout. Par exemple, le Danemark, avec ses 5 millions d’habitants, présente de manière évidente moins de potentiel.

Enfin, en termes de réglementations, les Fintech ne disposent pas d’une grande variété de mécanismes d’aide ou d’investissement. Par exemple, l’investissement dans les Fintech ne peut pas aujourd’hui être inclus dans un dispositif ISF, et ce pour éviter les investissements spéculatifs, sans création de valeur. Par ailleurs, certaines aides ne sont pas accessibles par les sociétés financières. C’est dommage pour le développement de la filière, le régulateur pourrait pourtant jouer un rôle d’accélérateur. Chez Saxo Bank, la R&D est bien sûr très importante et nous avons autofinancé l’ensemble de nos développements. Ceci est critique, puisque la rentabilité reste évidemment un point crucial pour pérenniser l’activité des Fintech. Il ne faut pas se tromper ! Dans l’ensemble, jusqu’à aujourd’hui, nous nous sommes bien débrouillé seuls. Mais un coup de pouce du régulateur serait très appréciable !

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décembre 23, 2015 8:16
1 Commentaire

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Un commentaire

  • Michel Nizon (@MichelNizon) says:

    Avec un ticket d’entrée minimum à 25 000 euros minimum ce n’est plus accessible à la Crowd et ce n’est donc pas du CrowdEquity.